Selon le Shift Project, pour réussir à contenir la hausse de la température moyenne à moins de 2°C d’ici 2100, il faudrait réduire, dès aujourd’hui, de 5% par an nos émissions de gaz à effets de serre. Très grande contributrice dans ces émissions – c’est le premier secteur responsable des émissions de gaz à effet de serre en France – l’industrie automobile doit se révolutionner pour rester dans les clous des objectifs annoncés.

Gazelle Tech, une entreprise installée en Gironde, apporte des solutions à ce casse-tête en développant des voitures électriques légères. Le projet, porté par Gaël Lavaud, est né en 2014. A l’origine, on retrouve un constat simple : les voitures que nous utilisons sont bien souvent trop lourdes, ce qui fait grimper déraisonnablement leur consommation énergétique.

Le PDG de l’entreprise explique en effet que « les ¾ de la consommation d’un véhicule sont liés à son poids« . Une preuve en chiffre de l’attrait des consommateurs pour les automobiles lourdes ? Sur les 6 premiers mois de l’année 2021, 42% des voitures vendues en France étaient des SUV, véhicules pesant entre 1,2 et 1,8 tonne.

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Des matériaux composites pour un véhicule électrique de moins d’une tonne

Pour réduire le poids des véhicules, Gazelle tech a donc développé une technologie de châssis qui permet de construire des voitures deux fois moins lourdes que celles que l’on retrouve sur le marché. Alors qu’une Renault Zoé pèse environ 1,6 tonne, la future voiture de la firme girondine devrait afficher un poids entre 800 et 900kg. Cette technologie de châssis breveté repose sur des matériaux composites que l’entreprise garde secret. 

Après un prototype à essence réalisé en 2017, les équipes de Gazelle Tech ont pris le parti de produire une voiture électrique puisqu’elle celle-ci ouvre la voie aux prochaines innovations de la filière, soit via des batteries lithium-ion, soit via des piles à combustibles reposant sur l’hydrogène vert. Ce modèle électrique est en cours d’homologation. Pour y parvenir, l’entreprise mise aussi sur des batteries relativement faibles. Mais pour la marque, l’objectif n’est pas de permettre à ses usagers de traverser la France, mais plutôt de la réserver à des usages urbains et péri-urbains. 

L’entreprise envisage de lancer la production fin 2022. La voiture devrait coûter 20 000€, soit un prix inférieur à celui de la Renault Zoé (33 000€) ou que la Peugeot e-208 (33 000€) et plus que la Dacia Spring (17 000€) produite en Chine dans un processus forcément plus carboné.

Le véhicule proposé a un impact environnemental (production et usage) de 40% inférieur à n’importe quel autre véhicule électrique 

Gaël Lavaud, PDG de Gazelle Tech


Une voiture créatrice d’emplois locaux

Gazelle Tech ne se contente pas de développer une voiture au poids réduit mais travaille aussi à proposer une production locale. Ainsi, les véhicules ne seront pas assemblés dans des giga factory mais plutôt dans des micro-usines organisées dans des conteneurs aménagés. Les pièces des voitures seront envoyées en kits et seront ainsi assemblées localement par une main d’œuvre formée en amont par la firme girondine.

Une stratégie rendue possible par la technologie de châssis brevetée qui permet un assemblage simple. Là où un châssis en acier se compose en général de 200 ou 300 pièces, celui-là compte « 10 pièces qui peuvent être assemblées en moins d’une heure » selon M. Lavaud. Cette spécificité, qui doit impulser la création d’emplois dans les territoires des clients de Gazelle Tech, fait du modèle de la société un modèle qui s’adresse en priorité aux collectivités territoriales. L’entreprise affirme d’ailleurs avoir déjà identifié deux collectivités dans lesquelles elle prévoit de déployer des usines pilotes dès 2022. 

En proposant un modèle destiné à créer des emplois locaux dans l’industrie, l’entreprise drape son activité d’une double mission : environnementale et sociale. Premièrement, le processus d’assemblage de véhicules vendu en France est moins émetteur de gaz à effet de serre lorsqu’il se fait dans l’Hexagone plutôt qu’en Chine. Deuxièmement, en créant des emplois locaux, Gazelle Tech montre que la réindustrialisation est envisageable. Pour justifier ce message, elle s’est prêté au jeu de la simulation. Résultat : si tous les véhicules de la métropole bordelaise étaient assemblés sur le modèle des micro-usines, 4 000 emplois verraient le jour. 

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Micro usine Gazelle Tech


Un axe de progression important : le recyclage des matériaux

Concernant les axes de développement identifiés, Gaël Lavaud explique que « l’avenir de Gazelle Tech sera tourné vers le recyclage ». Au moment où le projet s’est lancé, il n’y avait quasiment pas de solutions alternatives et écologiques pour les matériaux du châssis. Ces solutions se sont développées en même temps que le projet Gazelle. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il existe des solutions en résine thermoplastique (donc recyclables) ou en matériaux biosourcé, comme par exemple certaines fibres naturelles qui sont aussi envisageables. 

Pour suivre le parcours qui est le sien, l’entreprise est passée par plusieurs étapes en termes de financement. Les équipes ont notamment organisé deux levées de fonds pour financer les prototypes. Une nouvelle levée de fonds est en cours d’organisation pour lancer la production à la suite de l’homologation. La production et la mise sur le marché devraient également conduire la société à garnir ses rangs, en particulier pour des commerciaux.

En développant un tel projet, Gazelle Tech s’inscrit dans la liste des acteurs qui oeuvrent pour faire de la voiture et de son usage des éléments en adéquation avec la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, à l’instar du rétrofiteur Carwatt, ou de Mobicoop, qui développe le premier service de covoiturage coopératif.

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