Le 15 février 2018, l’ex-PDG d’Air France – Jean-Cyril Spinetta – a remis à Edouard Philippe, alors Premier ministre, un rapport sur « l’avenir du transport ferroviaire ». Ce dernier préconisait en autres la fermeture de 200 petites lignes ferroviaires françaises, considérant qu’elles représenteraient près 10 000 kilomètres de voies non rentables, en ne constituant que « 10 % des trains et surtout moins de 2 % des voyageurs« , sachant que, toujours selon ce rapport, « chaque kilomètre parcouru par un voyageur coûte ainsi 1 euro à la collectivité« .

Pourtant, le secteur des transports représente le premier poste d’émission de gaz à effet de serre en France, dont la moitié provient des voitures individuelles. Or, la fermeture des petites lignes de train, c’est aussi la fermeture d’une alternative à la voiture et donc un contresens sur le plan écologique lorsqu’on sait que le train peut émettre jusqu’à 50 fois moins de CO2eq que la voiture. C’est aussi un problème social qui participe à l’isolation des zones rurales.

Adoptée fin 2019, la Loi d’orientation des mobilités est un premier cadre qui permet de redessiner les mobilités à l’échelle nationale, favorisant l’essor d’une mobilité décarbonée ainsi que le renforcement de l’intermodalité. Un cadre législatif qui est renforcé depuis quelques années par de nombreuses initiatives privées qui cherchent à promouvoir l’usage des mobilités douces. Côté ferroviaire, on peut mentionner les initiatives de Railcoop et Midnight Trains, ou encore celle du projet nancéen d’Urban Loop et, enfin, de la startup Taxirail.


Des modules futuristes et autonomes pour réinventer le train

Lancée en 2017, par EXID-Concept & Développement et ses partenaires, Taxirail est, selon son fondateur Régis Coat, « un train léger, autonome de niveau d’autonomie GoA4, c’est-à-dire le niveau le plus élevé d’autonomie ferroviaire ». L’entreprise propose ainsi des petits wagons au design futuriste qui pourront circuler de manière autonome à une vitesse maximale allant jusqu’à 100 km/h sur ces lignes isolées. Compacts, chaque module fait 6m de long, 2m90 de large et 3m25 de haut, le format du Taxirail devrait être celui d’un convoi de 3 modules à chaque fois.

« En termes d’enjeux environnementaux, c’est une solution pour réduire la pollution car nous proposons un modèle décarboné » rappelle Régis Coat, dont les Taxirails devraient être équipés d’une motorisation hybride électrique/hydrogène à l’avenir. Un modèle décarboné qui devra donc attendre, aussi, que la production d’hydrogène vert en France soit davantage développée. Pour le moment, ce vecteur énergétique reste encore largement polluant. Et pour compléter ce dispositif, des panneaux solaires seront également placés sur le toit des modules/wagons de manière à garantir le bon fonctionnement des systèmes de chauffage et de climatisation.

En outre, ces véhicules seront donc guidés par un système de pilotage basé sur l’intelligence artificielle qui seront supervisés par un centre de contrôle à distance. Chaque module devrait également être équipé d’un radar pouvant détecter de potentiels obstacles et prévenir le centre de contrôle le cas échéant.

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Réhabiliter les petites lignes pour désenclaver les zones isolées

Pour le moment, plusieurs lignes secondaires pourraient être concernées par un futur déploiement de cette solution, notamment en Bretagne – la startup est basée à Plusquellec – sur les lignes Morlaix-Roscoff, Auray-Quiberon, Carhaix-Guingamp-Paimpol, ou encore Saint Brieux-Loudéac-Pontivy. Attentive aux besoins des collectivités, la startup souhaite se positionner comme un partenaire pour promouvoir le dynamisme et l’attractivité des territoires ruraux. Une « problématique pour attirer de nouveaux habitants, pour le bien-être des habitants existants, mais aussi pour attirer des entreprises et permettre leur développement » ajoute Régis Coat.

En matière de fonctionnement, Taxirail travaille également à penser une offre flexible qui serait autant adaptée aux besoins des actifs sur leurs déplacements domicile/travail qu’aux besoins de personnes retraitées en quête d’autonomie dans leurs déplacements. Son fonctionnement – en partie à la demande – est pensé sur le modèle d’un ascenseur. « La réservation d’un Taxirail pourra s’effectuer directement via l’application. Le véhicule emmènera le passager directement à destination s’il n’y a pas d’autres demandes. Sinon, il s’arrêtera à chaque fois qu’il y a une nouvelle demande sur le parcours, à la manière d’un ascenseur. Ce système permet de s’adapter à la demande et d’optimiser le nombre de places qu’un module peut proposer » précise l’entrepreneur.

À court et moyen terme, l’entreprise va donc chercher à faire la preuve de son concept en France. La mise en service des premiers modules devrait être effective d’ici 2025. Mais en fin d’année, Taxirail lancera une première expérimentation avec un démonstrateur circulant sur une ligne normande. En autres projets, elle pourrait également lancer et commercialiser une gamme de train de marchandises, actuellement en cours de développement, avant d’envisager un potentiel déploiement à l’international.

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