Les cantines scolaires accueillent chaque jour, en France, plus de six millions d’enfants pour déjeuner, ce qui représente environ 1 milliard de repas chaque année. À ce titre, les cantines de nos écoles représentent un fabuleux terrain d’expérimentation pour accélérer le développement de l’économie circulaire.

On voit d’ailleurs bon nombre de startups se lancer sur ce sujet avec la mise à disposition d’outils numériques pour améliorer la prévision des quantités pour réduire le gaspillage. C’est ce que proposent par exemple Meal Canteen, Qui dit Miam ou encore Kikleo. On peut aussi citer le projet de « cantines anti-gaspi » expérimenté depuis quelques mois par Too Good To Go, un des acteurs historiques de la lutte contre le gaspillage alimentaire en France. Des initiatives qui visent avant tout à réduire la quantité de nourriture qui va être jetée lors de la préparation des repas et à sensibiliser les enfants au fait de ne pas jeter ce qui peut être consommé.

De l’autre côté, toujours côté économie circulaire, il y a aussi la question de la valorisation des biodéchets des cantines scolaires. On le sait, à partir du 01er janvier 2024, la France devra valoriser en compost ou en biométhane la totalité des 12 millions de tonnes de biodéchets que nous produisons chaque année.

Mais pour cela, il va falloir créer et structurer des filières locales et des infrastructures pour leur collecte et pour leur valorisation : collecte des biodéchets à la source, installation de centres de déconditionnement (pour séparer les déchets des emballages lorsque c’est le cas), valorisation en gaz vert ou en compost. Et cela ne se fera pas du jour au lendemain.

Afin d’anticiper la mise en application de la loi, GRDF, de l’Assiette au Champs et la startup Les Alchimistes sont en train d’expérimenter, à Nantes, un concept innovant de valorisation des biodéchets issus des cantines des lycées.  

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Miser sur le collectif pour favoriser l’économie circulaire

Dans les cantines scolaires, les déchets de préparation en cuisine et les restes de repas représentent, chaque année, plusieurs tonnes de biodéchets qui terminent dans les poubelles et sont ensuite fléchés vers l’incinération ou l’enfouissement. Pour une cantine nourrissant 500 lycéens, on estime ainsi que 7 tonnes de biodéchets sont générées chaque année. Un volume conséquent à l’échelle des 3 750 lycées français.

L’idée des « cantines à énergies positives » consiste donc à créer une boucle vertueuse entre les établissements scolaires et les filières de méthanisation et de compostage qui vont travailler ensemble et se répartir le gisement en deux.

La première moitié est donc récupérée par la startup Les Alchimistes qui va les transformer en compost. La startup produit ainsi un fertilisant naturel qui viendra renforcer la qualité des sols des maraîchers installés aux environs de Nantes, afin de produire en retour des fruits et légumes pour les cantines de la Métropole. Les 50% restants seront ensuite fléchés vers une unité de méthanisation locale pour produire à la fois du gaz vert et du digestat.

Une boucle vertueuse puisque le gaz vert ainsi produit est injecté dans le réseau de distribution de gaz qui alimente les lycées pour leurs besoins en cuisson et chauffage (la majorité des lycées de la région Pays de la Loire ont une part de gaz vert dans leur contrat de fourniture de gaz) tandis que le digestat obtenu est lui aussi utilisé par les agriculteurs locaux.

Fort du soutien de la région Pays de la Loire, le projet Cantine à Énergies Positives est en cours d’expérimentation, notamment au sein du lycée Gabriel Guist’hau, et devrait être déployé dans d’autres lycées d’ici fin 2022.


Des expérimentations qui essaiment sur le territoire

Des expérimentations de boucles de valorisation des biodéchets essaiment sur le territoire en anticipation des évolutions de la loi. Toujours à Nantes, on peut notamment souligner l’initiative mise en place récemment par son Marché d’Intérêt National (MIN), qui est le second plus gros marché d’intérêt national de France derrière celui de Rungis.

Cela fait maintenant 3 ans qu’il travaille à la méthanisation de ses biodéchets, en partenariat avec Veolia. Ce sont ainsi 568 tonnes de déchets alimentaires qui sont triées sur place puis valorisées chaque mois par méthanisation dans des installations locales. On voit aussi se structurer de nombreux projets pour la collecte des biodéchets des particuliers et des entreprises. C’est ce que propose évidemment la startup Les Alchimistes, présente un peu partout sur le territoire, mais aussi bon nombre d’associations et d’entreprises locales : Oui Compost à Lyon ou Les Détritivores à Bordeaux,par exemple.

En France, l’un des acteurs historiques sur ce créneau est l’entreprise Moulinot. Créée en 2013 par Stéphane Martinez, elle a participé à la valorisation de 45 000 tonnes de déchets alimentaires en Île-de-France depuis sa création via le lombricompostage. L’entreprise travaille notamment avec des restaurants, des entreprises, mais également des écoles, collèges et lycées ou encore des chaînes de restauration du type Buffalo Grill. Elle compte même le palais de l’Élysée dans ses clients.

Récemment, elle a officialisé une levée de fonds de 18 millions d’euros afin de se déployer et de mener à bien l’ouverture de six nouvelles antennes sur le territoire français d’ici 2025. « Notre objectif est d’atteindre 500 emplois créés et de bénéficier d’une capacité de traitement de plus de 300 000 tonnes de biodéchets par an » précisait ainsi Stéphan Martinez le 13 avril dernier. Autant d’initiatives qui démontrent donc une nouvelle fois le potentiel de l’économie circulaire pour créer de la valeur dans les territoires.

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