L’utilisation ou l’interdiction des intrants de synthèse est l’un de débats les plus clivants lorsqu’on aborde la transition agricole. Et les tenants d’une agriculture dite conventionnelle rappellent souvent qu’il n’existe, de toute manière, pas d’alternatives à ces produits créés pour protéger les plantes de leurs agresseurs ou pour stimuler leur croissance. Récemment, c’était d’ailleurs le principal argument des professionnels de la betterave pour que le ministère de l’Agriculture leur accorde une dérogation à l’interdiction du glyphosate.

Pourtant, des alternatives aux produits phytosanitaires classiques émergent petit à petit grâce à la science, via des produits bioinspirés qui s’ancrent dans la transition agroécologique. Ces biointrants se basent sur les principes actifs de certaines plantes ou organismes naturels afin de protéger et stimuler les cultures. Et demain, ils pourraient nous permettre de nous passer des intrants de synthèse.

Parmi ces solutions, on peut citer par exemple, la symbiose entre des champignons et les racines des plantes, ce que proposent des acteurs comme INOCULUM Plus et Mycophyto. Depuis 2012, Axioma s’inscrit également dans cette démarche de biointrants, via des associations d’extraits végétaux et de biomolécules. L’entreprise est d’ailleurs pionnière en France et en Europe sur le sujet.


4 produits homologués et commercialisés depuis 2020

Axioma est une entreprise qui conçoit des biosolutions composées essentiellement d’actifs issus des plantes et permettant de remplacer ou de venir compléter l’action des produits phytosanitaires utilisés en agriculture conventionnelle. À noter qu’ils sont également homologués pour l’agriculture biologique puisqu’ils sont obtenus grâce à des plantes fraiches et d’un co-produit du blé.

Grâce aux propriétés de ces actifs végétaux, les solutions proposées par Axioma permettent d’améliorer le développement des plantes traitées ainsi que leur résistance. Ils favorisent notamment l’enracinement des plantes ainsi que leur résistance aux stress abiotiques (gel, sécheresse). Ils stimulent aussi la floraison et la fécondité des plants traités.

Axioma développe des biointrants à la fois pour les cultures végétales, pour l’élevage ainsi qu’un additif de compostage qui favorise le développement de la vie bactérienne dans le fumier. Ils sont conçus majoritairement grâce à des extraits de plantes, des extraits d’algues, des minéraux naturels ainsi que des protéines, biomolécules et acides aminés.

C’est en 2012 qu’Anthony Bugeat fonde Axioma. Pionnier français sur cette problématique, l’entreprise change aujourd’hui de dimension pour accompagner la transition agroalimentaire. La PME vient d’ailleurs d’inaugurer une usine de 3 500m2 installée à Brive, en Nouvelle-Aquitaine. Elle permettra la production de 5 millions de litres par an.

champ de blé


Un pionnier qui est entrain de changer d’échelle

Mais la route fut longue pour ce pionnier des biointrants. Une large partie de l’activité d’Axioma a d’abord – et continue – d’être consacré à la R&D. Après 4 ans de recherche, l’entreprise a débuté en 2016 les procédures de mise sur le marché, puisque les biointrants sont soumis à des autorisation de mise sur le marché délivrés par l’Anses.

Une étape longue est fastidieuse qui a mis presque 4 ans pour aboutir, en octobre 2019, avec l’homologation de 4 produits destinés à la viticulture, le maraichage, l’exploitation céréalière et les prairies. En parallèle, l’entreprise a pu lever des fonds, notamment via la plateforme Sowefund, de 500 000€ en 2017 et de 900 000€ en 2020 afin d’assurer sa croissance.

Le marché des biointrants commence à se structurer en France grâce à des acteurs comme Axioma, Mycophyto ou encore M2i Life Solutions. Cependant, plusieurs freins sont encore à lever pour accélérer la maturité de ce secteur. Des progrès en matière de recherche scientifique sont à effectuer, en particulier via davantage d’expérimentations sur le terrain en collaboration avec les agriculteurs. Ces derniers, qui sont demandeurs de ces produits, ont également besoin d’être mieux accompagnés et formés sur ce nouveau sujet.

Enfin, il existe aussi une question règlementaire pour permettre d’accélérer. Outre des délais très longs pour obtenir les autorisations de mise sur le marché, les professionnels du secteur réclament une harmonisation des termes au niveau européen. En matière d’accès aux financements, le secteur fait aussi face à une certaine timidité des investisseurs qui prennent encore trop peu le risque de s’engager en amorçage sur ces sujets nécessitant énormément de R&D.

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