Cléo Guis, Thomas Latini et Aude Bourgeois sont élèves ingénieurs en 5ème année à l’ESITC Caen. Durant leur cursus, ils ont mené un projet de recherche autour d’un concept innovant : des bordures de routes réfléchissantes conçues à partir d’un béton qui se veut bas-carbone ainsi que de matériaux issus de l’économie circulaire. Un projet qui s’inscrit donc dans une double démarche : le développement durable et la sécurité routière.

Du 7 au 18 février 2022, ce projet va prendre une nouvelle dimension plus opérationnelle puisque ces bordures vont être testées en conditions réelles le long de l’avenue André Morice, à Caen dans le cadre d’un chantier réalisé par Eurovia. Cet essai permettra de tester la manière dont ces bordures s’intègrent dans la ville et, surtout, de vérifier que leur aspect « réfléchissant » peut permettre de mieux sécuriser la route.

Un sujet d’importance, souvent mis en avant par les collectivités qui font face à une injonction paradoxale : car d’un côté, elles doivent repenser l’éclairage public pour réduire la pollution lumineuse mais, de l’autre, elles doivent aussi garantir la sécurité sur la chaussée.

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Des initiatives qui se multiplient autour du béton bas carbone

La France est historiquement une terre de ciment et de béton et notre urbanisme – depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale – est très largement tourné vers ces matériaux. Aujourd’hui, à la faveur de l’essor des enjeux environnementaux, des initiatives se multiplient cependant pour repenser notre manière de faire du béton.

L’enjeu est de taille car le béton est responsable d’environ 8% des émissions mondiales de CO2 si l’on prend en compte l’intégralité de son cycle de vie. Le ciment, son principal composant, est notamment en cause dans ces émissions puisqu’il s’obtient par la transformation du calcaire et de l’argile dans des hauts-fourneaux capables de monter à environ 2 000°C… et qui tournent aux énergies fossiles. L’autre point noir du béton, c’est qu’il est très gourmand en sable. Une ressource qui commence d’ailleurs à faire défaut et dont l’extraction est catastrophique pour l’environnement.

De plus en plus de solutions émergent donc pour proposer des alternatives « bas-carbone » au béton. Déjà, les procédés industriels sont en train d’évoluer et la modernisation des infrastructures grâce au potentiel de l’hydrogène vert pourrait faire évoluer les choses dans le bon sens (mais encore faudra t’il développer suffisamment de capacités d’électricité renouvelable pour subvenir à nos besoins en la matière). Ensuite, on peut citer quelques exemples de jeunes entreprises qui se penchent sur des alternatives au béton.

C’est le cas par exemple de la startup française Materr’Up, qui a développé une technologie brevetée appelée Crosslinked Clay Cement : un liant qui lorsqu’il est mélangé à de l’argile ou à des terres de chantier, garantit un résultat similaire au ciment. Le potentiel de cette innovation est très intéressant car, en matière d’économie circulaire, elle pourrait permettre de valoriser des terres de chantier pour créer du ciment bas-carbone servant à d’autres chantiers.

Les bordures développées par les élèves-ingénieurs de l’ESITC


Vers des matériaux biosourcés pour le monde du BTP ?

À noter que la nouvelle règlementation pour les professionnels du bâtiment, la RE2020, souligne aussi l’importance pour le secteur de se tourner avant tout vers des matériaux biosourcés : bois, paille, argile, terre crue, lin ; qui représentent également l’avenir de nos immeubles et maisons.

Des matières qui ont l’avantage de pouvoir être produites localement (un intérêt économique fort pour créer de l’emploi dans les territoires et pour réduire la pollution liée au transport) mais qui sont aussi plus facilement valorisables en fin de vie. Enfin, ces matières ont également l’avantage de pouvoir stocker du carbone et participer ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.

Quoiqu’il en soit, l’initiative proposée par les jeunes étudiants de l’ESITC mérite qu’on s’y intéresse : d’abord parce qu’elle représente aussi le symbole d’une jeunesse qui s’engage pour trouver aujourd’hui des solutions pour le monde de demain, mais aussi parce qu’elle démontre bien, grâce au réemploi du verre, que l’économie circulaire et le monde de la construction ont encore beaucoup de potentiel.

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