Pour une raison qui nous échappe encore, les constructeurs automobiles ne jurent plus que par un acronyme : SUV. Le Sport Utility Vehicle est aujourd’hui le modèle de référence et toutes les marques du marché en proposent au moins un modèle. Pourtant, au départ, le SUV n’était qu’une voiture de niche, initialement utilisée comme véhicule tout-terrain idéal sur des routes accidentées. Depuis quelques années, il est devenu la voiture familiale par excellence. En quelques années, les ventes de SUV ont explosé (elles représentent plus d’un tiers des ventes d’automobiles en France, avec 38% de part de marché en 2019). Et cela représente pourtant un véritable problème d’un point de vue climatique.

Source : UFC Que Choisir


Les SUV, des véhicules très (trop) lourds

Il existe aujourd’hui différentes catégories de SUV qui vont des « petits SUV » aux « familiaux » en passant par les « compacts » et les « grands SUV ». Mais concrètement, ces voitures sont tout de même toujours très grandes et très lourdes. Les petits SUV font en moyenne 4 mètres de long contre 5 mètres pour les grands modèles. Des modèles qui font d’ailleurs parfois penser à des chars d’assaut. Est-ce exagéré de le penser ? Oui et non…

Toujours est-il que la taille et le poids des voitures est en hausse constante depuis les années 1960 et que cette tendance ne semble pas diminuer avec l’apparition des préoccupations climatiques. Ainsi, depuis 1960, la taille des voitures a augmenté de 21% en hauteur, de 14% en largeur et de 3% en longueur. Elles sont donc plus lourdes et plus puissantes. Pour autant, elles ne remplissent pas de fonctions supplémentaires par rapport aux voitures des années 60. On aurait pu penser, d’ailleurs, que leur grande taille était justifiée par le fait de pouvoir transporter davantage de passagers mais les chiffres avancés par le chercheur en mobilité Aurélien Bigo laissent à penser le contraire : le remplissage moyen des voitures françaises serait ainsi de 1,58 passager par voiture en 2020 contre 2,2 en 1960.

Nos voitures sont donc en moyenne plus grandes et plus lourdes. Elles apportent ainsi un gain de sécurité certain (meilleure adhérence, plus d’accessoires de sécurité embarqués, meilleure résistance aux chocs avec d’autres véhicules) ainsi qu’un gain de confort indéniable. Mais cette hausse du poids des véhicules est aussi un inconvénient sur le plan environnemental puisque des voitures plus lourdes nécessitent une propulsion plus importante et donc davantage d’énergie pour les faire rouler. Et ce, quel que soit le mode d’énergie retenu.

Source – Ademe

Les SUV, le 6ème plus gros pollueur au monde ?

Dans une note publiée fin 2021, Laura Cozzi et Apostolos Petropoulos, deux chercheurs de l’Agence Internationale de l’Énergie (IAE) alertent justement sur cette hausse constante de la vente de SUV. D’après leurs chiffres, 35 millions de SUVs supplémentaires ont été vendus à travers le monde en 2021, faisant de ces véhicules le grand leader du marché automobile, avec 45% de part de marché. En 2021, la planète compterait 320 millions de SUV en circulation.

Le problème, c’est que 98% de ces véhicules sont des véhicules thermiques et qu’ils consomment en moyenne 20% de carburant en plus par rapport à d’autres modèles plus légers et plus petits. Pour les chercheurs de l’IAE, si l’on considérait ces voitures comme un pays, ce serait le 6ème pays le plus émetteur de gaz à effet de serre au monde, avec un total annuel de 900 millions de tonnes de CO2.

Un point positif reste tout de même à signaler : en 2021, la moitié des véhicules électriques vendus étaient des SUV. On peut donc espérer, à un moment donné, qu’une plus forte électrification du parc automobile à travers le monde (à condition, bien sûr, que l’électricité mondiale continue ses efforts de décarbonation) puisse permettre de réduire les émissions de CO2 des SUV. Attention tout de même, précisent les chercheurs de l’IAE, car ces grands véhicules réclament aussi plus d’énergie que la moyenne pour fonctionner, mais aussi des batteries plus importantes (70 Kwh contre 50 Kwh pour les autres véhicules électriques). Cela nécessite donc davantage de métaux pour leur construction.

SUV


Le piège des véhicules hybdrides rechargeables

Les SUV, même électriques, ont donc un impact environnemental plus fort sur la consommation d’énergie et la consommation de ressources naturelles, ce qui en fait un très mauvais véhicule pour l’environnement. De nombreux acteurs plaident ainsi pour que la taille et le poids des véhicules fassent l’objet de mesures drastiques et que notre avenir soit fait de petites voitures. La Convention Citoyenne pour le Climat souhaitait par exemple la création d’une taxe pour les véhicules neufs de plus de 1400 kg. Un chiffre ramené à 1800 kg par le parlement, ce qui ne concerne finalement que très peu de véhicules, d’autant que les voitures hybrides rechargeables sont exemptées de cette taxe.

Pourtant, une récente étude menée par l’ICCT met clairement en avant le fait que les hybrides rechargeables sont aussi – sur le plan environnemental – très inutiles : ainsi seuls 37% des km effectués par ces voitures le sont en mode électrique. « Le véhicule hybride rechargeable est une chimère. Ils ont des moteurs électriques faibles, des moteurs thermiques volumineux et polluants, et se chargent généralement lentement » précise sur ce sujet Diane Strauss, Directrice France de l’ONG Transport et Environnement.

Évidemment, pour les particuliers, le fait de posséder une voiture au design très sympa et au confort inégalable prime souvent sur l’aspect environnemental. Un paradigme qui pourrait changer au fur et à mesure que de nouvelles générations arrivent à l’âge de conduire. Ainsi, sur les 10 dernières années, la volonté des moins de 35 ans à acheter une voiture neuve, ainsi que la volonté de ces derniers à passer le permis de conduire a diminué de 50%.

L’occasion de rappeler aussi que le mode de propulsion des véhicules ne doit pas être le seul driver des politiques de mobilités durables et qu’il est urgent de repenser nos modes de déplacement : covoiturage, vélo et transports en commun (notamment le train) étant à privilégier et à améliorer. Ce qui pose d’ailleurs une autre question : avec le développement de l’autopartage et des mobilités douces, est-ce que le fait d’être propriétaire d’un véhicule sera toujours aussi important demain ? Rien n’est moins sûr. Mais en attendant, il est urgent de repenser notre rapport à la taille et au poids des véhicules au risque de mettre en péril l’avenir de la transition écologique.

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