C’est en 2014 que naît l’idée de Carwatt, au moment où Gérard Feldzer, ingénieur et ancien commandant de bord chez Air France, comprend, lors d’échanges avec le directeur des véhicules électriques de Renault, que le secteur manque de solutions pour donner une seconde vie à leurs batteries lorsqu’elles deviennent moins performantes.

L’entreprise Carwatt voit donc le jour en 2015 avec comme mission de donner une seconde vie aux batteries des véhicules électriques. Une mission qui fait de la startup l’une des pionnières en France en matière de retrofit de véhicules puisqu’en récupérant ces batteries, elle conçoit des kits d’électrification qui permettent d’alimenter de nouveaux véhicules.

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Une offre dédiée aux flottes professionnelles

L’offre développée par Carwatt suit donc le processus suivant : l’entreprise récupère les batteries des véhicules auprès de constructeurs (en l’occurrence le groupe Renault). Ces batteries, considérées comme en fin de première vie, conservent tout de même entre 70% à 80% de leur capacité. Les équipes de l’atelier (situé à Coignières dans les Yvelines) ré-agencent alors les modules à une nouvelle tension dans le but fournir un pack batterie destiné à alimenter un nouveau véhicule.

La startup a également développé son propre BMS (Battery Management System) pour « piloter la batterie le plus efficacement possible » explique Eric Planchais, Directeur Général de l’entreprise. Carwatt possède également des compétences en architecture électrique ce qui signifie que l’entreprise est à l’origine de la construction globale de la chaîne électrique du véhicule (freinage, moteur…). 

Grâce à ce processus de reconditionnement de batteries, Carwatt peut donc électrifier des véhicules en remplaçant le bloc moteur thermique par un équivalent électrique. L’entreprise ne s’adresse, pour le moment, qu’à des flottes de véhicules professionnels. Elle vise essentiellement les véhicules techniques, aéroportuaires ou portuaires ainsi que les navires, des véhicules « qui n’ont pas besoin d’une grande autonomie et qui réclament des conditions d’usages moins intenses que les véhicules destinés à la route » précise Eric Planchais.

Elle n’est pas la seule à se positionner sur ce créneau des véhicules utilitaires pour entreprises et professionnels. D’autres acteurs, à l’image, par exemple, de la startup TOLV (ex-Phoenix Mobility) travaillent également sur ce sujet. Un marché intéressant puisqu’on estime qu’il y a environ 6 millions de véhicules utilitaires actuellement en circulation en France.

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Un tapis roulant Air France retrofité par Carwatt


Des aéroports aux safaris, Carwatt se positionne sur de nombreux marchés

Par exemple, le premier client de l’entreprise, Air France, a fait confiance à la jeune pousse pour électrifier sa flotte de véhicules circulant à Roissy. Carwatt y a donc rétrofité une vingtaine de tapis à bagages et d’autres projets sont en cours de développement (tracteur de piste, escalier passager). L’aéroportuaire n’est pas le seul secteur investi par la société puisque les véhicules industriels et spéciaux, les véhicules de safari (création d’une société en Afrique), le transport fluvial (remise à l’eau récente d’un navire de croisière sur le Nil) sont aussi concernés. 

L’offre proposée par l’entreprise est à l’origine d’un triple impact. D’un point de vue économique, Carwatt permet à ses clients de faire d’importantes économies en leur évitant d’investir dans un nouveau véhicule. Gérard Feldzer explique ainsi « qu’une benne à ordure retrofitée revient au moins deux fois moins cher que ce que coûte une benne neuve ». Et sur le plan environnemental, cela permet de réduire la consommation de carburant ainsi que la pollution sonore des véhicules.

L’entreprise ajoute également à la liste des impacts positifs l’allongement de la vie des batteries, qu’elle multiplie par 2 ou 3, leur donnant une espérance de vie qui peut approcher les 10 ans. Enfin en ce qui concerne la dynamique sociale, la société participe à la création d’emplois sur tout le territoire et principalement dans des petites entreprises. L’AIRe, l’association des professionnels du retrofit estime que cette filière pourrait créer 42 000 emplois en France.

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Des perspectives de croissance

L’entreprise, qui compte 10 employés, a l’ambition de générer un chiffre d’affaires d’une dizaine de millions d’euros d’ici 4 à 5 ans. Elle peut compter pour cela sur des approches de nombreux constructeurs automobiles qui y voient une opportunité de donner une seconde vie à leurs batteries. La startup espère donc pouvoir augmenter rapidement ses capacités de fabrication et d’industrialisation pour pouvoir traiter de plus gros volumes et faciliter également l’export de sa solution.

Pour cela, la société, qui a organisé plusieurs petites levées de fonds sur le modèle « Friends&family », peut aussi compter sur le soutien d’actionnaires qui sont des entrepreneurs à succès, à l’image de Gérald Feldzer, Jean-Michel Geffriaud (ex VP développement durable chez Alstom) ou encore Eric Scotto (PDG d’Akuo). Elle peut aussi compter sur le soutien de l’Ademe, de la BPI ainsi que le financement de la région Ile-de-France (prime PM’up). 

Pour rappel, la France se fixe comme objectif d’atteindre, d’ici à 2030, un million de véhicules à moteur thermique transformés.

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