C’est quoi la pollution lumineuse ?

La pollution lumineuse, c’est l’excès d’éclairage artificiel dans les zones urbaines, en particulier la nuit. Et si cette lumière artificielle est qualifiée de pollution, c’est parce qu’elle se substitue à une obscurité naturelle en phase avec les rythmes biologiques des êtres vivants.

En effet, les humains, comme la faune et la flore, ont besoin de l’obscurité et de la nuit pour se reposer et réguler leur activité. Or, la luminescence abusive qui existe dans nos villes perturbe ainsi les prédateurs naturels ou empêche le cycle de la reproduction chez certains animaux et insectes.

Elle est même reconnue aujourd’hui comme un perturbateur endocrinien majeur chez les humains. En outre, cette consommation lumineuse représente également, dans certaines situations, un vrai problème environnemental et un gâchis d’électricité.

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Pour aller plus loin

C’est au 14ème siècle, à Paris, qu’une lanterne a été allumée de nuit pour la première fois en haut de la  Tour de Nesle (non loin du Louvre) afin d’éclairer la rue. Paris est d’ailleurs devenue la “ville lumière” par la suite grâce à la mise en place d’un éclairage public sous Louis XIV. Une lumière bienvenue pour sécuriser l’espace public et faciliter la vie des citadins.

Cela répondait à un besoin de sécurité qui, d’ailleurs, existe toujours aujourd’hui et pousse les magasins et les bureaux à laisser la lumière allumée toutes les nuits afin de diminuer les risques de cambriolage. Mais cette luminosité permanente n’est pas sans inconvénients.

D’ailleurs, une étude menée en 2017, l’Atlas Mondial de la Luminosité Artificielle Nocturne, démontre qu’entre 60% et 80% des Européens et Nord-Américains ne peuvent plus voir un ciel parfaitement noir et étoilé depuis leur lieu de vie. Ce qui inquiète les chronobiologistes relayés par des associations qui réclament un “droit à l’obscurité”.

Actuellement, en France, ce sont ainsi plus de 11 millions de points lumineux qui brillent chaque nuit via l’éclairage public, sans compter les 4 millions d’enseignes lumineuses de commerce qui viennent s’y ajouter Un chiffre en constante augmentation : on compte ainsi 90% de points lumineux supplémentaires sur les 20 dernières années.

En Mars 2018, le Conseil d’Etat – saisi par trois associations dont l’Association nationale pour la protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN) – a d’ailleurs mis en demeure le Gouvernement de prendre des mesures et dispositifs pour réglementer la pollution lumineuse. À la fois pour des raisons de santé publique et des raisons environnementales.

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La pollution lumineuse est néfaste pour la biodiversité

Certes l’éclairage public pèse seulement 1% de la consommation totale annuelle d’électricité dans le pays. Cependant, ces 5.6 TWh représentent tout de même 42% de la consommation électrique des collectivités territoriales et pèse énormément sur leur budget. On pourrait donc faire des économies assez facilement sur ce point précis.

D’autant plus que, selon l’ADEME, entre 30% et 40% de cette énergie est perdue à cause d’installations mal proportionnées (des éclairages de stade de football qui illuminent le ciel par exemple) ou à cause d’ampoules et néons inadaptés. Des arrêtés et modifications du code de l’environnement parus en Décembre 2018 enjoignent ainsi aux collectivités territoriales de remplacer les éclairages obsolètes et énergivores.

Le long de la Loire, par exemple, on dénombre plus de 150 ponts éclairés en surface mais aussi sous les arches. Un éclairage qui provoque des scintillements et reflets qui empêchent une nuit propice à l’équilibre de la faune aquatique. En ville, chaque lampadaire ou enseigne lumineuse capte également des centaines d’insectes qui finissent par mourrir contre les lampes. D’autres animaux comme la chauve-souris sont alors privées de leur chasse nocturne.

Il en va de même pour les oiseaux migrateurs qui sont désorientés par le halo lumineux des villes. Signe que l’instinct animal est d’ailleurs supérieur au besoin de sécurité des humains, la municipalité de Chicago a observé une baisse de 80% du nombre d’impacts nocturnes dans les vitres des gratte-ciel depuis qu’il a été rendu obligatoire l’extinction des lumières quelques semaines par an.


Des collectivités qui agissent, et des solutions qui émergent

14 000 communes en France sur les 35 756 en Métropole ont décidé de couper leur éclairage public entre une heure et six heures du matin. Le Concours Villes et Villages étoilés a labellisé près de 600 communes qui ont pris des initiatives en faveur d’une vraie nuit. Tandis que l’Association Agir pour l’Environnement  propose l’évènement “Un jour pour la Nuit” depuis 2009  afin de faire redécouvrir au grand public les bienfaits d’une nuit sous les étoiles.

D’autres solutions sont aussi en cours d’étude pour inventer des éclairages doux qui pourraient répondre à cette problématique, via la bioluminescence par exemple ; ou encore par des lampadaire intelligents qui ne s’allument qu’au passage d’une voiture ou d’un piéton. Régler le sujet de la pollution lumineuse demeure ainsi l’un des défis de la ville durable.

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