C’est quoi l’entomoculture ?

L’entomoculture caractérise les pratiques d’élevage d’insectes, que ce soit à destination de l’alimentation ou d’études scientifiques. Si la pratique est aussi vieille que l’Humanité, le terme (re)fait son apparition au sein des sociétés occidentales aujourd’hui en raison de la Transition Écologique. Soutenue notamment par la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation), l’entomoculture est en effet l’une des clés de notre transition alimentaire.


Des régimes alimentaires qui diffèrent en fonction des zones géographiques

A l’état naturel, des milliers d’espèces d’insectes peuplent notre planète. Capables de régénérer les sols et de les fertiliser, ils sont indispensables à la chaine alimentaire. Les insectes sont à la fois d’utiles prédateurs et une source d’alimentation pour d’autres animaux. Alors pourquoi les élever ? Et pourquoi les consommer ?

La nourriture a une dimension culturelle et une origine géographique. On mange plus facilement du Renne en Laponie qu’à Madagascar, tout comme la cuisine à base d’huile d’olive se fait beaucoup moins traditionnellement en Ecosse que dans les îles Grecques. Moyennant quoi, nos sociétés Occidentales n’affichent pas les insectes à leurs menus car d’autres ressources ont, jusqu’ici, toujours été disponible. Au contraire des civilisations Sub-sahariennes, Océaniennes, d’Asie du Sud et de l’Est, ainsi que les sociétés précolombiennes qui l’ont fait en Amérique. 


Produire davantage de nourriture avec moins d’espace et de ressources

La population mondiale était d’environ 1,5 milliard en 1900. 2,5 milliards en 1950. 6,1 milliards en l’An 2000. 7,6 milliards aujourd’hui et nous passerons le cap des 10 milliards d’ici 2050. Malgré cette progression constante, la superficie des terres arables (les terres qu’on peut labourer) est passée de 9.8% de la superficie totale à 11,06% entre 1960 et aujourd’hui.  

La Banque Mondiale a ainsi établi en 2019 que le nombre d’hectares cultivable par personne est passé de 0.36 en 1961 à 0,19 en 2016. En conclusion : plus nous sommes nombreux et moins nous disposons de superficies agricoles. D’autant que les dégâts environnementaux, l’érosion des sols mais aussi l’artificialisation liée à l’urbanisation croissante nous font perdre pratiquement 1 hectare par seconde. La place accordée à l’élevage et aux cultures est donc une problématique à traiter rapidement. À l’avenir, il nous faudra produire davantage sur moins d’espace disponible.

Par ailleurs, l’aspect environnemental des cultures actuelles, notamment pour la production de protéines est lourd de conséquences. Par exemple, pour produire 1 kilo de viande bovine, il faut en moyenne 7 kilos de céréales. Sans compter l’eau prélevée. Au début du XXème siècle, les prélèvements en eau douce représentaient 600 Km3 selon la FAO. Aujourd’hui, c’est six fois plus, soit 3 800 Km3,  dont 70% pour les activités agricoles (élevage et cultures). Ici aussi, il nous faudra à l’avenir produire davantage en utilisant moins de ressources.

C’est la raison pour laquelle la consommation de protéines d’origine animale (la viande) doit progressivement diminuer pour faire place à d’autres sources de protéines. C’est là qu’entrent en jeu les insectes. D’un point de vue écologique, l’élevage d’insectes réclame 10 fois moins de céréales que les bovins, par kilo produit, et rejette 10 fois moins de méthane. Il consomme également moins d’eau. 13 500 litres pour 1 kilo de viande bovine contre 10 litres pour la même quantité de grillons.


L’entomoculture, une source de protéines bonne pour la santé et pour la planète

L’élevage d’insectes apporte plusieurs avantages pour l’agriculture, l’alimentation et même pour le développement de l’économie circulaire;

En matière d’agriculture, les insectes permettent de réduire l’utilisation d’intrants chimiques. L’élevage des insectes a plusieurs usages. En agriculture, certains insectes piègent les ravageurs (pucerons et acariens essentiellement) et permettent ainsi de protéger sans intrants chimiques les cultures. Chacun sait le pouvoir de la coccinelle en ce domaine. Dans la Drôme, par exemple, la Société Biotop produit ainsi annuellement 100 milliards de larves d’insectes à destination des professionnels de l’agriculture mais aussi des collectivités territoriales et, demain, des particuliers.

Lire à ce sujet : les abeilles assurent de meilleurs rendements que les intrants chimiques


En matière d’économie circulaire, d’autres insectes sont utilisés dans la valorisation des biodéchets. Ainsi la mouche soldat noir est élevée pour ses œufs. 1 kilo d’œufs de mouche produit 10 tonnes de larves vivantes qui peuvent absorber 40 tonnes de biodéchet en une dizaine de jours. Sachant que les larves de certains papillons veulent bien consommer du polyéthylène (du plastique d’emballage quasi indestructible) et que les vers de farine apprécient  le polystyrène, on mesure toute l’importance de cette nouvelle ressource. Et l’urgence de recourir à ces “outils” naturels.

Enfin, côté alimentation, certains insectes sont comestibles (1 200 espèces recensées à ce jour par la FAO : criquets, sauterelles, cigales, termites, fourmis, chenilles de papillons, scarabées, etc.). Sous forme de chips à l’apéritif, en farine de cuisson ou pour agrémenter des plats, ces insectes sont à la fois source de protéines, de vitamines et d’acides aminés. La FAO encourage donc l’entomoculture et l’entomophagie. L’élevage et la consommation des insectes sont ainsi une solution prometteuse pour l’avenir de l’humanité.


La FAO soutient donc très activement tous les projets en termes d’entomoculture car ses atouts sont nutritionnels, économiques et environnementaux. À condition d’être alimentés par des plantes sans pesticides ni antibiotiques, les insectes sont d’ores et déjà le plat de demain. Et une nouvelle filière qui a l’avantage de maintenir des circuits de productions très courts et une localisation d’emplois nouveaux.

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