Le 10 juillet 2021, l’entreprise allemande CargoBeamer ouvrait à Calais son premier terminal en France. Dans la foulée, elle annonçait la mise en service de deux lignes. La première concerne 4 aller-retours hebdomadaires entre Calais et Perpignan. La seconde concerne le même cycle de rotation entre Calais et la ville italienne de Domodossola, où la compagnie est déjà présente depuis 2015.

“Ici, à Calais, nous déployons, pour la première fois, intégralement notre technologie sur le marché. Ainsi, nous favoriserons le report du trafic routier vers le rail, pour le bien de l’environnement” explique Hans-Jürgen Weidemann, PDG et fondateur de CargoBeamer. “Nous considérons ce site comme le point de départ d’un réseau européen de terminaux intermodaux et d’itinéraires, pour lequel Calais constituera un pilier majeur. À partir de là, nous voulons créer des liaisons intermodales vers le sud de l’Europe, l’Europe centrale et l’Europe de l’est” ajoute l’entrepreneur.

CargoBeamer a ouvert sa première ligne en 2015 entre les Pays-Bas et le nord de l’Italie. Une seconde ligne dessert trois fois par semaine la ville allemande de Duisbourg et sa consoeur polonaise de Poznan. Les deux nouvelles lignes ouvertes en France ont pour objectif de renforcer ce maillage européen entre la mer du Nord et la péninsule Ibérique. En s’appuyant sur sa proximité avec le Port de Calais et le tunnel sous la manche, le terminal de transbordement ouvert à Calais vise donc à faire de la ville nordiste un point de jonction essentiel pour les flux de transport internationaux de l’entreprise et leur ouverture sur la Méditerranée.

L’expertise de ce groupe allemand réside dans la maîtrise de 3 facteurs : des wagons brevetés conçus spécialement pour ce marché, des terminaux de transbordement adaptés ainsi qu’un logiciel logistique. Une combinaison qui permet à l’entreprise d’exploiter quasiment toutes les semi-remorques standard sur n’importe quel modèle de train. L’entreprise se passe ainsi de mesures d’accompagnement pour les chauffeurs ni de transformation des semi-remorques. Grâce à ce système, elle estime pouvoir effectuer le traitement automatisé d’un train complet dans un laps de temps de 20 minutes. Là où le leader français du ferroutage, Geodis, estime le faire en une heure.

Statistique: Volume de marchandises transporté en train en France de 2008 à 2019 (en milliers de tonnes taxées) | Statista
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94% des émissions de GES du transport sont liées au transport routier

Avec près de 29 000 km de lignes, le réseau ferroviaire français est le deuxième plus long en Europe après le réseau Allemand et ses 39 000 km. Pourtant, le fret ferroviaire et le combiné rail/route peinent à décoller, et ce même face à l’urgence qu’il y a a lutter contre le réchauffement climatique.

Le site du ministère de la transition écologique souligne ainsi que “le transport intérieur terrestre de marchandises est largement dominé par le transport routier […] la part de la route représente désormais 89,1 % du transport terrestre, celle du transport ferroviaire 9,0 % et celle du transport fluvial 1,9 %”. Or, d’après l’Union Routière de France, le transport combiné représente environ 23% du fret ferroviaire en tonnes-kilomètres.

Un train peut pourtant contenir environ 45 camions, ce qui représente une économie majeure en matière d’émissions de GES. Une priorité si l’on se réfère aux chiffres du Haut Conseil pour le Climat, qui montrent que le secteur des transports est responsable de 31% des émissions de GES de la France, et que 94% de ces émissions proviennent du transport routier.

Il y a quelques messages d’espoir de voir la tendance s’inverser. Le Gouvernement a par exemple annoncé son soutien au secteur du fret ferroviaire avec une série de mesures comme la réduction des tarifs de péage et la création de nouvelles autoroutes ferroviaires. Des appels à projets concernent les lignes Bayonne-Cherbourg, Sète-Calais et Perpignan-Rungis.

La coopérative Railcoop envisage également d’ouvrir des lignes pour le fret ferroviaire. En Janvier 2021, ce sont les opérateurs français et suisse T3M et Hupac qui se sont associés pour interconnecter leurs lignes dans le Nord de l’Italie et permettre une liaison de 1 700 km entre Paris et le port de Bari. De son côté, le GNTC (Groupement National des Transports Combinés) estime de son côté que l’activité du transport combiné pourrait tripler d’ici 2030.

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