artificialisation des sols

L’artificialisation des sols est l’une des principales problématiques à contrer pour réussir la transition écologique. Explication et enjeux autour de cette notion.


La définition en quelques mots

De nos jours on dit d’un espace qu’il est « naturel » s’il n’a jamais été utilisé ou bien utilisé seulement à des fins agricoles. On peut donc en déduire que toute transformation d’un espace encore « naturel » pour un nouvel usage correspond à une artificialisation de son milieu. Mais la restructuration d’un terrain (une friche industrielle qui devient zone immobilière par exemple) est aussi une artificialisation dans la mesure où le nouvel usage entraîne d’autres altérations.

Ainsi, il en va des routes, autoroutes, voies ferrées et autres chemins de liaison en milieu rural, mais aussi des jardins privatifs qu’ils soient en pelouse ou garnis de massifs de fleurs. En ville, le bâti, les artères, trottoirs et autres parkings goudronnés sont artificiels. Plus loin, au détriment de zones forestières et/ou humides, parcs d’attractions et golfs ne le sont pas moins. Ces exemples valent aussi pour le littoral et la montagne.

Pourquoi on en parle ?

On en parle car es milieux artificialisés n’offrent aucune résilience écologique. En conséquence de quoi, toute la biodiversité s’en trouve altérée, voire détruite. Alors que 80% de la biomasse est contenue dans les sols. Ce qui génère un déficit environnemental. Quant à la destruction par artificialisation des terres arables (historiquement, des terres qui donnent du blé) c’est en milliers d’hectares de terres agricoles que se mesure le désastre. Au point que les pouvoirs publics ont décidé, en 2016, d’un plan de stabilisation à hauteur de 9.3% de la superficie de la France métropolitaine.

artificialiser les sols


Des chiffres qui donnent le tournis

Entre 1960 et 2015, la France a perdu 25% de sa superficie agricole par artificialisation des sols. Car l’étalement urbain – qu’on appelle aussi périurbanisation – se fait principalement au détriment des terres cultivables. Ce processus a été largement entamé par nos métropoles mais touche aussi les moyennes et petites agglomérations qui luttent entre elles pour être attractives, et donc attirer des entreprises et de nouveaux habitants.

Rien que sur les 10 dernières années, la superficie des terres artificialisées a augmenté de 15%. Sur la même période, la croissance démographique (croissance naturelle et apports migratoires) est d’environ 5%. Cela s’explique par le fait que la croissance démographique ne se compte pas seulement en individus mais plutôt en foyers. Et les foyers privilégient la construction individuelle sur parcelle (61% des logements construits entre 2000 et 2007 étaient des maisons individuelles contre 50% à la fin des années 1990).

Pour satisfaire ces besoins, les promoteurs achètent donc à bas prix des terres agricoles (dont le prix à l’hectare est parmi les moins chers en Europe) pour y construire des lotissements qui réclament leur lot d’infrastructures bétonnées et goudronnées. Et qui augmentent furieusement les migrations pendulaires vers les centres urbains pourvoyeurs d’emplois et de services. La conséquence étant la démultiplication des Gaz à Effet de Serre.

Actuellement les 9.5% de terres artificialisées représentent l’Ile de France et la région Centre Val de Loire. Au rythme actuel il faudra, d’ici 2030, y « ajouter » la Bretagne en totalité. Et pour calculer cela autrement : toutes les 5 minutes se trouve artificialisé l’équivalent d’un terrain de football. Soit 12 terrains à l’heure, 288 terrains par jour et presque 105 000 terrains de football chaque année.

paysages urbain et rural


Des pistes pour contenir l’artificialisation

Il est très difficile de contenir le phénomène d’artificialisation des terres agricoles. L’initiative individuelle (acheter sa maison sur son terrain) d’une part, les besoins en infrastructures de transport d’autre part, mais aussi la construction de Parc d’Activités accueillant des entreprises et de nouvelles zones commerciales sont autant de raisons d’artificialiser. Ne pas construire l’aéroport de Notre Dame des Landes au Nord de Nantes par exemple, conduit à agrandir celui de Bouguenais à deux pas des zones humides naturelles du Lac de Grand Lieu. Et chaque Métropole se doit d’organiser des espaces bâtis consacrés aux Technopoles comme aux implantations d’entreprises innovantes pour rester performantes.

Ainsi sur un trend long (1992-2008) le taux d’artificialisation s’élevait à 1.3% par an (soit 7 100 Km² – l’équivalent du Département de la Vendée chaque année). Depuis 2008 la tendance est proche de 0.8% par an. Soit l’équivalent du Département des Hautes Pyrénées tous les ans. Les enjeux sont pourtant de taille. Maintenir et préserver la biodiversité mais aussi assurer la sécurité alimentaire du Pays. Permettre aux eaux pluviales d’atteindre les nappes phréatiques plutôt que ruisseler de torrents en inondations. C’est ainsi que l’actuel gouvernement vise zéro artificialisation nette (ZAN). Ce qui signifie des déconstructions par ailleurs très onéreuses. France Stratégie dans son rapport publié en Juillet 2019 chiffre le processus à environ 400€…le M² déconstruit.

Pour éviter cette déperdition environnementale majeure, le Commissariat Général au Développement Durable (CGDD) préconise une politique d’urbanisme volontariste et contraignante : limiter les superficies construites en accélérant le taux de renouvellement urbain afin de peser sur la densité de population. En clair, des achats par préemption « en ville » afin de rétrocéder des parcelles contenant une maison et son jardin (des constructions datant du début du siècle dernier) à des promoteurs bâtisseurs qui pourront élever des petits immeubles de trois à quatre niveaux. Soit en moyenne 8 foyers au lieu d’un seul sur la même emprise au sol. C’est donc le PLU (Plan Local d’Urbanisation) défini par les Maires qui semble le levier le plus efficace.

Ce scénario « densification forte » permettrait de porter l’artificialisation de 20 000 Hectares/an à 5500. A charge pour l’Etat et les autres Collectivités Territoriales de « renaturer » chaque année l’équivalent pour atteindre le Zéro Artificialisation Nette en 2030. Les autres leviers….renchérir en le multipliant par 5 au moins le prix de l’hectare est peu conforme à la Loi du Marché. Changer les mentalités pour diminuer le taux de vacances des logements (encore 8%) ou modifier l’usage des locaux inoccupé la nuit ou inhabité le jour risque de prendre un temps que l’on n’a sans doute plus à ce jour.


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