Il y a quelques jours, la ville de New-York annonçait son intention de recruter un météorologue afin de l’aider à mieux anticiper les épisodes climatiques extrêmes qui peuvent toucher la Grande Pomme. Une décision qui fait suite à l’ouragan Ida et ses conséquences désastreuses : une cinquantaine de morts à cause d’inondations dans les sous-sol et dans le métro.

Les pluies très intensives ont d’ailleurs émaillé la saison estivale un peu partout dans le monde, entraînant des inondations mortelles en Chine, en Allemagne, en Belgique. D’importants dégâts ont aussi eu lieu en France, très récemment à Agen ou à Marseille. Et ça n’est que le début, à la lecture du dernier rapport du Giec, qui nous rappelle que ces épisodes climatiques sont amenés à croître en fréquence et en intensité.

Et si nous ne pouvons pas stopper la pluie, au moins pouvons-nous nous y préparer au mieux. L’anticipation fait partie des éléments clés de succès d’une stratégie d’adaptation vis-à-vis des aléas climatiques. C’est ce qui permet la mise en oeuvre de systèmes d’alertes précoces permettant de mieux protéger les populations. En particulier les plus vulnérables. Ce qui nécessite d’améliorer nos outils de prévisions météorologiques en temps réel, c’est-à-dire les prévisions sur ce qu’il va se passer dans les 2 heures. Un sujet sur lequel vient de se positionner Google avec son IA DeepMind.


Enfin une utilité réelle à l’intelligence artificielle ?

L’entreprise américaine vient d’annoncer qu’elle avait donc élargi le champ d’action de DeepMind à la prévision météo grâce à un outil appelé DGMR, qui serait capable de prédire avec précision la probabilité qu’il pleuve dans les 90 prochaines minutes. L’entreprise ajoute que son algorithme pourrait non seulement prévoir la probabilité qu’il pleuve, mais également jauger de la durée, de l’intensité et de l’endroit exact où la pluie va tomber. Pour cela, DeepMind s’est formée sur des milliers d’images radars et a passé des tests en partenariat avec le MET (l’équivalent de Météo France en Grande-Bretagne).

Et d’après un article paru dans la revue Nature le 29 septembre, l’outil DGMR s’est trouvé plus pertinent que les modèles classiques dans 89% des cas. Ce qui est une réussite pour l’intelligence artificielle, même s’il faut encore pondérer cette prouesse : l’humain aussi est capable de lire des images radars. Et puis il existe déjà différents outils qui permettent d’anticiper la pluie.

L’un des plus connus, c’est par exemple l’application mobile RainToday, développée par MeteoGroup et rachetée par l’entreprise allemande DTN il y a quelques mois. Une application qui permet de savoir s’il va pleuvoir dans l’heure, et avec quelle intensité, en se basant sur des images radars. Deux exemples intéressants tant il nous semble que les nouvelles technologies tardent à s’emparer réellement des enjeux climatiques. Ce qui est particulièrement vrai pour Google.

Un système d’alerte précoce lancé par l’OMM

D’après une étude de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les aléas climatiques liés à l’eau occupent la première place des catastrophes de ces 50 dernières années, à la fois en termes de pertes humaines et de pertes économiques. “Les épisodes de fortes précipitations portent de plus en plus la marque du changement climatique. En se réchauffant, l’atmosphère retient davantage d’humidité, ce qui signifie qu’il pleut davantage pendant les orages et que le risque d’inondations s’accroît” précise ainsi le Secrétaire Général de l’OMM Petteri Taalas.

Raison pour laquelle l’OMM a lancé, après la COP 21, le programme CREWS sur les systèmes d’alerte précoce aux risques climatiques. Un programme de financement qui permet de mettre en oeuvre des projets pour accompagner les pays en voie de développement et les petits États insulaires à se doter de systèmes d’alertes et de prévision pour les épisodes météorologiques extrêmes.

Malgré tout, beaucoup reste encore à faire sur le sujet. En particulier pour former et accompagner les autorités locales et les citoyens à réagir en cas d’épisodes extrêmes. Ce qui passe par des plans et des seuils d’évacuation plus adaptés à ces pluies soudaines et violentes. Car aujourd’hui, nos outils et modèles sont surtout faits pour les crues que l’on peut supposer “classiques”. Or, les inondations de cet été sont pour le moins inédites. La station météorologique de Zhengzhou, en Chine, a ainsi enregistré 720 mm de précipitations entre le 17 et le 21 juillet 2021, alors que sa moyenne totale annuelle est de 641 mm. Et le 20 juillet, la moitié de ces précipitations est tombée en seulement 6 heures.

Aucun pays, qu’il soit développé ou en développement, n’est à l’abri. Le changement climatique est bel et bien là. Il est impératif d’investir davantage dans l’adaptation au changement climatique

Petteri Taalas – Secrétaire Général de l’OMM


Des records de pluie sur 24h qui s’additionnent

En France, les systèmes d’alertes de Météo France sont efficaces mais elles ne permettent pas de connaître avec précision le risque de submersion provoqué par les pluies. Idem pour l’outil Vigicrues, qui ne concerne que les cours d’eau. Or, aujourd’hui et demain, c’est avant tout du ciel que viendront les inondations. D’où le besoin, aussi, pour les collectivités, de travailler dès à présent sur un urbanisme résilient face à ces évènements : végétalisation des espaces, création de fossés, de drains, de zones de récupération et de stockage des eaux de pluie, systèmes d’infiltrations, etc.

Toujours à New-York, après le passage de l’Ouragan Ida, la ville a annoncé qu’elle allait lancer un vaste programme pour renforcer son système de drainage. Espérons qu’un certain nombre de villes n’attendront pas une catastrophe pour améliorer leurs propres infrastructures car personne n’est à l’abri. Ces dernières semaines, par exemple, les records de pluie sur 24h ont été battus à Agen, à Nantes et à Lyon, pour n’en citer que quelques uns.

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