Des chercheurs de l’unité d’agroécologie de l’Inra, et ceux de la Scuola Superiore Sant’Anna à Pise (Italie) se sont intéressés gestion des adventices et leur implication dans le rendement des parcelles agricoles. Les adventices sont des plantes qui poussent sans avoir été semées – qu’on appelle en langage commun les « mauvaises herbes », bien que le terme soit exagéré car les mauvaises herbes sont simplement des espèces d’adventices plus compétitives que les autres.

De fait, ces plantes présentent un certain paradoxe : d’une part, elles agissent comme un bioagresseur des cultures. Certaines adventices « compétitrices » viennent ainsi menacer les rendements d’une parcelle.  D’où le fait de les arracher et ou de les faire disparaître par l’utilisation d’intrants chimiques (herbicides). Cependant, ces plantes représentent aussi un capital floristique important pour la biodiversité, notamment pour les pollinisateurs. 

Or concilier le maintien de la production agricole et la préservation de la biodiversité est un enjeu mondial à l’heure de la transition écologique. Dans ce cadre, il n’est pas inintéressant de trouver une solution qui permette à la fois de préserver les adventices pour ce qu’elles apportent à la biodiversité, tout en permettant qu’elles ne nuisent pas aux rendements. Ce type d’agriculture “raisonnée” est justement un exemple de ce que l’agroécologie peut apporter à ce secteur.

Durant 3 ans, les scientifiques de l’INRA et leurs homologues italiens ont donc collectés des données sur 54 zones : 36 non-désherbées et 18 désherbées. En l’absence de désherbage, ils observent que les pertes de rendements varient de 19% à 56%. Ce qui s’explique généralement par la prédominance d’une ou de quelques sortes d’adventices, qui rentrent en compétition avec les cultures. Ce qu’ils observent aussi, cependant, c’est qu’une plus grande diversité au sein d’une communauté d’adventice peut atténuer cette perte de rendement. Cela s’explique par un meilleur usage des ressources (lumière, eau, azote) qu’elles partagent avec les cultures. Et la clé pour cela arrive, c’est la notion d’équitabilité des espèces. 

adventices entre deux rangées de vigne


Une nouvelle étape dans la gestion raisonnée des adventices

L’équitabilité est un terme venu de l’écologie. Une communauté équitable indique que chaque membre (ici des espèces adventices) est présent en nombre ou poids (ici biomasse) identique. Les résultats de cette étude montrent que lorsque l’équitabilité des adventices est élevée, la biomasse des adventices est faible, et la compétition avec la culture est réduite. Donc la perte de rendement est faible. 

On pourrait croire alors que des rendements élevés sont nécessairement associés à une forte diversité des adventices. Ce qui n’est pas le cas. Leurs résultats montrent plutôt qu’en présence d’adventices, une forte équitabilité implique qu’aucune espèce susceptible de générer des pertes de rendement ne domine. Pour atténuer les pertes de rendements, il faudrait donc gérer les adventices de façon à atteindre une forte équitabilité. Ce qui impliquerait par exemple de viser, lors des actions de désherbage, uniquement les espèces compétitrices et dominantes. 

Cependant, les chercheurs insistent sur le fait que d’autres études devront confirmer la généralisation de ces résultats dans d’autres situations de production (selon les régions, les cultures, le pool d’espèces adventices, …). De plus, les pratiques de désherbage actuelles ne permettent pas de gérer une espèce particulière dans une communauté complexe. Avec le développement de ce qu’on appelle l’agriculture de précision, on peut en revanche espérer que cela change dans les années à venir.

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