Les chiffres sont formels. Contributeur à hauteur de 23% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, le secteur agricole contribue directement au changement climatique. En France, il est responsable de 19% de nos émissions nationales. C’est en particulier les émissions de méthane des élevages bovins et ovins qui sont en cause, même si d’autres facteurs sont à prendre en compte (utilisation des terres, utilisation des machines agricoles, transformation et transport des productions, etc.). Pour autant, le secteur agricole est aussi l’une des principales clés pour lutter contre le changement climatique, notamment pour son rôle dans le stockage du carbone ou le développement des énergies renouvelables.

Le stockage du carbone dans le secteur agricole se fait par l’entretien des forêts, des champs et des prairies naturelles puisque la photosynthèse permet aux plantes de capter le CO2 présent dans l’atmosphère. À condition, évidemment, d’avoir des sols en bon état et correctement entretenus. En outre, il est possible d’aller encore plus loin avec un procédé qui se développe de plus en plus : le biochar.

Le biochar (ou charbon biologique), c’est de la matière organique qui est carbonisée par chauffage dans un environnement limité en oxygène, puis utilisée comme amendement du sol. Une fois enfouie, cette matière – essentiellement composée du carbone produit par la matière organique – y reste pendant une centaine d’années. À l’inverse, quand elles se décomposent à l’air libre, les matière organiques libèrent dans l’atmosphère le carbone qu’elles ont stockées durant la photosynthèse.

D’après le Giec, le biochar possède un potentiel intéressant sur ce qu’on appelle les émissions négatives. Cette manière pourrait participer à éliminer chaque année entre 1 milliard et 2 milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère. Pour les sols agricoles, cette matière possède également des intérêts : elle améliore la rétention de l’eau et des nutriments et équilibre des sols trop acides.

2 000 tonnes de biochar produites chaque année

C’est un sujet qui a longtemps animé Aimé Njiakin, propriétaire d’une usine de production de café au Cameroun, jusqu’à l’amener à fonder en 2021, avec d’autres associés comme Axel Reinaud ou le paléoclimatologue français Jean Jouzel, une initiative baptisée NetZero. Concrètement, l’idée était ainsi d’améliorer la productivité des sols en utilisant les résidus des productions de café. Le biochar n’a en effet d’intérêt qu’à partir du moment où il valorise des matières végétales renouvelables. NetZero utilise ainsi des coques de café ou de cacao, des coques et fibres de noix de coco, des coques d’arachide ou de noix de cajou, des grappes vides de palmier.

Pour transformer ces co-produits agricoles en biochar, l’entreprise utilise la pyrolyse, qui permet de conserver le carbone dans la matière organique et ainsi éviter qu’elle ne soit relâchée dans l’atmosphère. La production de biochar génère ainsi du gaz, dont une partie est utilisée par NetZero pour alimenter les fourneaux utilisés pour la pyrolyse. L’excédent est utilisé pour pouvoir produire de l’électricité.

Au Cameroun, l’usine pilote NetZero produit jusqu’à 2 000 tonnes de biochar par an. Une autre usine doit ouvrir prochainement au Brésil, notamment car le potentiel du biochar, d’après les scientifiques, serait plus élevé dans des climats tropicaux. Cela permet aussi d’accompagner les populations agricoles des pays en développement à effectuer plus rapidement leur transition écologique. Cette seconde usine pourrait produire jusqu’à 4 000 tonnes de biochar chaque année. En parallèle, NetZero est associée à la Earthworm foundation pour former les agriculteurs locaux à ces nouvelles pratiques.

Dernièrement, c’est la fondation Elon Musk qui a distingué la startup. Seule entreprise française parmi les quinze lauréates, elle est sortie gagnante du concours XPRIZE Carbon Removal avec, à la clé, une récompense d’un million de dollars que NetZero compte investir pour poursuivre son développement et déployer sa solution à plus grande échelle dans les zones tropicales.

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