Selon l’Agence Bio, la part des exploitations françaises engagées dans l’agriculture biologique est d’environ 10%. Ces dernières années, de plus en plus d’agriculteurs se tournent cependant vers cette agriculture. En 2019, on pouvait recenser 47 196 exploitations agricoles en Bio, soit 5 573 fermes supplémentaires par rapport à 2018. La surface agricole française convertie au bio, quant à elle, a été multipliée par 2 entre 2014 et 2019 atteignant en 2019, 2,3 millions d’hectares.

Malgré cette tendance, il n’en reste pas moins que l’agriculture biologique est encore marginale en France et qu’avec 8,5% de la surface agricole française convertie au bio, nous sommes encore loin de l’ambition du gouvernement d’atteindre 15% en 2022.

Pour accélérer dans cette transition, il faut donc lever les freins à la conversion, car opérer une transition entre une agriculture dite conventionnelle et une agriculture biologique n’est pas simple. Cela suppose notamment une période de conversion lourde d’un point de vue financier. C’est donc pour accompagner les agriculteurs dans cette phase de conversion, grâce à la valorisation de leurs produits à un juste prix, que Maxime Durand et Stéphane Delebassé ont crée BioDemain en 2018.

BioDemain a réussi à valoriser 150 tonnes de produits locaux, accompagnant ainsi 30 agriculteurs vers le bio, soit 200 hectares de surfaces converties


La conversion au bio : coûts élevés et pertes de rendements

La durée de la conversion biologique dépend du type de production. Une culture annuelle ou celle de l’herbe pour l’alimentation animale, par exemple, suppose une période de conversion de 2 ans alors que pour les cultures pérennes, cette période s’étend à 3 ans. Et cela représente un poids financier pour les agriculteurs puisqu’ils doivent, durant ces deux ou trois ans, respecter les règles contraignantes du cahier des charges de l’agriculture biologique alors même que leurs produits ne sont pas vendus comme tels.

Parmi ces règles, on retrouve notamment l’interdiction d’utiliser des produits phytosanitaires ou des engrais chimiques. Ainsi, passer à une agriculture biologique entraîne bien souvent une chute des rendements agricoles (environ 20% selon un rapport publié dans Nature). Cela entraîne aussi une augmentation de la main d’oeuvre et la nécessité de réaliser de nouveaux investissements.

Rien que l’obtention de la certification AB est une procédure lourde et onéreuse. Ainsi, alors que les produits des agriculteurs en phase de conversion ne sont pas encore labellisés Bio et se vendent donc au même prix qu’avant, les dépenses liées à la production s’alourdissent venant mettre en difficulté certains exploitants et en décourager d’autres de se lancer dans la pratique.

Pour soutenir cette transition, certaines aides publiques sont mises en place comme l’aide PAC à la conversion d’une durée de 5 ans, les aides régionales ou encore le crédit d’impôt bio. Certaines banques proposent également des offres spécifiques pour soutenir les conversions en bio comme le Crédit Agricole qui a lancé en février 2019 une offre bancaire et assurantielle spécifique aux agriculteurs en conversion ou en installation bio. 

De son côté, la startup BioDemain souhaite apporter un autre levier de soutien à cette transition agricole en valorisant les produits des agriculteurs au juste prix en fonction des coûts de production de chacun. Une fois la période de transition terminée, BioDemain propose aux producteurs de rejoindre leur gamme « AB & Locale » qui rassemble les producteurs labellisés bio accompagnés par la marque.


BioDemain valorise au juste prix les produits des agriculteurs en transition

Maxime et Stéphane, les fondateurs de BioDemain, ont commencé en 2018 à tester leur modèle sur les marchés de la région lilloise grâce aux produits des premiers agriculteurs qui leur ont fait confiance. Le but étant d’expliquer aux consommateurs que même si les produits vendus ne sont pas encore bio, un prix équitable est nécessaire pour qu’ils le deviennent par la suite car il vient soutenir l’agriculteur dans sa transition.

En septembre 2019, les produits BioDemain ont ensuite fait leur entrée au Leclerc de Templeuve avec cette fois-ci un discours volontairement transparent, directement imprimé sur les étiquettes de leurs produits.

Après avoir remporté plusieurs concours de jeunes entrepreneurs comme Enactus France ou encore Pépite, les entrepreneurs ont intégré Euralimentaire, l’incubateur de la région lilloise pour les entreprises agroalimentaires et leur activité a pu passer à l’échelle supérieure. En octobre 2019, ce sont 3 points de ventes partenaires qui se sont ajoutés au Leclerc de Templeuve et en mars 2020, la startup en comptait une bonne vingtaine.

Jus de pomme, miel ou encore lentilles : BioDemain a réussi à valoriser depuis sa création 150 tonnes de produits locaux à un juste prix accompagnant ainsi 30 agriculteurs vers le bio et permettant le passage à l’agriculture biologique de 200 hectares de terres.

Pour le moment présente dans la région lilloise, la marque a pour ambition de permettre la transition agricole du plus grand nombre. Ainsi, pour passer à l’échelle supérieure, BioDemain lance une levée de fonds. L’objectif est de récolter 1,2 million d’euros pour accompagner plusieurs milliers de producteurs français tout en créant une vingtaine d’emplois sur les 5 ans à venir.

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