Recyclables, biosourcés, biodégradables, compostables… Il existe aujourd’hui de nombreuses innovations sur le marché du plastique et des emballages. Avec des bénéfices parfois très différents selon la fabrication des matériaux ou leur fin de vie. Si cela entretient nécessairement une confusion, il apparaît de plus en plus évident que la bonne solution pour préserver l’environnement serait finalement d’aller vers une complémentarité de solutions. Et s’ils ne doivent pas faire oublier que la réduction à la source et l’écoconception doivent rester une priorité, les nouveaux emballages plastiques compostables ont de quoi séduire. Ils s’inscrivent d’ailleurs pleinement dans la perspective du tri à la source des biodéchets prévu pour fin 2023.

On fait le point avec Jean-Pierre Rakoutz, Directeur du développement chez TIPA, start up israélienne qui fournit des solutions d’emballages souples entièrement compostables. Et qui, après avoir levé 25 millions de dollars il y a un an, se pose donc en solution complémentaire aux filières existantes.

Les Horizons : Pouvez-vous nous présenter TIPA ?

Jean-Pierre Rakoutz : TIPA est une start up créée en 2010 par Daphna Nissenbaum, et dont la vision est de proposer une alternative aux emballages plastiques qui n’ont pas la capacité d’être recyclés. Et qui ont donc une fin de vie qui n’est pas vertueuse, avec une destruction par incinération ou mise en décharge. 

Daphna a travaillé les 5 premières années sur la R&D afin de garder toutes les “bonnes propriétés” du film pratique tel qu’on le connaît. Comme la transparence, la souplesse, la légèreté, le contact alimentaire. L’idée c’est de garder tous ces avantages mais de s’affranchir de deux problèmes majeurs du plastique : sa capacité à rester en l’état pendant des centaines d’années, et sa difficulté à être réutilisé dans de bonnes conditions pour une application identique. Notamment pour le plastique souple. TIPA propose donc un emballage souple entièrement compostable.

Par compostable vous entendez biodégradable ?

Exactement, la compostabilité est une des conditions de biodégradation. A ceci près que le compostable se biodégrade dans une échelle de temps qui est beaucoup plus courte que pour de nombreuses autres matières simplement biodégradables. Les conditions de compostage sont liées à 3 facteurs : un niveau de chaleur, un niveau d’humidité et la présence de micro-organismes. Il y a alors une réaction de la matière et une transformation de cette matière. Le compostage est la transformation totale de la matière en une autre matière. Les polymères utilisés vont se dégrader pour produire en fin de processus 3 nouveaux composants, que sont l’eau, du CO2, et de la matière organique ou biomasse.

Emballage plastique souple compostable Fashion TIPA



Le fait de pouvoir jeter son emballage n’importe où ne va-t-il pas à l’encontre des changements impératifs de comportements vis-à-vis de nos déchets, en particulier plastiques ?

Il y a évidemment des dérives contre lesquelles il faut mettre en garde les consommateurs. Un emballage compostable ne donne pas blanc seing à un abandon dans la nature. On se base aussi sur le bon geste citoyen. En aucun cas la place d’un emballage en fin de vie est dans la nature. La fin de vie d’un emballage doit répondre à une filière.

Ne peut-on pas simplement se passer des emballages ?

Il ne faut pas oublier le rôle essentiel de protection et de conservation de l’emballage. Même si on réduit au maximum la taille ou les suremballages, on a besoin des emballages. Il faut cependant définir le juste emballage. Et l’instauration d’une filière de traitement de fin de vie des emballages est donc essentielle. L’orientation de la fin de vie des emballages compostables est la filière des biodéchets. On s’appuie sur cette filière car les emballages TIPA se jettent dans la poubelle bio déchets avec les déchets organiques et non pas dans la poubelle dédiée au plastique.

Il faut voir le passage à l’emballage compostable comme un nouveau positionnement pour l’entreprise, comme un investissement global.



C’est donc le même processus de dégradation que les déchets organiques ?

Oui, la gestion de la fin de vie des emballages compostables est la même que pour la matière organique. Une peau d’orange et un emballage compostable TIPA vont se dégrader de la même manière. C’est le même traitement de fin de vie. Et résolument low-tech puisque naturel. On est loin des process classiques de recyclage du plastique, qui amènent à une massification des flux à traiter vers des grandes unités dédiées. TIPA associe une dimension low tech car il s’agit d’un processus de compostage normal, celui que vous avez au fond du jardin par exemple, et une dimension locale car il n’y a pas de création de nouveaux flux de recyclage.

Le compostable va-t-il à terme remplacer le recyclable ?

TIPA est une solution complémentaire à la solution unique actuelle, celle du tout recyclage. Il serait illusoire de penser que le seul recyclage permettra d’apporter l’ensemble des réponses à une situation très complexe. Il faut des briques complémentaires pour certaines utilisations.

De quoi est composé cet emballage ?

Il y a évidemment une partie brevet qui protège la technologie. C’est un mélange de polymères compostables et biodégradables. Il faut avoir en tête que l’origine de la matière ne prédit pas son comportement en fin de vie. De façon contre-intuitive, un plastique peut être totalement d’origine végétale, bio sourcé, mais ne pas être du tout bio dégradable. C’est le cas d’un certain nombre de bioplastiques. Par exemple, un plastique bio PET qui n’utilise pas de polymères d’origine fossile mais des polymères d’origine végétale, ne sera pas du tout bio dégradable. Les chaînes carbonées ne vont pas se dégrader seules et ce plastique sera aussi compliqué à dégrader que ses homologues issus du fossile.

Notre focus n’est pas tellement l’origine de la matière, mais ce qu’elle devient en fin de vie. On va chercher des polymères qui sont tous biodégradables en conditions normales de compost. La technologie TIPA c’est donc un assemblage de polymères bio sourcés et d’origine fossile, mais tous biodégradables.

Matrice des bioplastiques Origine de la matière x Comportement en fin de vie – Crédits Preventpack



Les emballages sont testés en conditions réelles ?

Il existe deux types de compostages. Le compostage industriel – où sont maîtrisées les composantes comme la température, l’humidité ou l’oxygène – est très encadré aux niveaux européen et national. Il est certifié et correspond à une norme de compostage qui atteste de la transformation totale de la matière en 6 mois maximum. Les produits arrivant sur ce marché du compostage industriel doivent obtenir la certification. Et c ‘est la même chose pour le compostage domestique pour lequel les composantes ne sont pas maîtrisées. Il existe des certifications à obtenir. On est sur des axes de temps différents, et donc sur une transformation totale de la matière en 12 mois maximum.

Où en êtes-vous d’un point de vue commercial ?

On est mature niveau technologique, et on commercialise notre gamme depuis 3 ans. On est présents en Europe, en Australie, aux Etats Unis. En France, on travaille avec Juste Bio, spécialiste vrac des fruits secs et céréales, Esprit Gourmand, ou Aquibio en surgelé. Le non alimentaire est un grand segment pour nous, notamment la mode dans le but de remplacer les polybag (NDLR : emballages en plastique autour des vêtements). Sur ce segment on travaille avec Stella Mc Cartney, Avangarde ou la marque de chemise Hast.

Qu’en est-il de la problématique du stockage et de la durée de vie du produit emballé si l’emballage se dégrade trop rapidement ?

En effet, on a cette limite de la durée de vie du produit emballé. Nos films emballage sont garantis pour une utilisation optimale pendant 6 mois. Les cycles de vie et de stockage font parties des réflexions actuelles chez TIPA.

Que pensez-vous de l’interdiction du plastique à usage unique en 2040 ?

On s’interroge au même titre que les autres acteurs de la chaîne. Car n’avoir aucun usage unique semble difficile malgré tout. On peut réduire au maximum, mais c’est compliqué d’atteindre le zéro. Il faut réfléchir aux bonnes alternatives. En fait ce qui est gênant dans l’usage unique c’est le fait de jeter, d’être dans un cycle linéaire. Or nous, on prolonge la valeur de l’emballage. Il est alors perçu comme une ressource qui va jouer un rôle différent de son rôle primaire d’emballage après sa fin de vie. On utilisera alors sa composition, sa matière, pour apporter du carbone au sol sous forme de compost. 

Quel rapport entretenez-vous avec les industriels du recyclage et les filières déjà en place ?

On vient en effet perturber un certain nombre d’équilibres, de flux financiers et industriels en place en France depuis le début des années 90. La France a fait le choix du 100% recyclage. L’émergence de nouvelles technologies, de nouvelles formes de fin de vie, est compliquée à faire entendre pour cette filière. TIPA est membre du club bioplastiques en France. On a des opportunités de dialogues constructifs avec cette industrie. On essaye de proposer quelque chose qui aurait du sens pour des applications alimentaires sans solutions de recyclage. Citeo convient d’ailleurs des limites du recyclage aujourd’hui en France, où seulement 26% des plastiques sont recyclés. Derrière ce chiffre, il faut regarder le plastique hors PET. Le taux de recyclage réel tombe à 4%. On essaye de faire entendre une voix différente et complémentaire pour couvrir l’intégralité du scope.

Notre focus n’est pas tellement l’origine de la matière, mais ce qu’elle devient en fin de vie.



Quels sont les freins pour convaincre des clients plus importants ?

C’est une nouvelle innovation, une nouvelle filière, il y a tout à faire. Donc on évangélise beaucoup sur ces sujets. On est également sur un niveau de prix significativement plus élevé que pour du plastique traditionnel. 2 à 3 fois le prix pour un emballage équivalent. Pour réussir, il faut dépasser le scope des achats d’emballage. Ce doit être un vrai changement d’entreprise, une nouvelle politique marketing. Il faut le voir comme un nouveau positionnement pour l’entreprise, comme un investissement global. Et forcément, convaincre les grandes entreprises n’est pas évident. De l’autre côté, les acteurs historiques de l’emballage plastique ne poussent pas vraiment les innovations, car ça ne correspond pas au modèle en place. Il faut collectivement dépasser ce cadre pour pouvoir changer la donne.

Quelles sont les directions prises par les autres pays sur ce sujet ?

L’Italie a récemment créé une nouvelle structure visant à généraliser le traitement des plastiques compostables avec les bio déchets, et donc de gérer conjointement les déchets organiques et les emballages compostables. L’Australie ou l’Autriche avancent également sur ces nouvelles façons de gérer les déchets.

Quels sont les projets à venir pour TIPA ?

On continue d’avancer côté R&D. On est en constante amélioration de nos produits. Une partie de la gamme détient la certification de compostage domestique, notamment pour la mode. Mais pas encore toute notre gamme. C’est un des objectifs des prochains mois. On souhaite également améliorer la compostabilité de certains de nos produits pour des types de denrées qui doivent davantage garder la fraîcheur. Comme les céréales ou les produits briochés par exemple. Notre segment de marché restera en revanche celui de l’emballage souple pour lequel on apporte une solution qui n’existe pas.

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