Pour anticiper les conséquences du changement climatique sur nos cultures et aider les agriculteurs à identifier des solutions pour l’agriculture de demain, il est nécessaire de comprendre comment les plantes pourront s’adapter au climat des prochaines décennies.

C’est l’enjeu capital sur lequel se penche le Siclex, un dispositif expérimental développé par des chercheurs de l’INRAE. Il a pour but d’évaluer la manière dont les prairies répondent à des climats plus secs et chauds. L’un des objectifs de ce programme est notamment d’identifier et de sélectionner les plantes les plus résistantes afin d’assurer la continuité de cet écosystème.


Le Siclex, un simulateur de climat extrême unique au monde

Placé sous la responsabilité de l’unité de recherche pluridisciplinaire prairies et plantes fourragères (URP3F) de l’INRAE, le Siclex combine les effets d’une sécheresse artificielle à un système de chauffage de la végétation. Il a vocation à être complété par un système très complexe et coûteux d’enrichissement d’air en CO2, développé en collaboration avec l’INRAE de Clermont-Ferrand.

Il se présente sous la forme d’une grande serre mobile de 550 mètres. “Elle permet de contrôler les conditions de rayonnement et les précipitations que les plantes vont recevoir au cours de l’année ou par période, en fonction de ce qu’on veut étudier” précise Abraham Escobar-Gutiérrez, qui dirige ce programme de recherche. Ainsi, en cas de pluie, grâce à l’IA qui analyse en temps réel la vitesse, l’orientation du vent ou encore les cartes du ciel, l’abri se déplace rapidement – 12 mètres par minute – pour maintenir les conditions de sécheresse recherchées.

En prélevant et analysant les plantes de cette prairie confrontée artificiellement à des climats extrêmes, les chercheurs de l’URP3F étudient leur grande diversité génétique. Les résultats de ces études les conduiront ensuite à travailler sur la sélection génétique pour évaluer le génotype qui offrira la meilleure résilience aux conditions climatiques extrêmes, tout en déterminant les équilibres possibles entre variétés et les pratiques à mettre en œuvre.


La recherche du meilleur génotype pour les climats extrêmes

“On travaille sur la diversité génétique que le peuplement des prairies représente. Parce que, dans une prairie il n’y a pas une plante qui ressemble à une autre. C’est une force pour le système prairial, une source de résilience” précise Abraham Escobar-Gutiérrez, Président de l’INRAE Nouvelle-Aquitaine, au sujet de ce programme. “On s’intéresse au fonctionnement des plantes dans un peuplement : comment elles interagissent entre elles, et comment elles interagissent avec leur environnement biotique et abiotique. On est plus orienté sur l’environnement abiotique : température, eau, CO2 qui sont les trois principales sources de variation des rendements des cultures”.

Le double objectif de ce dispositif est donc d’effectuer des recherches pour permettre de comprendre le comportement des plantes soumises à ces contraintes et développer celles qui seront le plus adaptées aux climats de demain.

Les prairies ont un rôle majeur pour l’agriculture puisqu’elles assurent l’autonomie énergétique et protéique des éleveurs. Par ailleurs, elles représentent 40% des surfaces émergées de notre planète, autant que les forêts, avec un même bilan annuel de stockage de CO2. Elles sont ainsi considérées par les experts de l’agroécologie comme l’un des leviers de la transition écologique.


Crédit photo : ©INRAE/Sébastien LAVAL