Si 95% des Français consomment du pain, celui-ci est pourtant l’objet d’un important gaspillage. En effet, sur les 10 millions de tonnes de nourriture gaspillées chaque année, le pain représente 13% des pertes. C’est donc 150 000 tonnes de pain qui sont jetées tous les ans, soit 10% de la production nationale.

Cela revient, pour une personne en une année, à jeter 9 baguettes de 250g, soit 2,24kg. Des chiffres alarmants, surtout lorsque l’on se rend compte de ce à quoi correspond la production d’une seule baguette : 140g de CO2 et 150 litres d’eau, soit le volume d’une baignoire.

Professionnels et consommateurs jouent tous deux un rôle dans le gaspillage du pain. Aussi, chacun est en mesure de contribuer à la résolution du problème en changeant son comportement de consommation pour les consommateurs, et en insérant sa production dans une économie circulaire pour les professionnels. Plusieurs entreprises ont déjà pris cette initiative en main en proposant moyens alternatifs au gaspillage de pain.  


Too Good To Go et les paniers anti-gaspillage

Les boulangeries ont souvent tendance à jeter le pain de la veille car il n’est pas conforme aux standards de vente. Pourtant, s’il n’a pas la même qualité un jour après sa mise en vente que lorsqu’il sort du four, il n’en reste pas moins consommable. C’est ce que Too Good To Go, l’un des champions français de l’antigaspillage, met en avant avec son application.

La startup est en collaboration avec 3 900 boulangeries localisées dans toute la France. Depuis son lancement, l’application a pu sauver 7 millions de paniers de boulangers depuis ses débuts, soit environ 55 000 par semaine. Une opération anti-gaspillage qui est d’ailleurs loin d’être anodine pour les boulangers. Ce mode de commercialisation leur rapporte en moyenne un revenu complémentaire de 3 000€ par an.

Too Good To Go accompagne les artisans boulangers à la revalorisation de leurs invendus de pain


Bières, pâtisseries : le réemploi du pain se démocratise

Une autre tendance pour réutiliser les invendus de pain, c’est de les transformer et de les réemployer dans d’autres produits alimentaires. Une tendance qui commence à faire son chemin parmi les jeunes startups foodtech qui se développent en France.

La marque Sookies, par exemple, s’est appropriée cette pratique. Elle récupère le pain invendu en boulangerie pour le transformer en biscuit qu’elle vend dans son café localisé au Mans. Et elle n’est pas la seule à réutiliser le pain dans la fabrication de cookies. In Extremis propose également des gâteaux à base de produits, la plupart du temps dévalorisés ou gaspillés, comme le pain, mais aussi le son de blé qui enveloppe le grain et les cerneaux de noix non-conformes à la vente.

De son côté, La Miche est une entreprise qui propose une bière dont la composition comprend tous les ingrédients classiques du breuvage comme l’eau, le malt, le houblon et la levure, ainsi que le pain invendu des boulangeries parisiennes. Les brasseurs, Romain et Camille, ont entrepris cette initiative de bière au pain en témoignant du gaspillage de ce produit dans les structures artisanales, comme dans celle de la famille de Romain.  

Ils récupèrent donc les invendus de pains des boulangeries de Paris qu’ils font sécher, avant de les couper en morceaux pour les incorporer à la recette. Ce procédé permet alors à la startup de remplacer 30% de son malt par le pain. Ce qui donne au final une bière blonde au goût d’arômes légèrement fruités et biscuités.


Le recyclage du pain directement dans les boulangeries

De nouvelles technologies se développent autour de ce produit français. Expliceat, une structure de sensibilisation au gaspillage alimentaire, a mis au point une machine, de son nom le Crumbler, qui permet de recycler le pain. Après avoir été séché au four, le produit est broyé puis transformé en farine utilisée pour préparation du pain. Les boulangers s’en servent également pour la confection de pâtes à quiche, de sablés et d’autres pâtisseries. Les résidus de pain broyé remplacent alors la farine.

La valorisation du pain est une pratique grandissante en France qui fait naître des innovations technologiques. Plusieurs solutions s’offrent alors à différentes filières et permettent à tout le monde, consommateurs, producteurs ou commerçants de devenir acteur contre le gaspillage alimentaire, mais parfois avec modération.

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