C’est quoi l’agroécologie ?

L’agroécologie est un ensemble de pratiques agricoles basées sur les interactions naturelles qui existent entre les écosystèmes (faune, flore, bactéries). Il s’agit en somme d’une philosophie permettant de concevoir des systèmes de production durables qui s’appuient sur les solutions offertes par la nature. Attention, il ne s’agit pas de revenir à l’agriculture du moyen-âge. Au contraire, l’agroécologie s’appuie sur la science et la recherche pour mieux comprendre les interactions naturelles.

L’idée est donc d’utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement. Quand on simplifie au maximum, l’agroécologie consiste surtout à limiter le recours aux produits phytosanitaires et au travail intensif des sols afin de préserver les ressources naturelles et la biodiversité.


Pour aller plus loin

La naissance de cette pratique est née d’un double constat au sujet du modèle agricole dominant aujourd’hui. Après la seconde guerre mondiale, la nécessité d’introduire une agriculture intensive visant à assurer la sécurité alimentaire était une bonne idée. Mais 70 ans plus tard, il faut accepter que ce modèle a atteint ses limites. Les scandales sanitaires liés à l’utilisation de pesticides et la perte accélérée de la biodiversité sont des signaux qui nous poussent à rechercher d’autres pratiques agricoles.

Dans cette mouvance, il y a la naissance de l’Agtech et ce qu’elle apporte aux agriculteurs via l’agriculture de précision et, dans une autre mesure, par le développement de l’agriculture urbaine. Mais il y a aussi la recherche d’une agriculture raisonnée et raisonnable : c’est l’agroécologie. L’ONU la présente d’ores et déjà comme le moyen de nourrir la planète tout en préservant les ressources naturelles.

En France, c’est principalement l’INRAE qui mène les recherches scientifiques sur le sujet, avec un institut de recherche basé à Dijon et qui emploie plusieurs centaines de chercheurs sur le sujet. L’institut est aussi engagé dans un projet européen pour trouver des alternatives aux produits phytosanitaires classiques grâce à l’agroécologie. Leurs travaux portent sur la préservation des prairies et leur adaptation au changement climatique : sur l’agriculture de conservation des sols, sur le développement de biointrants ou encore sur l’agroforesterie.

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Vers un changement de modèle agricole

D’une part, l’utilisation d’intrants chimiques (comme les pesticides à base de néonicotinoïdes ou encore le glyphosate) ont des conséquences désastreuses sur la nature. La diminution radicale des insectes pollinisateurs et, par extension, des populations d’oiseaux en est un exemple flagrant. Sans parler des conséquences pour l’humain des perturbateurs endocriniens induits par l’utilisation des produits phytosanitaires. Par ailleurs, la monoculture intensive dégrade les sols (comprendre qu’elle en épuise la richesse : vers de terre et autres micro-organismes qui rendent la terre fertile).

D’autre part, il faut bien avouer que le modèle agricole actuel ne permet pas de résorber la faim dans le monde. Pire, il ne permet pas non plus aux agriculteurs de vivre décemment de leur métier. La production agricole doit donc faire face à des défis économiques, sociaux et écologiques importants :

– Mieux gérer les ressources (l’eau et les terres agricoles se raréfient)
– Protéger la biodiversité
– S’adapter au changement climatique (réduire les gaz à effet de serre et favoriser les cultures locales)
– S’adapter à une pression démographique croissante (nous serons 9 milliards d’humain en 2050)
– Améliorer l’équilibre des territoires

En apportant des réponses concrètes basées sur les écosystèmes naturels, l’agroécologie devrait permettre de résoudre ces différentes problématiques. Parmi les applications concrètes que l’on voit déjà, il y a par exemple le recours aux haies bocagères dans les parcelles agricoles, où encore des travaux sur l’adaptation des prairies aux changements climatiques.

agriculteur
Thierry BEAUVAIS, agriculteur pratiquant l’ACS (Agriculture de conservation des sols). Pougny, Nièvres (58), 26 novembre 2018.


L’agroécologie sera t’elle l’agriculture du futur ?

L’agroécologie est donc un mix entre l’agronomie, l’écologie et le bon sens. Il s’agit de mettre en place à un endroit donné les meilleures relations possibles entre la biodiversité, les sols, le climat et les techniques de culture. A ce titre, l’agroécologie épouse volontiers les concepts de permaculture, d’agroforesterie ou encore d’agriculture de conservation des sols. L’idée principale étant que les animaux et le climat sont davantage des collègues de travail que des éléments à combattre.

Les grandes pratiques induites par ce type d’agriculture sont les suivantes :

– Favoriser les associations de cultures (fruitiers-légumineuses par exemple)
– Favoriser la rotation des cultures sur plusieurs petites parcelles afin de préserver les sols
– Limiter l’érosion des sols (semer en place sans labourer, culture sur butte, couverture de sols et paillis)
– Limiter les intrants chimiques (préférer les engrais verts, le compost et l’action naturelle des animaux)
– Favoriser les éléments paysagers (arbres, haies, mares, etc.)
– Favoriser les cultures adaptées au terroir local

Par rapport au futur, l’avantage certain de cette pratique est qu’elle favorise l’agriculture sur de petites surfaces. Ainsi, elle se marie avec l’essor important de l’agriculture urbaine où encore des pratiques nouvelles comme l’aquaponie et l’hydroponie.

Par ailleurs, ce type d’agriculture implique moins de dépenses en machines, en produits chimiques et peut rendre productive de petites parcelles. L’agroécologie peut donc se généraliser facilement dans des zones économiquement faibles ou encore relever le niveau de vie des agriculteurs.

Alors, l’agroécologie est-elle une solution miracle ? Attendons pour en juger. Le directeur-général de l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), José Graziano da Silva, estime que “beaucoup reste à faire” pour convaincre une majorité d’agriculteurs conventionnels que le système est viable et rentable. Le mouvement est cependant lancé.

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