La transition vers des modèles agricoles durables passera obligatoirement par une modification de notre manière de protéger et de stimuler les plantes. Ce qui est une nécessité absolue, surtout pour nourrir une population en augmentation constante, et dans un contexte de dérèglement climatique.

Aujourd’hui, la protection des cultures passe avant tout par des produits chimiques. Des insecticides et pesticides régulièrement controversés. Dès les années 1960, d’ailleurs, la scientifique américaine Rachel Carson dénonçait l’utilisation du DDT dans les cultures. Depuis, les choses n’ont pas beaucoup changé et, soixante ans plus tard, le glyphosate et les insecticides à base de néonicotinoïdes sont régulièrement au coeur du débat public. Plus récemment, l’utilisation d’engrais azotés fait également réagir.

À l’heure actuelle, la tendance est donc à la réduction de l’utilisation de ces intrants dans les champs et à la recherche d’alternatives qui seraient moins néfastes pour la biodiversité et la santé. Et c’est précisément ce que propose la startup Inoculum Plus avec ses travaux sur les mycorhizes.


Des bio-solutions utilisant la symbiose plantes-champignons

Crée en 2011, la startup INOCULUM Plus élabore et commercialise des solutions basées sur la mycorhize. Ces solutions permettent aux plantes de se développer dans de meilleures conditions et d’être plus résistantes aux diverses menaces qu’elles sont susceptibles d’affronter tout au long de leur vie, maladies ou stress hydrique, par exemple. C’est une innovation intéressante pour les agriculteurs, maraichers et autres acteurs du secteur agricole qui souhaitent s’orienter vers des pratiques agroécologiques.

Les mycorhizes, c’est une association entre les racines des plantes et des champignons, qui agit comme biostimulant des plantes. Cette bio-stimulation permet notamment de réduire l’utilisation des produits chimiques dans l’agriculture, ou dans son jardin” précise Janie Bouvet, co-fondatrice de la structure. Cette association se base sur des interactions naturelles entre les filaments fongiques qui s’attachent aux racines et qui, par une sorte de réseau secondaire, prolongent le rayon de prospection des racines dans le sol.

Ce phénomène permet à cette association des racines et des champignons d’aller puiser des ressources plus en profondeur dans le sol et d’avoir, donc, accès à davantage de nutriments et d’eau nécessaires à leur développement. Cela permet aux plantes d’être plus résilientes vis à vis des conditions climatiques, en particulier les risques de sécheresse.

photo phénomène mycrohize
Vue microscopique de racines mycorhizées – crédits : Inoculum Plus


Une diversification à venir sur l’ectomycorhize

L’équipe d’INOCULUM Plus a ainsi lancé, depuis 2019, sa propre gamme de bio-intrants basée sur ce phénomène naturel. En parallèle, elle propose son expertise auprès de particuliers et de professionnels du secteur de l’exploitation végétale pour des actions de conseil, notamment pour faire analyser leurs sols afin de connaître ses teneurs en champignons et le taux de mycorhization des racines suite à un traitement.

Aujourd’hui, la startup est constituée de deux co-fondatrices : Sylvie Masquelier, qui a fait son post-doctorat à l’INRAE sur ce sujet et qui est en charge de la partie R&D ; et Janie Bouvet qui gère le développement commercial de la structure. En 2020, la startup a dépassé la barre des 100 000€ de chiffre d’affaires et compte continuer sur cette voie en proposant de nouveaux produits, qui reposent sur l’ectomycorhize. “Il y a différents types de mycorhizes. Celle à arbuscule est la plus représentée, avec 80% des plantes qui font ce type de mycorhize. Il y a 5% des plantes qui ne mycorhizent pas, et il en reste 5% qui font de l’ectomycorhize. Ce sont des champignons que l’on va retrouver en forêt” ajoute l’entrepreneure au sujet de cette diversification.

En parallèle, l’entreprise est actuellement impliquée dans un projet de recherche européen, le projet Excalibur en partenariat avec une quinzaine d’autres structures déployées dans le continent. Toutes participent à développer et expérimenter des biosolutions sur trois espèces : la pomme, la fraise et la tomate. Le but du projet est notamment de surveiller les effets que ces solutions génèrent sur la biodiversité du sol, au niveau physique, chimique et biologique. À terme, le projet aurait vocation à mettre en place des moyens de biostimulation pour assurer un contrôle et une fertilisation biologique des sols agricoles.

À lire également