En France, nous produisons collectivement 12 millions de tonnes de biodéchets chaque année. Épluchures, restes alimentaires ou encore invendus représentent ainsi un tiers du volume de nos poubelles. Hier, ces 12 millions de tonnes de déchets organiques terminaient leur vie à l’enfouissement dans les décharges. Un enfouissement problématique puisqu’il provoque la fermentation de ces déchets organiques et crée les conditions favorables à l’émission de méthane dans l’atmosphère. Or, le méthane est un gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement global 25 fois supérieur à celui du CO2

Par ailleurs, l’enfouissement des biodéchets représente une fin de vie absurde pour cette matière qui représente une ressource formidable pour de nombreux acteurs dans le secteur agricole ou la production d’énergie. Une ressource formidable car, lorsqu’ils sont collectés, triés et traités correctement, ils vont servir de gisement pour la création de compost et de fertilisant pour les sols. Une solution qui permet de réduire la part d’engrais azotés utilisés par les exploitants agricoles. Il s’agit également d’une ressource qui peut être utilisée pour la création de biométhane afin de se substituer au gaz naturel fossile.

Demain, nous serons donc amenés à valoriser nos 12 millions de tonnes de biodéchets qui seront transformés en gaz vert ou en compost. Une transition qui est d’ailleurs déjà à l’oeuvre aujourd’hui dans certaines collectivités et qui se traduit également dans la loi. Ainsi, depuis 2016, les producteurs non ménagers de plus de 10 tonnes de biodéchets par an sont déjà soumis à l’obligation de tri à la source de cette ressource.

Un seuil qui passera à 5 tonnes par an au 1er janvier 2023 conformément à la Loi AGEC. Enfin, à partir de 2024, le tri à la source des biodéchets deviendra obligatoire pour tout le monde (particuliers comme professionnels), ce qui va augmenter le gisement à l’échelle nationale et permettre d’accroître considérablement nos ressources en matière de compost et de gaz vert.

unité biométhane machecoul
En Loire Atlantique, l’unité de méthanisation de Machecoul traite chaque année les biodéchets du MiN de la métropole nantaise


Un « or vert » grâce au compost et à la méthanisation

Encore confidentielle il y a quelques années, la collecte et la valorisation des biodéchets est donc une activité en plein essor qui se structure aujourd’hui autour de deux activités : la création de compost et la production de biométhane. Concrètement, on estime ainsi qu’une tonne de biodéchets équivaut, en moyenne, à 900kg de fertilisants organiques ou à 100m3 de biométhane. Un volume qui peut, par exemple, faire rouler une voiture sur 1 000km.

Entre autres avantages, le Ministère de la Transition Écologique pointe d’ailleurs que les retours d’expérience montrent que les collectivités qui se sont engagées en amont dans la tri des biodéchets à la source observent que « la collecte séparée des déchets alimentaires a souvent l’intérêt d’augmenter les performances de tri des autres flux de déchets ».

Et pour ce faire, les territoires s’appuient généralement sur des entreprises externes qui vont gérer la collecte et le traitement des déchets. Parmi les pionniers de ce secteur, on peut citer par exemple l’initiative lancée par Moulinot en 2013, auprès d’entreprises puis de collectivités. Elle revendique la collecte de 45 000 tonnes de déchets alimentaires depuis sa création (environ 1 500 tonnes par mois, via une flotte de 30 camions alimentés au bioGNV). Une partie de ces déchets sert à produire ce qu’elle appelle une « soupe organique » qui est ensuite amenée chez des agriculteurs méthaniseurs afin de produire du gaz vert. L’autre partie sert à produire du lombricompost qu’elle revend via des enseignes partenaires comme Truffaut ou Biocoop.

Le compost, c’est également ce que propose la startup Les Alchimistes, qui valorise des biodéchets via des unités de compostage installées directement en ville. Elle s’adresse à tout type d’acteurs (restaurants, grandes surfaces, cantines, hôpitaux, EHPAD) mais aussi directement aux collectivités. Le compost créé par l’entreprise est ensuite revendue aux collectivités ou aux agriculteurs locaux. L’entreprise est présente, pour le moment, à Paris, Lyon, Marseille, Toulon, Toulouse, Lille et Nantes. Elle est représentative d’un nombre grandissant d’initiatives similaires (la tricyclerie à Nantes, les détritivores à Bordeaux ou encore OuiCompost à Lyon).

Des initiatives qui vont devoir se structurer rapidement afin d’absorber le volume total qu’il faudra traiter à partir de 2024. En région Pays de la Loire, Nantes Métropole a récemment quantifié ce gisement sur son territoire : 51 000 tonnes de biodéchets y sont produits chaque année par environ 650 000 personnes, soit une production qui permettrait à la métropole de faire rouler au biométhane 50% de sa flotte de bus ; ou d’amender en compost local 30% de sa surface métropolitaine agricole.

biodéchets MiN Nantes Métropole
Le MiN de Nantes Métropole transforme chaque année 568 tonnes de déchets alimentaires non comestibles en biométhane


Comment s’organiser à l’échelle locale pour valoriser ce gisement ?

Cependant, capter et valoriser ce gisement représente un véritable défi pour les collectivités qui vont devoir s’organiser avec les acteurs locaux afin de structurer leur approche sur ce sujet. « Il est utopique de croire que l’entièreté du gisement pourra être capté à court terme » précise par exemple l’AURAN, l’agence d’urbanisme de la métropole nantaise, pour qui « le défi est avant tout logistique puisque les quantités de biodéchets produites varient en fonction de la densité urbaine et des activités économiques en place ».

L’agence alerte notamment sur la nécessité de penser la collecte en double-flux (biodéchets emballés et nus) et de prévoir en amont les opérations dé déconditionnement pour séparer le biodéchet alimentaire de son emballage, mais aussi d’anticiper l’éventuelle installation de centres de massification et de créer en amont un lien avec le monde agricole ainsi que des actions de sensibilisation auprès du grand public comme auprès des entreprises. Enfin, l’AURAN insiste également sur la nécessité de bien identifier sur le territoire les gros et très gros producteurs de biodéchets (supérieurs à 5 ou 10 tonnes), afin de maximiser déjà cette production.

Sur le territoire nantais, c’est par exemple le cas du Marché d’Intérêt National (MIN), qui est le second plus gros marché d’intérêt national de France derrière celui de Rungis, et qui travaille sur la méthanisation de ses biodéchets, en partenariat avec Veolia, depuis maintenant 3 ans. 568 tonnes de déchets alimentaires du MIN sont ainsi triées sur place puis valorisées chaque mois par méthanisation dans des installations locales.

Une tendance qui devrait d’ailleurs s’accélérer. En région Pays de la Loire, 11 méthaniseurs sur 25 peuvent traiter les biodéchets à l’heure actuelle mais, d’après GRDF, 23 unités supplémentaires permettront d’accélérer sur ce sujet d’ici 2025 afin d’accompagner les collectivités intéressées par cette méthode. Une méthode qui, – avec le biométhane produit par valorisation des effluents d’élevage et celui qui est obtenu par valorisation des boues d’épuration – devrait permettre de produire 27% de gaz renouvelable à l’échelle de la région d’ici 2030.

Alors que l’Europe fait face à une crise énergétique inédite depuis des décennies, cette valorisation des biodéchets en gaz vert démontre ainsi tout le potentiel de l’économie circulaire à la fois pour répondre aux enjeux environnementaux et pour répondre à notre autonomie énergétique. Il reste donc deux ans aux acteurs concernés pour accélérer l’organisation et la structuration de leurs filières afin de profiter au mieux, et au plus tôt, de ce formidable gisement.

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