NextProtein fait partie de ces pépites françaises qui travaillent dans le secteur prometteur des protéines à base d’insectes. Créée en 2015, la startup vient de boucler une levée de fonds de 10,2 millions d’euros pour accroître ses capacités de production. Elle espère ainsi pouvoir être en mesure de produire 100 000 tonnes de protéines d’insectes chaque année d’ici 2025.

Une vaste accélération puisque l’entreprise franco-tunisienne fondée par Syrine Chaalala et Mohamed Gastli en a produit 500 tonnes cette année dans son usine tunisienne. Un second site est d’ailleurs actuellement en construction pour permettre d’atteindre cet objectif ambitieux. NextProtein avait déjà levé 1,3 millions d’euros en 2017 auprès de Kima Ventures et de plusieurs business angels.

En matière de production, NextProtein élève donc des larves de mouches « soldat noir » qui se reproduisent grâce à des déchets organiques, ce qui pourrait d’ailleurs être une véritable opportunité pour réduire le gaspillage alimentaire. Ces larves sont ensuite utilisées pour créer des protéines servant essentiellement à l’alimentation animale, en particulier dans le domaine de l’aquaculture. Les déjections des larves sont également valorisées et commercialisées sous forme d’engrais pour l’agriculture.

nextprotein insectes


L’entomoculture, un enjeu majeur de développement durable

Le boom des startups Agtech sur le marché des nouvelles protéines vient répondre à un enjeu majeur concernant la tension sur les ressources alimentaires mondiales. D’abord parce que la demande alimentaire va augmenter de 50% d’ici 2050 et que, mécaniquement, cela va entrainer un besoin croissant en terres arables ainsi qu’un besoin croissant en eau pour irriguer ces terres.

Or l’agriculture utilise déjà près de 70% des prélèvements mondiaux d’eau souterraine et, avec le dérèglement du climat, les épisodes de sécheresse vont s’accentuer un peu partout sur terre. Les projections de l’ONU montrent d’ailleurs que 40% de la population mondiale sera confrontée à des pénuries d’eau en 2050.

D’autre part, l’augmentation de la population va entrainer également une densification des villes (dans le moins pire des cas) et une augmentation considérable de l’artificialisation des sols autrement. C’est à dire que nous allons étendre nos villes sur des espaces où nous pourrions produire à manger.

Enfin, nos régimes alimentaires font actuellement état d’une très forte dépendance aux protéines d’origine animale et/ou aux protéines issues des cultures de soja qui se développent grâce à la déforestation. Dans les deux cas, ça n’est pas compatible avec les objectifs de développement durable et la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour cette raison, la FAO soutient très fortement l’entomoculture et la consommation de protéines à base d’insectes pour plusieurs raisons :

  • Les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage d’insectes sont considérées comme étant 100 fois moins importantes que celles des autres animaux d’élevage

  • l’élevage d’insecte requiert 1 500 fois moins d’eau que l’élevage bovin.

  • l’élevage d’insecte nécessite moins de mètres carrés au sol et peut s’imaginer sur des fermes verticales


  • La souveraineté alimentaire européenne liée aux insectes ?

    Les pays de l’Union Européenne sont profondément dépendants de l’étranger en ce qui concerne les protéines végétales et animales. Nous importons ainsi plus de la moitié des tourteaux de soja que nous consommons sans avoir développé suffisamment de cultures protéiques à côté.

    Ainsi, alors que tous les experts s’accordent sur le fait qu’il nous faut réduire notre consommation de viande afin d’atteindre les objectifs de développement durable, notre souveraineté en matière de protéines végétales n’est, à date, pas assurée du tout. Pour autant, la France fait partie des leaders mondiaux sur le marché des protéines à base d’insectes, en partie grâce à des structures comme Ynsect, InnovaFeed, et NextProtein.

    Si pour le moment, la commission européenne n’a pas encore donné son feu vert à la consommation de ces protéines pour les humains (pour des raisons sanitaires essentiellement), ce pourrait être le cas d’ici le début de l’année 2021. Dans l’intervalle, ces protéines servent surtout à l’alimentation des animaux.

    Elle sert donc pour l’aquaculture puisque les poissons sont carnivores, mais également pour l’alimentation des animaux domestiques. Il faut en effet savoir que l’industrie de la croquette pour chiens et chats représente aujourd’hui près de 20% de la production de mondiale de viande et de poissons. Enfin, le marché pourrait aussi s’ouvrir à l’alimentation des porcs et des poulets.

    De fait nous pourrions, grâce aux insectes, rééquilibrer notre dépendance sur le marché des protéines tout en développant une expertise et un leadership sur un marché émergent qui épouse les principes de l’économie circulaire et de l’agriculture durable.

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