La vision de Mycophyto est de (re)mettre la biodiversité au centre du système alimentaire, dans le but de concevoir une agriculture de demain qui soit plus performante et plus durable. Pour cela, Mycophyto propose des solutions biologiques pour cultiver autrement. A savoir remplacer les intrants chimiques utilisés dans l’agriculture conventionnelle par des synergies naturelles entre les plantes cultivées et certains champignons microscopiques. Autrement dit, se passer de pesticides et d’engrais, tout en répondant aux besoins du plus grand nombre. Une petite révolution dans le secteur de l’agriculture.

agriculture durable avec Mycophyto
Crédits : Mycophyto


Booster des synergies naturelles…

Tout ceci est rendu possible grâce à un champignon déjà présent dans le sol et qui a la capacité de créer une symbiose avec les racines de la plante. Cette symbiose est appelée mycorhize. En effet, ces champignons mycorhiziens sont capables d’interagir avec les racines des plantes pour prolonger le rayon de prospection des racines. Et leur permettre ainsi de puiser plus d’éléments nutritifs dans le sol (eau et éléments minéraux comme le magnésium, le phosphore, le calcium, le potassium etc.). “La surface d’échange entre les plantes et les champignons est augmentée de 100 à 1000 fois” explique Justine Lipuma, la fondatrice. La plante est ainsi protégée des stress hydriques et nutritifs.

Mycophyto va donc jouer sur cette association gagnant-gagnant entre champignons et végétaux. Les sols ne contiennent malheureusement ces champignons qu’en quantité trop faible ou pas toujours assimilable par les plantes. Après analyse des prélèvements d’un couple sol / culture, et en tenant compte du climat, Mycophyto va développer et produire en grandes quantités un dosage sur mesure pour chaque culture. Il ne reste alors plus qu’à l’inoculer aux plantes.

Ce champignon microscopique permet de revitaliser les sols et d’accélérer le développement des plantes de manière naturelle. La croissance des plantes est stimulée, les rendements accrus et la résistance aux agents pathogènes optimisée. En exploitant tout simplement les synergies naturelles entre les plantes et ces fameux champignons mycorhiziens.

symbiose mycorhize entre plante et champignons
Crédits Inra, Véronique Gavalda



… Pour répondre aux défis de l’agriculture

Ca n’est pas une découverte, les pesticides ont des effets néfastes pour l’environnement. Ils détruisent par exemple les champignons présents dans les sols. A l’instar de Biomede qui dépollue les sols naturellement, Mycophyto participe pleinement à la revitalisation des sols et à la transition vers un modèle agricole durable en replaçant la biodiversité au cœur même du système. Ce qui participe au développement de l’agroécologie. En appliquant ce principe d’optimisation de la symbiose champignons / végétaux à l’agriculture, Mycophyto semble répondre à plusieurs enjeux à la fois.

Car l’agriculture fait face de nos jours à de nombreux défis parfois contradictoires : produire plus, mieux, et plus durable. Il faut donc augmenter la productivité tout en respectant l’environnement, et donc limiter les intrants chimiques. Sans oublier dans cette équation la diminution des ressources en eau et la baisse globale de la fertilité de nos sols.

Il est donc vital que l’agriculture se réinvente pour aider agriculteurs et producteurs à répondre à ces enjeux. Il faut penser et mettre en place de nouveaux modes de productions qui permettent une meilleure gestion des ressources tout en garantissant une optimisation des rendements. Le principe de la mycorhize, adaptable selon les cultures et utilisable en plein champ ou en hors sol, fonctionne avec plus de 80% des plantes. Il s’agit d’une solution durable et efficace permettant de réduire considérablement l’apport d’engrais et de pesticides.

L'équipe Mycophyto qui oeuvre pour une agriculture durable
L’équipe Mycophyto – Crédits : Mycophyto


Du projet de recherche deeptech à la levée de fonds

Mycophyto est le parfait exemple d’un projet de recherche scientifique qui s’est finalement transformé en entreprise innovante. Justine Lipuma a obtenu en 2015 un doctorat en biologie, soutenu à l’INRA. De là lui est venue l’idée de travailler sur les interactions entre plantes et champignons. Elle s’est alors associée à Christine Poncet également de l’INRA, pour fonder Mycophyto en 2017. Mené en collaboration avec l’INRA et l’INRIA, le projet Mycophyto a été récompensé au concours i-Lab 2019 organisé par le Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Des tests grandeurs nature menés sur de nombreuses cultures – plantes à parfums, aromatiques et médicinales comme la lavande, vignes, cultures agroalimentaires comme la tomate – ont permis à la jeune start up d’afficher de probants résultats. Par exemple la culture de la tomate a vu ses rendements augmenter de 15%, la durée de récolte a été allongée de 3 semaines, et la surface racinaire agrandie de 40%. L’expérimentation menée sur 600 plants a donc validé les bénéfices attendus : augmentation de la récolte tout en diminuant les apports extérieurs.

Forte de ces résultats, la start up voit maintenant plus loin. Elle a levé en septembre 1,4 million d’euros, notamment auprès de Créazur la structure d’investissement du Crédit Agricole Côte d’Azur et de Région Sud Investissement. Avec pour objectif de poursuivre la R&D essentielle dans ce secteur. Mais également d’accélérer sur la partie commerciale.

À moyen terme, la jeune entreprise souhaite avancer sur un système prédictif mêlant IA et big data afin d’anticiper les interactions optimales entre les champignons et les couples cultures / sols. Avec pour ambition de devenir le leader européen du domaine. Et Justine Lipuma de conclure : “Nos solutions ouvrent une nouvelle voie pour augmenter les rendements et la qualité de la production, tout en réduisant l’empreinte environnementale. Notre vision pour demain c’est de les rendre accessibles à tous, partout dans le monde”.

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