C’est le plus important tour de table sur le marché mondial des protéines alternatives qui vient (à nouveau) de se dérouler cette semaine. La start-up Ÿnsect, pépite de la foodtech française, vient de lever 190 millions d’euros en série C afin de devenir le premier fournisseur mondial d’ingrédients destinés à l’alimentation animale et aux engrais organiques. Elle avait déjà levé 110 millions d’euros il y a 18 mois.

Créée en 2011, Ÿnsect est en phase de devenir le leader mondial dans l’élevage d’insectes et leur transformation en ingrédients à forte valeur ajoutée. Le potentiel de ces “nouvelles protéines” en font une ressource majeure pour l’alimentation des animaux domestiques, des poissons et des plantes. Elle confirme ainsi, pour le futur, le rôle majeur que devraient avoir les protéines à base d’insectes dans notre alimentation.

les vers molitors sont des insectes riches en protéines
Le ver Molitor possède des vertus nutritives exceptionnelles pour les animaux d’élevage.


Développer les protéines alternatives en France et dans le monde

Ÿnsect est une entreprise française innovante spécialisée dans l’élevage d’insectes. Elle a fait le pari de miser sur le Molitor. Il s’agit d’un petit scarabée connu sous le nom de ver de farine. Le Molitor est non seulement adapté à la production à grande échelle, mais il permet aussi de produire des ingrédients de façon durable. 

C’est ainsi que ces insectes amènent la pépite française à concevoir deux produits appelés ŸnMeal et ŸnFrass. Le premier est un nutriment pour les animaux particulièrement bien adapté aux crevettes, saumons, truites et bars. Le second est un fertilisant de haute qualité dont l’efficacité est prouvée sur de nombreuses cultures. Leur transformation en ingrédients premium destinés aux marchés de l’alimentation animale (animaux domestiques et poissons) et des engrais organiques a séduit de nombreux clients et investisseurs.

Nous nous inscrivons ainsi résolument dans le mouvement de la “Tech For Good” qui promeut l’innovation à impact positif sur la société 

Antoine Hubert – PDG d’Ÿnsect


Fondée en 2011 par Antoine Hubert, PDG et ingénieur agronome de 36 ans, avec ses associés Jean-Gabriel Levon, Alexis Angot et Fabrice Berro, Ÿnsect ambitionne de devenir le leader mondial du secteur des protéines alternatives. En 2019, leur levée de fonds de 125 millions de dollars (110 millions d’euros) à permis de de financer Ÿnfarm, un site de production, à Poulainville (Hauts-de-France). Cette usine, conçue avec des technologies de rupture assurant des bénéfices environnementaux, va permettre l’élevage et la transformation d’insectes à grande échelle. Ce sera la plus grande ferme d’insectes au monde qui devrait produire près de 100 000 tonnes de protéines chaque année à partir de 2022.

Ce second tour de table a été réalisé auprès d’Astanor Ventures, d’Upfront Ventures, de Footprint coalition (le fonds de l’acteur américain Robert Downey Junior) mais aussi d’Happiness Capital, de Supernova Invest et d’Armat group. La jeune entreprise devrait en profiter pour réaffirmer son positionnement sur le marché européen et préparer son implantation sur plusieurs marchés internationaux à fort potentiel, notamment aux Etats-Unis.

les insectes sont une source de protéines


La France, pays pionnier des nouvelles protéines à base d’insecte

Ce nouveau tour de table porte à 300 millions d’euros les fonds déjà levés depuis la création de l’entreprise il y a 7 ans. Il faut dire que les nouvelles protéines sont une des grandes tendances foodtech du moment. Elles viennent en effet apporter une solution viable aux défis posés par la demande croissante en protéines (liée à la croissance démographique) et à la nécessité de produire moins de viande. D’autant qu’aujourd’hui, l’élevage intensif amène une autre problématique de taille : les animaux d’élevage consomment 20% des protéines mondiales et entrent donc en concurrence avec l’alimentation humaine.

Or, les insectes font partie de la nutrition naturelle de très nombreux poissons, oiseaux et mammifères. Depuis l’après-guerre, les insectes sont pourtant absents des rations alimentaires données aux animaux d’élevage. C’est une anomalie que souhaite corriger la start-up française en redonnant aux insectes la place qui devrait être la leur dans la chaîne alimentaire des animaux d’élevage et domestiques. D’autant que le marché mondial de la nourriture animale est en croissance rapide et estimé à 500 milliards de dollars.

Nous sommes fiers qu’un acteur français devienne le chef de file d’une nouvelle filière industrielle  

Antoine Hubert – PDG d’Ÿnsect


Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage d’insectes sont considérées comme étant 100 fois moins importantes que celles des autres animaux d’élevage. Et alors que l’agriculture représente près de 70 % de la consommation d’eau douce mondiale, pour une même quantité de protéines, l’élevage d’insectes requiert 1 500 fois moins d’eau que l’élevage bovin. Enfin, produire des insectes ne nécessite pas d’occuper de larges espaces. Il y a donc un triple gain à se lancer dans ce créneau.

Ÿnsect dispose aujourd’hui d’un carnet de commandes de 70 millions de dollars de chiffre d’affaires sur les quatre prochaines années. De quoi assurer la pérennité de leur modèle et d’accentuer le leadership que peut avoir la France en ce qui concerne la Tech For Good.

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