L’hydrogène bleu est un gaz fabriqué par « vaporeformage », c’est-à-dire selon un procédé de dissociation thermique de molécules carbonées (comme le méthane) en présence de vapeur d’eau et de chaleur. Ce processus de production est le même que pour l’hydrogène gris, toutefois à la différence de ce dernier, les émissions de CO2 de la production de l’hydrogène bleu sont captées. Le CO2 ainsi extrait est ensuite enfoui dans des cavités, selon le principe du « Carbon Capture and Storage » (CCS), ou bien est réutilisé dans l’industrie selon le principe du « Carbon capture and use » (CCU). La pratique est donc polluante, mais dans une moindre mesure.

L’hydrogène bleu se distingue, en outre, de l’« hydrogène noir », qui est produit via la gazéification du charbon, et qui est considéré comme l’hydrogène le plus émetteur de CO2. de l’«hydrogène vert » produit par électrolyse de l’eau via des énergies renouvelables ou bas-carbone.

Actuellement, la très grande majorité de l’hydrogène produit dans le monde est gris, à raison de 95%. Considéré comme le plus économique à produire, il n’est en revanche pas le plus écologique, et c’est donc à l’hydrogène vert que reviennent les financements des gouvernements, qui cherchent à encourager son développement. Pourtant, depuis quelques mois, cette notion l’hydrogène bleu est souvent cité comme une alternative intéressante pour déployer l’hydrogène à grande échelle et participer à la transition énergétique.

Hydrogène


Un gaz prisé dont la décarbonation est une priorité

À l’heure actuelle, en 2022, seules deux installations fournissent de l’hydrogène bleu à travers le monde. L’une est située au Canada et l’autre au Texas. Utilisé pour ses propriétés énergétiques, l’hydrogène est particulièrement prisé dans l’industrie, notamment chimique et pour le raffinage. C’est pour cette raison que sa décarbonation est une priorité afin d’attendre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, et que plus de 7 milliards d’euros de soutien public vont être attribué en France au développement de l’hydrogène décarboné d’ici 2030

En ce qui concerne l’hydrogène bleu, de plus en plus d’industriels ont recours à cette solution, dont la production est considéré comme moins chère que l’hydrogène vert, et moins émettrice de CO2 que l’hydrogène noir ou gris. Souvent présenté comme une source d’énergie propre, sa production intéresse de nombreux pays, d’autant plus qu’il peut être transporté « sous forme gazeuse dans des pipelines, ou liquide par des bateaux » selon l’Agence Internationale de l’Énergie, et qu’il peut être utilisé en carburant pour les voitures, les camions, les bateaux ou les avions.

Toutefois, l’hydrogène bleu est perçu comme une « fausse solution », dans la mesure où son extraction n’est pas si écologique qu’elle n’y paraît. En effet, selon une étude parue en août 2021 dans la revue scientifique Energy Science & Engineering et baptisée « How Green is Blue Hydrogen » (À quel point l’hydrogène bleu est-il vert), « l’utilisation de l’hydrogène bleu semble difficile à justifier sur le plan climatique« . L’étude avance notamment le fait que la captation du CO2 lors de la production de l’hydrogène bleu n’est pas infaillible et que l’extraction et le transport de ce gaz conduiraient à des fuites de méthane. Or, le méthane serait susceptible de provoquer un réchauffement 86 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. 

Un gaz non neutre aux conséquences environnementales mitigées

En outre, les émissions de gaz à effet de serre issus de la fabrication de l’hydrogène bleu ne seraient que de 18% à 25 % inférieures à celles de l’hydrogène gris, et ce dans le meilleur des cas. De même, l’empreinte carbone de l’hydrogène bleu serait de plus de 20 % supérieure à celle de la combustion du gaz naturel ou du charbon. Il est également à préciser que l’étude ne comprend pas l’empreinte causée par la création de nouvelle unités de production de l’hydrogène, elles aussi émettrices de carbone. Les auteurs affirment ainsi « qu’au mieux, l’hydrogène bleu est une distraction qui pourrait retarder les actions nécessaires pour vraiment décarboner l’économie mondiale« . 

L’hydrogène bleu est en outre perçu par certains opposants comme un moyen pour les lobbyistes de l’hydrogène gris de justifier le maintien des infrastructures de production actuelles, au lieu d’investir dans des solutions radicales visant à produire du gaz plus propre, comme l’hydrogène vert par exemple. Ainsi, si l’hydrogène bleu a moins de conséquences en termes d’émissions de carbone que l’hydrogène noir et gris, il n’en est pas neutre pour autant. Selon Robert Howarth, l’un des auteurs du rapport « How Green is Blue Hydrogen », « l’hydrogène bleu semble bien, semble moderne et semble être une voie d’avenir, mais ce n’est pas le cas ».

Le rapport incite ainsi les décideurs politiques à abandonner le développement de l’hydrogène bleu pour mieux pouvoir investir dans l’hydrogène vert, dont le bilan environnemental est beaucoup moins mitigé. Les obstacles à l’hydrogène vert restent en effet de taille : son coût, ainsi que la rareté de ses sites de production. 

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