Pour réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère, les sols ont un rôle extraordinaire à jouer. Grâce à la matière organique qu’ils contiennent (issue des plantes et des micro-organismes). Les sols des écosystèmes terrestres stockent en effet deux à trois fois plus de carbone que l’atmosphère. La gestion durable des sols est donc un atout majeur pour réduire l’effet de serre qui favorise le réchauffement climatique.

Pour cette raison, la France est à l’origine de l’initiative « 4 pour 1000 » qui vise à augmenter chaque année le stock de carbone des sols agricoles de 0,4 % dans les 40 premiers centimètres du sol. Un stockage qui est, en théorie, équivalent à l’augmentation des émissions de carbone annuelles causées par les activités humaines.

Pour cela, trois axes majeurs se dégagent : la cartographie de l’état des sols afin d’identifier et mesurer ce qu’il faut améliorer ; la lutte contre l’artificialisation et la mise en place de pratiques agricoles durables.


Un besoin critique de cartographier l’état des sols

La dégradation des sols agricoles est un risque majeur pour le climat, puisqu’ils ne stockent pas de CO2, mais aussi pour la sécurité alimentaire. C’est particulièrement le cas dans les pays en voie de développement car les sols pauvres en carbone sont peu fertiles.

Or, l’amélioration du stockage de carbone dans les sols demande des mesures spécifiques et locales en fonction de chaque territoire. Malheureusement, les connaissances sur l’état des sols sont très inégales et nécessitent la mise en place de bases de données qui enregistrent l’état des terres. Il y a ainsi un véritable marché pour développer des outils de cartographie, des bases de données, mais également des outils de mesure, comme des plateformes prédictives de l’évolution des stocks de carbone pour accompagner les décideurs dans leurs démarches.

Des outils qui doivent permettre, par la suite, la mise en place de pratiques agricoles durables (agriculture de conservation des sols, agroforesterie) afin de stopper la dégradation des sols.

prairies


Lutter contre l’artificialisation des sols

L’artificialisation des sols est souvent vue par le prisme du conflit entre accroissement des villes au détriments de terres arables permettant aux populations de se nourrir. Il s’agit d’un véritable enjeu qui est aussi un enjeu climatique.

En effet, la poursuite des tendances actuelles en matière d’artificialisation en France pourrait conduire à un déstockage de CO2 équivalent à 75% de nos émissions de 2015. Cette lutte contre l’artificialisation concerne notamment les prairies françaises, qui séquestrent près de 3 millions de tonnes de CO2 chaque année.

Or les prairies permanentes ont perdu près de 10% de leur surface totale en 10 ans. Chaque année, 40 000 hectares de prairies permanentes sont perdus au profit de la mise en culture, entraînant l’émission d’environ 3 à 5 MteqCO2 par an. À noter que la destruction de ces écosystèmes conduit non seulement à la ré-émission d’une partie des stocks de carbone dans l’atmosphère, mais aussi à la perte des flux de séquestration dans le futur.

À lire aussi : Le Siclex, un dispositif pour évaluer la réaction des prairies au changement climatique


Et toujours ce besoin de pratiques agricoles durables

En premier lieu desquelles se trouve l’agroforesterie, puisque les écosystèmes forestiers sont les premiers à stocker le carbone dans le sol. L’agroforesterie englobe en particulier des éléments arborés en milieu agricole : des haies entre les parcelles et des arbres à l’intérieur des parcelles.

La gestion durable des haies est particulièrement importante pour lutter contre l’érosion des sols, pour maintenir la biodiversité, mais aussi pour le stockage du carbone. Or, au niveau national, le solde entre disparition de haies et replantations est négatif : aujourd’hui, pour un kilomètre de haies planté, trois disparaissent. Et doubler le linéaire de haies sur le territoire national d’ici 2050 équivaudrait à retrouver la surface que nous avons perdue depuis 1930.

Outre le nécessité de replanter des haies, nous avons également besoin de revenir à des pratiques agricoles agroécologiques, en particulier l’agriculture de conservation des sols (en particulier le non-labour). Mais aussi et surtout à des pratiques qui favorisent l’apport de matières organiques dans le sol : épandre du lisier, du fumier, du digestat ou des résidus de culture. Enfin, il faut également travailler au retour des cultures intermédiaires et notamment des légumineuses, dont l’intérêt pour stocker le carbone dans le sol n’est plus à démontrer. Sans compter leur intérêt nutritif, puisqu’elles sont source de protéines et représentent donc une alternative à la consommation de viande, un autre émetteur de gaz à effet de serre.

Crédit photo : ©INRAE/SylvieTOILLON

Pour aller plus loin