rénovation d'un bâtiment

C’est quoi une passoire thermique ? Définition et enjeux de ces logements, classés F et G, qui sont un problème à la fois économique et écologique.



La définition en quelques mots

C’est quoi une passoire thermique ? Ce n’est pas un nouvel ustensile de cuisine. C’est malheureusement la réalité qui définit aujourd’hui la situation de plus de sept millions de logements – sur les 36.3 millions que compte la France. Il s’agit de logements mal isolés qui comportent ce qu’on appelle des ponts thermiques : ils font entrer l’air froid l’hiver et l’air chaud l’été.

Ce phénomène touche aussi bien des logements privés que publics, qu’ils soient acquis en toute propriété ou en location. Ces logements sont généralement classés F et G sur le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique). Les passoires thermiques posent un véritable problème en matière d’écologie car ils impliquent une consommation d’énergie supérieure à la normale.

Et pour aller plus loin

Il s’agit de constructions généralement faites au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, pendant la période de grande croissance économique dite des « Trente Glorieuses », une époque (1945/1975) pendant laquelle les grandes Compagnies Pétrolières influaient largement sur le prix du Baril de Pétrole (Brent Pétrole). Si en Août 2019 le Brent cotait 58.92US$ …son prix en 1960 était de 01,63US$. Aujourd’hui, notre énergie coûte donc environ 30 fois plus cher qu’il y a 60 ans et, à l’échelle mondiale, elle est trop axée sur des combustibles fossiles carbonés qui émettent énormément de gaz à effet de serres.

Les passoires thermiques construites il y a 60 ans posent donc un double problème : d’un point de vue environnemental, ces logements ont un bilan carbone très élevé. D’un point de vue économique, ils coûtent également très cher à leurs occupants. C’est la raison pour laquelle, en France particulièrement, le gouvernement a inscrit la rénovation de ces logements comme une priorité en matière de transition écologique.

bâtiment en rénovation énergétique
La rénovation des passoires thermiques est une priorité en matière de transition écologique


La rénovation des passoires thermiques, une priorité nationale

10 ans après le Grenelle de l’Environnement (en 2007 à Paris sous l’égide du Président Sarkozy), l’actuel gouvernement a officiellement (le 24 Novembre 2017)  lancé le Plan de Rénovation Energétique des Bâtiments. Ce plan gouvernemental se décline en 4 axes majeurs :

  • La rénovation énergétique est désormais une priorité nationale,
  • La précarité énergétique sera combattue par la rénovation de masse,
  • La rénovation des bâtiments publics et tertiaires sera obligatoire d’ici à 2032,
  • La création d’un pôle d’innovation et de compétences dans ce secteur sera soutenue par le gouvernement,

Ce plan confirme l’obligation faite aux professionnels de l’immobilier de procéder à un DPE (Diagnostic de Performance Energétique) pour chaque logement. Et il se double d’importantes aides financières (en cas de travaux) afin de supprimer le désastreux gâchis énergétique engendré par ces passoires thermiques.

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) indique la consommation réelle ou estimée d’un logement. C’est ainsi que l’on peut voir sur les biens en vente ou en location, deux étiquettes allant de A, la meilleure performance, à G, la plus mauvaise. L’une de ces étiquettes correspond à la consommation d’énergie et l’autre à l’impact sur le climat (gaz à effet de serre). Les passoires thermiques sont généralement classées F et G.

rénovation énergétique d'un bâtiment


Isoler par l’extérieur pour supprimer les ponts thermiques

Aujourd’hui, près de 90% des appartements et maisons appartenant au Parc Locatif Social (PLS) géré par les Collectivités Territoriales et l’Etat ont été diagnostiqués.  On distingue les régions majoritairement concernées par cette action (La Bretagne, les Pays de la Loire et la Normandie ont ainsi évalué plus de 90% de leur PLS) et les régions moins réactives (Paris Ile-de-France, PACA ou encore les Hauts de France), régions qui ont à peine audité 70% de leurs parcs.

Ce contrôle des bâtiments publics a conduit à des initiatives de rénovation massive. Pour cela, la rénovation thermique se fait majoritairement par un bardage extérieur. D’abord parce qu’il n’est pas envisageable de mener des travaux d’isolation thermique dans chaque pièce ou bureau. Trop long et trop compliqué. La solution la plus viable est donc de procéder à une isolation par bardage extérieur.

Les déperditions de chaleur s’opèrent au niveau des huisseries (portes et fenêtres) mais aussi et surtout à la jonction entre le mur vertical de la construction et le plancher horizontal. Ainsi seule l’isolation par l’extérieur supprime les « ponts thermiques ». Expression qui désigne la déperdition majeure de l’énergie.

Ces travaux concernant la lutte contre les passoires thermique est aussi l’occasion pour de nombreux architectes, urbanistes et professionnels du bâtiment d’oeuvrer à des constructions et procédés plus durables. Il existe ainsi de nombreux bâtiments qui vont, par exemple, produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment. À l’image des bâtiments Hiraki dans l’éco-quartier de la Confluence à Lyon.

Hiraki, Lyon
Ces 3 bâtiments modernes, à Lyon, produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment


Éradiquer les passoires thermiques d’ici 10 ans

Et pour les particuliers ? La loi énergie-climat adoptée le 28 Juin 2019 prévoit d’interdire à la location les passoires thermiques d’ici 2028 en fonctions de critères qui restent à définir dans un cadre paritaire entre l’Etat et les professionnels de l’Immobilier (voir article ci-dessous). Dans un entretien accordé à la revue « batiactu » (Juin 2019), la Députée Marjolaine Meynier-Millefert copilote du Projet rappelait la volonté du Président d’éradiquer en dix ans ces passoires thermiques. Une volonté environnementale qui ne sera pas sans poser d’autres problèmes compte tenu de l’actuel prix du marché de l’immobilier.

La Parlementaire estime ainsi que ces habitations sont « indécentes pour la Planète » et que, désormais, la loi pourrait permettre à un locataire « d’exiger de son propriétaire des travaux et que le droit serait de son côté ». Des propos qui traduisent une réelle volonté politique. Volonté assortie – on se renseignera sur les sites officiels dans les Agglomérations et Régions -d’aides, de subventions et surtout d’accompagnements dans la mise en place d’un projet individuel de réhabilitation thermique de son logement. Des aides cependant liées à des conditions de revenus et d’exécutions.

Car il s’agit aussi de mettre un terme à la précarité énergétique : une source de très profonde inégalité sociale et humaine puisque ce sont les plus démunis qui logent aujourd’hui encore dans ces passoires thermiques, quasi impossible à chauffer… sauf à dépenser des sommes folles. Une double punition donc. Et une urgence environnementale qui peut être rapidement combattue en assurant plus de justice sociale.


Nos articles en lien avec les passoires thermiques