C’est quoi la phytoremédiation ?

La phytoremédiation est un ensemble de techniques qui visent à utiliser les caractéristiques de certaines plantes pour la dépollution des sols, de l’eau voir l’assainissement de l’air. Cette technique est particulièrement intéressante pour décontaminer les sols pollués par les métaux lourds ou encore les pesticides. Elle se fait naturellement et à par ailleurs l’avantage, via l’utilisation de couverts végétaux, de limiter l’érosion des sols.

Il existe plusieurs méthodes pour cela, dont les plus connues sont la phytoextraction, la phytostabilisation et la phytodégradation.


Et pour aller plus loin

La phytoremédiation consiste donc à « réparer » les sols et purifier les eaux par l’utilisation naturelle (ou génétiquement modifiée) de plantes. La capacité naturelle de certaines plantes, associées à des champignons ou des algues, permet ainsi de capter ou d’éliminer les produits toxiques et polluants qui ont contaminé une terre ou une étendue d’eau. Il s’agit d’une technique de dépollution généralement simple à mettre en œuvre. Cependant, la phytoremédiaction n’est pas non plus une solution miracle qui permettrait de  « tout » nettoyer. Les vertus et la force de cette pratique ne doit donc pas nous exonérer d’une réflexion sur nos activités polluantes.

Après la terrible catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986 en Ukraine), d’aucun prévoyait que ce territoire serait à jamais perdu pour l’Humanité. En 2018 German Orizaola (Université d’Oviedo) et une équipe de chercheurs publiaient dans The Conversation un reportage illustrant la force et la puissance cicatrisante de la nature. Un endroit devenu un sanctuaire pour de nombreuses espèces animales et végétales, que l’homme avait fini par déserter. En observant la repousse naturelle des plantes – après catastrophe – le chercheur Québécois Michel Labrecque a notamment mis en évidence la vigueur naturelle des Saules et leur utilité en matière de dépollution. Ces plantes sont en effet parmi les premières à recoloniser un sol dévasté (par incendie) ou délaissé (friche post-industrielle).

Une friche contaminée au BPC (Biphényle Polychloré, produit chimique plus connu sous le nom de Pyralène, et fourni par Monsanto) est ainsi en cours de décontamination par le chercheur et son équipe depuis trois ans à Montréal. Au rythme actuel ce terrain pourrait être utilisable d’ici quatre à cinq années. De quoi susciter un certain espoir. Et ce, grâce à une association entre des saules et des pleurotes.

alyssum murale


Différents types de phytoremédiation

La Phytoremédiation permet donc, grâce au métabolisme de la plante, d’absorber, de contenir ou dégrader les contenus toxiques présents dans le sol. Qu’il s’agisse de contaminants organiques (des pesticides) ou inorganiques (radionucléides, éléments métalliques). Il existe différentes pratiques de phytoremédiation (par les plantes) ainsi que des techniques qu’on appelle mycoremédiation (par les champignons) ou phycoremédiation (par les algues).


La phytostabilisation

La Phytostabilisation se fait par les racines. Celles d’un peuplier peuvent ainsi séquestrer des polluants (Arsenic, Nickel et Uranium) qui se seraient dispersés jusque dans les nappes phréatiques, par exemple. Cette technique permet notamment de limiter l’infiltration profonde des métaux, mais aussi de prévenir l’érosion éolienne des poussières métalliques présentes en surface grâce au couvert végétal en surface.


La phytoextraction

La phytoextraction consiste à extraire les polluants qui sont aspirés par les racines de certaines plantes, comme le Tournesol ou l’Alyssum Murale. Les métaux captés sont ensuite valorisés, soit par réaction chimique soit par un procédé très spécifique de combustion.


La phytodégradation

Les saules sont par exemples des plantes spécialisées en phytodégradation. Leurs molécules développent des enzymes dont l’action dégrade significativement les polluants tels que les hydrocarbures, les pesticides et même les résidus d’explosifs.


La phytovolatilisation

De même, la plante du tabac a la vertu d’absorber le trichloréthylène, le mercure ou encore le sélénium pour les restituer par transpiration en éléments volatils infiniment moins toxiques.


Limites et perspectives de la phytoremédiation

Cette technique possède évidemment de nombreux avantages qui favorisent la biodiversité, limitent l’érosion des sols et protègent les nappes phréatiques. Cela permet aussi, évidemment, de permettre de réutiliser des sols qui sinon seraient restés stériles à cause de l’activité humaine.

Cependant, la phytoremédiation est une technique qui, déjà, prend énormément de temps en l’état actuel des connaissances. À Saint-Laurent-Le-Minier, dans le Gard, il faudrait environ 50 ans pour dépolluer complètement le sol par les plantes.

Enfin, des équipes de recherche développent des plantes transgéniques pour alimenter le secteur de la Phytotechnologie spécifiquement dédiée à la dépollution des sols. Un travail qui se tourne également vers la « fabrication » de protéines génétiquement modifiées pour les rendre « compatibles » avec les métaux lourds présents dans les eaux. En codant les protéines de certaines bactéries les chercheurs arrivent à les fixer dans des petites cartouches filtrantes qui permettent de faire ressortir en fin de traitement une eau dépolluée.

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