Le récent rapport du Giec est d’une clarté limpide : les changements climatiques vont s’accentuer dans toutes les régions au cours des prochaines décennies. Dans le cas d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C, les vagues de chaleur seront plus nombreuses, les saisons chaudes plus longues et les saisons froides plus courtes. Avec une hausse de 2 °C, les chaleurs extrêmes atteindraient plus souvent des seuils de tolérance critiques pour l’agriculture et la santé publique. Or, comme le changement climatique intensifie le cycle de l’eau, les périodes de sécheresses seront également plus intenses.

Un peu à l’image de celles qui touchent actuellement la côte Ouest des États-Unis et en particulier la Californie, dont les autorités viennent de couper le robinet aux exploitants agricoles afin de préserver l’alimentation des villes en eau potable.

carte représentant la sécheresse aux États-Unis en apût 2021
La quasi-totalité de l’ouest américain est en état de sécheresses extrême ou exceptionnelle – Source : National Drought Mitigation Center – University of Nebraska-Lincoln


Des situations similaires auront-elles lieu en France également ? C’est tout l’enjeu du projet Explore2, porté par l’INRAE et l’Office International de l’Eau (OIEau) et lancé officiellement fin juillet 2021. Ce projet scientifique a pour objectif d’actualiser, d’ici 2024, les connaissances autour de l’impact du changement climatique sur l’hydrologie en France.

Comme le rapport du Giec le démontre, une forte augmentation des températures et une forte baisse des précipitations estivales sont à attendre d’ici 2100. Une hausse des températures qui pourrait atteindre +4°C à la fin du siècle si rien n’est suffisamment fait d’ici là. Ce qui aura un impact certain sur la disponibilité de la ressource en eau : dans les rivières, dans les nappes phréatiques, ainsi qu’un bouleversement de nos activités économiques, en particulier l’agriculture.

Pour s’y préparer, le projet Explore2 rassemble de nombreux acteurs dont l’INRAE, Météo-France, ENS-PSL, Sorbonne Université, l’IRD, le CNRS et EDF. Ce projet s’axe autour de deux volets. Le premier est un volet purement scientifique qui vise à évaluer l’impact du changement climatique sur la ressource en eau en France Métropolitaine sur la durée du 21ème siècle.

Le second volet du projet Explore2, coordonné par l’OiEau, ambitionne de renforcer la concertation avec les utilisateurs des résultats (comités de bassin, agences de l’eau, collectivités, bureaux d’étude). L’idée est ainsi de permettre aux territoires d’initier des démarches prospectives territoriales sur les usages de l’eau et les conditions de sa gestion durable, et de mettre en place des mesures d’adaptation adéquates. Ces nouvelles projections seront notamment essentielles pour la révision des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux qui débutera en 2025, pour l’élaboration des 100 « projets de territoire pour la gestion de l’eau » à horizon 2027 ainsi que pour la mise en place de programmes d’actions de prévention contre les inondations. 

irrigation champ
Pourrons-nous toujours, en 2050, utiliser l’eau de cette manière pour les productions agricoles ?


L’agriculture doit s’adapter dès aujourd’hui

D’après les scientifiques du Giec, 500 millions de personnes sont touchées par la désertification à travers le monde et les rivières intermittentes, c’est à dire périodiquement à sec, représentent la moitié des cours d’eau de la planète. Car le fait est que l’eau, ressource renouvelable par excellence, est considérée à tort comme une ressource illimitée. Les scientifiques évaluent pourtant le volume total d’eau sur terre à 1,4 x 1021 litres. Un volume considérable contenu à 97 % dans les océans. Ce qui signifie que l’eau douce ne représente que 3 % de ce volume. La consommation humaine mondiale d’eau s’élève chaque année à 24 millions de milliards de litres (24 x 1015 litres), soit plus de 50% de l’eau des rivières terrestres, ou encore 6 fois le volume de la Manche.

La France n’est pas en situation d’aridité à l’heure actuelle. Cependant, les sécheresses récurrentes des années 2018, 2019 et 2020 amènent à revoir les relations entre agriculture et la ressource en eau. Face au réchauffement climatique tel qu’annoncé par les scientifiques du Giec, les systèmes agricoles d’aujourd’hui devront être complètement repensés pour faire face, c’est une certitude, au manque d’eau qui nous touchera dans les années à venir. Cela passera par la sélection de variétés de plants plus tolérants à la sécheresse, par la modification des techniques de culture ainsi que par une amélioration des systèmes d’irrigation. La réutilisation des eaux usées traitées pourrait notamment être une piste intéressante sur ce sujet.

L’agriculture de précision, avec sa panoplie de capteurs, de drones et d’algorithmes est également un atout pour résoudre cette problématique puisque des solutions comme celles proposées par Weenat ou d’autres startups similaires permettent aux exploitants agricoles d’optimiser considérablement leur manière d’irriguer les cultures en se concentrant uniquement sur les plants qui en ont le plus besoin. « Économiser un tour d’eau lors de l’irrigation d’une culture, c’est gagner plusieurs centaines de mètres cubes d’eau, éviter un traitement sanitaire coûteux, réduire l’impact environnemental, améliorer la productivité et donc la rentabilité des exploitations » précisait à ce sujet Jérôme Le Roy, fondateur de la startup nantaise.

Les collectivités ne sont évidemment pas en reste sur ce sujet et devront aussi savoir s’adapter pour économiser la ressource en eau. D’autant que la tension hydraulique sera encore plus forte dans les grandes villes. Elles devront s’adapter par l’amélioration de la collecte et du traitement des eaux usées, l’optimisation de l’arrosage public, la capacité à réduire les fuites d’eau dans les réseaux ou encore à sensibiliser une population qui, en France, considère l’eau potable comme un bien tellement acquis que nous nous en servons pour laver le sol et évacuer nos excréments.

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