des plantes hyper accumulatrices
Agriculture et Alimentation

Biomede, ou comment dépolluer les sols grâce aux plantes- 4 minutes de lecture

Biomede propose de dépolluer les sols avec une technique durable et naturelle : la phytoremédiation. L’objectif est d’utiliser des plantes dites “hyper-accumulatrices” qui vont capter les métaux lourds comme le cuivre, le plomb ou le nickel.


La start-up Biomede, créée en 2017 par Ludovic Vincent, vise essentiellement les sols agricoles touchés par la pollution aux métaux lourds. L’idée de Biomede est de dépolluer les sols avec les plantes : ce qu’on appelle la phytoremédiation. Le processus consiste à semer les graines de plantes dites hyper-accumulatrices, qui se nourriront des polluants pour pousser. L’activité de phytoextraction des plantes permet alors de débarrasser les sols de ces résidus de métaux lourds. À date, il s’agirait de la solution la plus durable à la dépollution des sols. 

En France, on estime que 80% des sols sont pollués. C’est particulièrement le cas dans certaines régions dont l’histoire (par les guerres ou l’exploitation minière) a entrainé une forte pollution aux métaux lourds. Outre les conséquences sanitaires et environnementales, cela à un impact sur les productions agricoles. D’autant que, pour réduire cette pollution, les agriculteurs utilisent majoritairement des produits physico-chimiques. Or, il existe des plantes reconnues pour leur métabolisme efficace sur l’extraction de produits polluants. Ce qui pourrait être une alternative plus durable et moins coûteuse.

ludovic vincent
Ludovic Vincent, co-fondateur de la start up Biomédé


Une solution agroécologique pour dépolluer les sols

L’idée de Biomede est née en 2016. L’histoire d’un agriculteur contraint d’abandonner ses terres en raison d’une trop forte pollution au cuivre a motivé Ludovic Vincent, co-fondateur de la structure. « C’est un problème où il y a peu de solution » confie t’il. Ingénieur passé par AgroParisTech, il se penche sur la question et la start-up voit le jour en 2017 dans la région lyonnaise. Aujourd’hui, elle œuvre sur toute la France et a déjà planté plus de 800 millions de graines. 

À titre d’exemple, plus d’une vingtaine de vignobles d’appellations classées ont eu recours à cette technique, à l’image du Château Smith Haut Lafitte. Pour eux, la phytoremédiation est un gage de qualité de vignoble et permet « de respecter l’environnement et protéger la biodiversité ». Outre la dépollution des sols, l’utilisation de techniques responsables et durables représente l’avenir et permet également un traitement moins coûteux que les traitements chimiques. 

La phytoremédiation est une innovation qui vient ainsi en aide à un monde agricole qui cherche le juste milieu entre pratiques durables et conventionnelles, d’autant que la place est libre. « C’est un domaine où il n’y a peu voire pas de concurrence » confie Ludovic Vincent. Biomede est en effet la première entreprise à promouvoir cette méthode en France. C’est aussi la preuve qu’on a aujourd’hui tout à gagner des pratiques basées sur les solutions fournies par la nature, comme l’agroécologie et le biomimétisme.

alyssum murale
Alyssum murale est une plante à fleurs originaire des Balkans qui est utilisée pour l’extraction du Nickel.


La phytoremédiation, une solution jusqu’alors inexploitée

Avant Biomede, la technique la plus utilisée pour dépolluer les sols était les traitements physico-chimiques. En plus d’être une méthode onéreuse, elle engendre des frais de transports, de traitement et de stockage. En résumé, cette technique engendre de la pollution pour dépolluer les sols. Elle ne fait que transférer la pollution.

Biomede propose alors une solution qui est bien moins onéreuse. Le principe est très simple. Un agriculteur, qui souhaite dépolluer son sol, fait appel à Biomede qui établit un diagnostic, suivant le type de terre ou la pollution est présente. Il recevra alors « un mélange de plantes adapté »  à son environnement. L’agriculteur n’a plus qu’à planter les graines et les retirer une fois la pousse terminée. C’est une technique avec moins d’intermédiaires et qui s’avère donc accessible à tous. Elle pourrait également servir pour les friches industrielles.

En résumé, la phytoremédiation a un avantage financier mais également de nombreux avantages environnementaux. Cette méthode plus responsable assainit durablement les terres. Par ailleurs, elle fait appel à l’économie circulaire. Car en faisant sécher les plantes, il devient possible d’en extraire les matériaux captés, tel que le cuivre, qui peuvent ensuite être revalorisés.


Roxanne Guillaume.

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