Face aux enjeux climatiques actuels, les acteurs du secteur maritime sont en quête de nouvelles solutions plus respectueuses de l’environnement afin de décarboner le secteur. D’après l’Organisation Maritime Internationale (OMI), 5% des émissions de CO2 – à l’échelle mondiale – sont aujourd’hui imputables au transport maritime, qui est encore largement tributaire des énergies fossiles.

Pour amorcer ce changement, des alternatives émergent progressivement, à l’image du GNL ou encore de l’hydrogène. En parallèle, toute une industrie se structure actuellement autour de la propulsion vélique (ou propulsion éolienne) qui permet à un bateau de fonctionner grâce à l’énergie produite par l’effort du vent sur une voile. La France compte de nombreux acteurs positionnés sur ce sujet : Néoline, Zéphyr&Borée, Beyond the Seas ou encore Airseas, un spin-off de la société Airbus. Dans cette même dynamique, le groupe Michelin a récemment dévoilé le projet Wisamo : un concept d’aile gonflable géante.


Un projet en phase de test en conditions réelles

Wisamo est donc un projet d’aile gonflable entièrement rétractable et automatisée qu’il est possible de mettre en place sur les navires marchands et de plaisance. Cette structure aux allures d’aile d’avion est ainsi équipée de capteurs qui permettent de détecter le vent afin de la mettre en route et de la guider. Si elle n’a pas vocation à remplacer totalement les propulsions déjà existantes sur les navires, c’est en tout cas une aide à la navigation qui, d’après le fabricant français de pneumatiques, pourrait offrir aux armateurs une économie de carburant de 10% à 20%.

Entre juin et décembre 2021, plusieurs essais concluants ont eu lieu sur le Lac de Neuchâtel, à bord de l’un des voiliers du navigateur Michel Desjoyeaux, qui sera convoyé à Royan et testé au large cette année. Cet automne, une seconde phase de tests verra également le jour grâce à un partenariat signé avec la Compagnie Maritime Nantaise. Un prototype de l’aile, d’une surface de 100m², sera ainsi placé sur un roulier porte-conteneurs de la CMN. Celui-ci devrait réaliser des allers-retours entre Bilbao (Espagne) et Poole (Royaume-Uni) et permettra d’évaluer le potentiel de cette voile selon les conditions hivernales du golfe de Gascogne.

Particulièrement adaptée aux rouliers, vraquiers, gaziers et pétroliers, cette aile, lorsqu’elle sera opérationnelle, devrait pouvoir être installée au moment de la conception du bateau en équipement d’origine, mais aussi en rétrofit sur un navire déjà opérationnel.


L’empreinte carbone du fret maritime en forte croissance

Aujourd’hui, près de 90% des marchandises échangées à travers le monde transitent par voies maritimes et la flotte internationale est ainsi responsable de 3% des émissions mondiales de dioxyde de carbone. Des mesures concrètes ont été adoptées par la filière afin d’obtenir une diminution de 40% de ces émissions en Europe à l’horizon 2030, par rapport à 2008.

Cependant, l’OMI tire la sonnette d’alarme et avertit que les émissions de CO2 issues du fret maritime pourraient augmenter de 50% d’ici 2050, notamment en raison de la hausse prévue du trafic. La propulsion vélique offre aujourd’hui une alternative crédible et renouvelable pour limiter cette hausse. L’association Wind Ship, qui regroupe les acteurs de la filière, en s’appuyant sur des études effectuées pour la Commission européenne et pour le ministère des Transports du Royaume-Uni estime qu’environ 10 000 navires pourraient être équipés de voiles à l’horizon 2030, et jusqu’à 45% de la flotte mondiale d’ici 2050.

En parallèle, d’autres technologies permettent aussi de réduire la consommation de carburant des navires, et donc leur empreinte carbone. C’est par exemple le cas de l’optimisation du routage grâce à la technologie. L’entreprise française eOdyn, qui commercialise une sorte de Waze pour bateaux, estime ainsi qu’elle peut leur faire économiser jusqu’à 3% de carburant supplémentaire sur chaque trajet. Ainsi, en couplant des carburants alternatifs, une propulsion à la voile et un routage intelligent, le secteur du fret maritime pourrait réussir son pari de voir ses émissions de gaz à effet de serre diminuer dans un futur proche.