Les Horizons : Guillaume Fourdinier, avec Agricool, vous faites partie des pionniers de l’agriculture urbaine en France et en Europe. Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas, quel est votre modèle exactement ?

Guillaume Fourdinier : Agricool est né d’une volonté d’accélérer l’accès à l’alimentation locale pour les personnes qui habitent en ville. Nous produisons des fraises, du basilic, de la coriandre, du persil et des jeunes pousses dans des containers directement en ville. Notre marché, c’est ce qu’on appelle la 4ème gamme, à savoir des produits frais prêt-à-consommer : les salades et herbes aromatiques déjà lavés, qu’on trouve en sachet. C’est un marché qui est très industriel sur lequel nous apportons une dimension locale et écologique.

Ce qui est important de souligner, c’est qu’il s’agit d’un modèle complémentaire à l’agriculture en plein champ. Moi, je suis issu d’une famille d’agriculteurs et, clairement, si vous avez des fraises bio qui sont produites en plein champ à côté de chez vous, vous n’avez pas besoin de nos produits. En revanche, on vient proposer une alternative plus écologique à des produits vendus en grande surface et qui sont souvent importés, notamment du Kenya.


Vous avez commencé par les fraises, et maintenant les herbes aromatiques. Pourquoi ces produits ?

C’est en grande partie lié à notre modèle. L’indoor farming est une pratique hyper intéressante pour certaines productions, mais ça n’est pas le cas pour tout. Pour les herbes aromatiques, les fraises, les salades, c’est pertinent car cela nous permet d’apporter des solutions locales directement dans les villes avec une grosse valeur ajoutée d’un point de vue environnemental.

Faire de l’indoor farming sans maîtriser l’origine de son électricité, ça n’a pas de sens.


En quoi ce que vous proposez est plus écologique ?

D’abord, on base nos productions sur un modèle, l’hydroponie, qui fait qu’on utilise 90% d’eau en moins par rapport à des cultures conventionnelles. Ensuite, on utilise de l’électricité d’origine renouvelable via un fournisseur alternatif qui s’appelle Énergie d’ici et qui achète son électricité à des producteurs hydroélectrique. C’est un point très important pour nous car l’électricité est l’un de nos plus gros poste de dépense. Et c’est sujet sur lequel nous travaillons beaucoup car faire de l’indoor farming sans maîtriser l’origine de son électricité, ça n’a pas de sens. On travaille également à réduire nos consommations. Nous avons par exemple développé notre propre technologie de LED, et on fait aussi de la récupération de chaleur.

Enfin, nous fonctionnons sans pesticides. C’est une grosse valeur ajoutée car sur notre marché, il n’y a que 5% d’offre en bio. Et nos produits sont mis en rayon dans les 24h après la récolte, contre 3 à 7 jours en moyenne, ce qui permet aussi de limiter le gaspillage.


Cela va faire 6 ans que vous existez, où est-ce que vous en êtes dans votre développement ?

Nous avions besoin de trouver un modèle qui soit viable écologiquement mais aussi économiquement. Pour cette raison, notre développement s’est fait en plusieurs phases. Il y a eu une première étape où nous avons d’abord fait beaucoup parler de nous, je dirais entre 2015 et 2017, afin de montrer ce qu’on pouvait faire et ce qu’on souhaitait faire. Ensuite, il y a une seconde phase très importante de R&D, jusqu’à l’année dernière.

Et aujourd’hui, on accélère en matière de production et de commercialisation. Pour vous donner une idée, nous étions commercialisés dans 5 magasins début 2020. Aujourd’hui on est présents dans 70 points de vente et nous visons 200 magasins en fin d’année. Ce qui est très intéressant, c’est qu’on est aujourd’hui vendus dans des hypermarchés, des Monoprix, des Carrefour, etc. Ce qui nous permet vraiment de toucher et de rendre accessible l’agriculture locale et sans pesticide au plus grand nombre.

Nous avons levé 500K€ au démarrage, puis 3M€, 7M€, et enfin 20M€. C’est ce qui nous a permis de rendre le modèle viable économiquement.


Côté production, comment êtes-vous organisés aujourd’hui ?

Nous avons une première ferme urbaine de 8 containers installée à La Courneuve. Et un second site à Courbevoie qui est doté de 3 containers. Ça nous permet de produire environ 8 000 barquettes par semaine, qu’on propose à un prix, en moyenne, 15 à 20% plus cher. Sur le premier site on est arrivé à l’équilibre aujourd’hui, et on devrait être profitable avec le second site. Ensuite, nous allons nous déployer progressivement sur le territoire. D’abord en Île-de-France, puis d’autres grandes villes, et progressivement, élargir et pourquoi pas ouvrir petit à petit à l’étranger.


Qui sont vos concurrents ?

Nous sommes en concurrence avec d’autres acteurs de l’indoor farming comme Jungle ou InFarm. InFarm, c’est un acteur allemand intéressant qui propose une solution pour produire directement dans les supermarchés. Mais ça n’est pas tout à fait le même créneau que le nôtre puisqu’ils proposent leurs produits dans ce qu’on appelle la première gamme, c’est à dire les produits frais en vrac. Dans les magasins, nous sommes plutôt concurrents avec des acteurs comme Florette ou Crudette, par exemple.


Vous avez également lancé un mouvement pour développer la consommation locale…

Oui, je suis co-fondateur d’une association, le CNRA (Conseil National de la Résilience Alimentaire), qui souhaite fédérer les acteurs locaux. C’est une association qu’on a crée avec des acteurs comme Né d’une seule ferme, NeoFarm, BienÉlevées, La Ruche qui dit Oui, Cultures&compagnies, etc.

D’après un sondage IFOP, 82% des français souhaitent aujourd’hui davantage de local dans leurs assiettes. Les distributeurs et les politiques aussi appellent au local. Mais au final, ça reste toujours moins de 5% de la consommation au total. Donc on souhaite fédérer les acteurs de l’alimentation pour faire passer à l’échelle ce modèle.

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