Le secteur des transports est le premier secteur responsable des émissions de gaz à effet de serre en France. Il représente à lui seul 31% des émissions nationales et c’est la voiture individuelle qui compte pour moitié dans ce total, loin devant le transport aérien, le transport maritime ou le transport routier de marchandises.

La France a prévu, dans le cadre de la Loi d’Orientation des Mobilités, de mettre fin à la vente des voitures particulières et des véhicules utilitaires légers neufs utilisant des énergies fossiles d’ici à 2040. L’ambition du gouvernement est ainsi d’accélérer la décarbonation du transport routier via l’électrification du parc automobile et, dans une moindre mesure, du développement des véhicules qui roulent au bioGNV et à l’hydrogène. C’est une bonne chose, mais c’est dans 18 ans.

Et même si les constructeurs mettent toujours davantage de véhicules électriques sur le marché, au vu de l’urgence climatique, 18 ans, c’est long. Dans une étude publiée récemment, le Réseau Action Climat note d’ailleurs, après différentes estimations, que seule une fin de vente des véhicules essence et diesels neufs en 2030 permettrait de respecter le budget carbone que s’est fixée la France via sa Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Autrement dit, toute année supplémentaire nous amène hors de ces cadres et nécessite donc une compensation sur d’autres leviers : renforcer les investissements et les politiques en faveur du report modal et d’une utilisation frugale de la voiture.

Face à ce constat, et partant du principe que les analyses du Réseau Action Climat sont justes, il faudrait donc accélérer très fortement l’électrification du parc automobile pour permettre aux françaises et français de se passer de la voiture thermique au plus vite.

Trois défis se posent alors à la société : l’accès aux ressources et minerais qui permettent la création des batteries de voitures électriques ; la fabrication et la maintenance à grande échelle de ces véhicules ; et enfin, le déploiement des bornes de recharges sur le territoire pour en faciliter l’usage.

La question des points de recharge pour les véhicules électriques est un enjeu crucial pour le secteur. Crucial car la faible autonomie des voitures électriques, et l’absence d’infrastructures de recharge, font partie des principaux freins à l’achat de ces véhicules.


Un objectif de 100 000 points de charges ouverts au public

« Nous nous donnons pour objectif d’atteindre 100 000 points de charge ouverts au public d’ici fin 2021 » précisait le ministre des transports Jean-Baptiste Djebbari dans un communique du Ministère de la Transition Écologique le 12 octobre 2020. Mais, en 2022, où en sommes-nous de cet objectif ?

Le pari était osé, puisqu’il consistait à multiplier par 3 le nombre de ces bornes en deux ans. Une tendance assez ambitieuse au vu du rythme d’augmentation moyenne des dernières années : environ 4 000 points de charge par an.

Au 31 décembre 2021, l’objectif fixé par le Ministère n’a donc pas été atteint mais, dépasse la moitié de ce qui était envisagé, avec 53 667 points de recharge, selon les chiffres de l’Avere.

graphique montrant l'évolution du nombre de points de recharge ouverts au public, en France, par année

Évidemment, l’année 2021 témoigne d’une hausse conséquente du nombre de points de recharge ouverts au public, avec une augmentation notable de + 64 % en un an, soit 21 000 points de recharge supplémentaires. Un bond qui, s’il se confirme en 2022 et les années suivantes, permettra d’accélérer l’électrification du parc automobile.

En parallèle, le Gouvernement a aussi multiplié les gestes et les aides, ces dernières années, pour booster ces infrastructures. On peut citer les dispositions prises dans la loi d’orientation des mobilités, mais aussi des aides comme le renforcement du programme ADVENIR, pour prendre en charge jusqu’à 60% du coût des bornes ouvertes au public ; la mise en place d’aides au rétrofit des bornes déjà installées en les rendant notamment interopérables ; ainsi qu’une enveloppe de 100 M€ pour les bornes de recharge rapide sur les autoroutes et le réseau routier national.

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Où sont les bornes ouvertes au public ?

La grande majorité des points de recharge ouverts au public sont situés dans trois endroits : les parkings (38%), la voirie (34%) et les commerces (26%). À noter que les 53 667 points de recharges ouverts au public ne prennent pas en compte les bornes des particuliers et des entreprises. « Au total, en comptant les bornes privées (chez les particuliers, dans les copropriétés, sur les parkings d’entreprises…), on atteint plus de 612 000 points de recharge répartis sur l’ensemble du territoire » précise ainsi le Ministère des Transports.

Sans surprise, c’est avant tout en Île-de-France que le nombre de stations et de points de recharges ouverts au public est le plus élevé. Viennent ensuite les régions du sud de la France : Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine, Occitanie et PACA.

graphique nombre de points de recharge en France région par région


Quelles pistes pour aller plus vite ?

En 2019, le ministère de la Transition écologique, le Ministère de l’Economie et des Finances et l’ADEME ont confié une étude sur les infrastructures de recharge à un cabinet de conseil – Coda Stratégies. Celui a fait plusieurs recommandations, notamment après avoir étudié des pays et États déjà bien avancés sur la question : la Norvège, la Californie et le Japon.

Dans ses recommandations, il pointe notamment le rôle de la recharge à domicile dans l’efficacité du déploiement des bornes. Sur ce point, le gouvernement propose quelques aides financières. Les particuliers peuvent, par exemple, bénéficier d’un crédit d’impôt de 75% (et plafonné à 300 €) pour l’acquisition d’un point de recharge et son installation à domicile. La prise en compte des points de recharge dans les constructions neuves est également un levier pour accélérer sur ce sujet.

Reste que 12 millions de ménages ne disposent pas d’une place de stationnement privative chez eux et que des solutions sont donc à trouver ailleurs dans l’espace public. Les entreprises représentent un premier axe de travail sur le sujet. D’autant que la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) oblige, depuis le 01er janvier 2022, les entreprises équipées de plus de 100 véhicules, à avoir 10 % de leur flotte électrifiée lors du renouvellement des véhicules. Un chiffre qui devrait passer à 20 % en 2024 puis à 50 % en 2030.

Outre les parkings, les stations-service sont également un autre levier pour améliorer naturellement le nombre de points de recharge sur le territoire. Le maillage national des points de recharge sur les autoroutes est notamment un sujet important qui est en bonne voie pour le moment, même si d’importants progrès restent à faire sur certains axes.

Carte Watt liste des autoroutes

Enfin, d’après l’observatoire de l’Afirev, il existe désormais un travail à faire aussi sur la maintenance des bornes de recharge. Ainsi, d’après leurs chiffres, 76% des automobilistes ont rencontré des bornes de recharge hors-service au cours des 6 derniers mois ; 27% des sessions de charge ne se passent pas correctement ; et presqu’un utilisateur de véhicule électrique sur deux a eu besoin de l’assistance téléphonique au cours de l’année 2021 lors de son passage à un point de charge.

Des inconvénients – très largement compréhensibles au vu de la récence des usages – qui sont aussi à lever pour permettre de rassurer encore davantage les particuliers. Un autre sujet concerne les évolutions technologiques des bornes : puissance, rapidité de la charge sont des facteurs importants qui attendent les nombreux acteurs positionnés sur la conception de ces points de recharge.

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