L’eau est probablement la ressource la plus rare et la plus importante de l’humanité. Elle est essentielle au développement socio-économique de nos sociétés, à la production d’énergie, à la production d’aliments, à la santé des écosystèmes et à la survie de toutes les espèces végétales et animales.

Pourtant, l’eau douce ne représente que 3% de la totalité de l’eau disponible sur terre et elle est très inégalement répartie. Elle est aussi très inégalement utilisée. Elle est aussi énormément gaspillée, surtout dans les sociétés occidentales. Ainsi, en moyenne, un Américain consomme plus de 250 litres d’eau douce, potable et traitée chaque jour. Un Européen consomme, par jour, environ 148 litres d’eau douce potable et traitée. Presque 40% de cette consommation concerne notre hygiène : douches, bains et chasse d’eau des toilettes.

En parallèle, l’ONU estime que 2,1 milliards de personnes à travers le monde n’ont pas accès à l’eau potable. Ce qui représente 30% de la population mondiale. Et 4,5 milliards de personnes (environ 60% de la population mondiale) sont privées de structures qui garantissent un réel assainissement de l’eau potable.

Depuis 2010, les Nations Unies reconnaissent d’ailleurs l’accès à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit de l’Homme et demandent “aux États et aux organisations internationales d’apporter des ressources financières, de renforcer les capacités et de procéder à des transferts de technologies, grâce à l’aide et à la coopération internationale, en particulier en faveur des pays en développement, afin d’intensifier les efforts faits pour fournir une eau potable et des services d’assainissement qui soient accessibles et abordables pour tous“.


Vers davantage de crises climatiques et sanitaires

L’eau, qui doit être considérée comme un bien commun de l’humanité est donc mal répartie et mal utilisée. La source de vie se transforme alors en source d’inégalités et de conflits à travers le monde. En Afrique, par exemple, des populations défavorisées qui n’ont pas accès à l’eau courante sont parfois forcées de l’acheter sur le marché noir à des vendeurs d’eau. Elles achètent alors une eau de mauvaise qualité qui leur est vendue entre 10 et 20 fois le prix normal.

En parallèle, et toujours d’après les chiffres de l’ONU, les guerres et conflits en lien direct avec l’accès à l’eau sont en constante augmentation. Entre 2000 et 2009, on en recensait 94. Entre 2010 et 2018, ce chiffre s’élevait à 263.

Aucun de ces chiffres n’est une nouveauté. C’est en grande partie le problème. Mais au regard des nombreuses crises et catastrophes – sanitaires ou écologiques – que nous pourrions rencontrer dans les années à venir, ils doivent nous alerter plus qu’auparavant sur le danger qui nous guette. Les pénuries d’eau – passagères ou permanentes – affectent déjà plus de 40% de la population mondiale à l’heure actuelle.

Or le réchauffement climatique causé par les activités humaines augmente considérablement les risques de sécheresse dans certaines zones du monde, tout comme les risques de catastrophes naturelles (ouragans, typhons) qui – comme ce fut le cas en Haïti récemment – peuvent couper certaines populations de l’accès à l’eau potable. Et l’épisode du Covid-19 qui survient en ce début d’année est un signe pour nous rappeler notre fragilité face à ces crises. Les pénuries d’eau potable dans le monde vont augmenter et vont tuer. Inexorablement. À moins que nous ne commencions plus sérieusement, à réduire et optimiser nos consommations.

L’Assemblée Générale […] reconnaît que le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’homme, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme.

Assemblée Nationale des Nations Unies – 108ème séance plénière – 28 juillet 2010


3 pistes simples pour économiser l’eau

Il existe de nombreux acteurs qui travaillent à améliorer l’accès à l’eau et la qualité de l’eau dans les pays en voie de développement, à l’instar de la fondation Bill et Melinda Gates et de très nombreuses ONG. D’ailleurs, les chiffres de l’ONU prouvent qu’entre 1990 et 2015, la proportion de la population mondiale ayant accès à une source d’eau potable améliorée a augmenté de 76% à 90%.

Il est d’autant plus indispensable que ce travail soit suivi d’une consommation plus raisonnable des ressources en eau dans les pays industrialisés. Et comme nous partons de loin, certaines mesures sont encore facile à prendre aujourd’hui… avec de grands impacts à la clé.


1- Réutiliser les eaux usées pour l’irrigation

Dans le monde (mais le chiffre est similaire en France) environ 70% des ressources en eau douce sont utilisées par le secteur agricole. À priori, rien d’inquiétant à cela si ce n’est que l’accroissement de la population – et donc de la demande alimentaire – entraîne une pression supplémentaire sur les disponibilités en eau. Car, rappelons-le : si la population mondiale augmente jusqu’à atteindre 10 milliards de personnes en 2050, la proportion d’eau douce, elle, restera la même.

D’autant que les modifications du climat devraient accentuer les phénomènes de sécheresse dans les années à venir. À l’été 2019, 17 départements français étaient par exemple soumis à des restrictions d’eau dès le mois de Juin. 86 départements étaient concernés au mois de Septembre. Le 05 novembre, 30 départements étaient encore en situation de sécheresse, dont 17 en état de crise.

En 2018, l’été caniculaire avait affecté la plupart des agricultures européennes : la production de pommes de terre sur l’ensemble de l’Union Européenne a chuté de 20% ; la Suède a vu sa récolte de blé chuter de 59% ; et en France, selon la FNSEA, c’est près de 30% des surfaces semées de Colza qui n’ont pas levé.

Nous serait-il possible d’optimiser davantage l’irrigation de nos champs en période de sécheresse par l’utilisation des eaux usées ? La solution est prônée depuis longtemps par la FAO qui y voit, non seulement une opportunité pour faire face aux sécheresses, mais également un moyen de réduire l’utilisation d’intrants chimiques car les eaux issues des stations d’épuration sont riches en fertilisants d’origine organique.

À lire sur ce sujet : les eaux usées traitées pour irriguer les champs, une solution d’avenir


2 – Optimiser l’arrosage des espaces verts

C’est un autre des paradoxes qui s’imposent aux villes en transition : d’un côté, il faut végétaliser au maximum pour réduire les ilots de chaleur, pour améliorer la qualité de l’air, pour réduire les risques d’inondations. Et de l’autre, il faut évidemment consacrer une large part d’eau douce à l’irrigation de ces espaces verts.

D’après les chiffres du CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), les espaces verts publics représentent une surface de 29 000 à 35 000 hectares en France, avec une consommation moyenne de 248 litres par mètre carré et par an. 

Leurs chiffres – qui datent de 2013 – indiquaient que 91% de l’eau utilisée pour l’irrigation des espaces verts municipaux est de l’eau potable issue du réseau de distribution.

Ici encore, il existe donc une forte marge pour réduire les prélèvements sur la ressource en eau : utilisation des eaux usées traitées et récupération des eaux de pluie, notamment. Mais il y a aussi des outils et des pratiques pour estimer au mieux les besoins et pour optimiser l’arrosage. Des techniques naturelles (paillage et binage) tout comme des solutions connectées qui permettent d’analyser en temps réel l’humidité des sols et de savoir avec précision où et quand arroser.

À lire sur le sujet : Urbasense, l’arrosage connecté pour les villes durables


3- Réduire les fuites dans les réseaux d’eaux

Dans certains pays, les fuites d’eau dans les réseaux peuvent représenter jusqu’à 40% de l’eau acheminée. Ainsi, on estime les pertes liées aux fuites d’eau à 958 milliards de m3 par an dans le monde. En France, cela représente un peu plus d’un milliard de m3, soit 20% de l’eau potable qui n’arrive jamais jusqu’au robinet.

Là aussi, il existe dont une marge de manoeuvre afin de gérer la ressource en eau de manière plus durable. C’est en agissant notamment sur ce point que la ville espagnole de Vitoria-Gasteiz a pu réduire la consommation d’eau de ses habitants d’environ 20%.

En France, il existe des acteurs, à l’image de la société Fluks Aqua, qui travaillent sur ce sujet avec les collectivités et professionnels de l’eau.

À lire sur ce sujet : Protecto détecte les fuites pour économiser l’eau


Il existe évidemment d’autres solutions, en particulier concernant les économies possibles dans l’utilisation domestique de l’eau. Chaque douche en France représente l’utilisation en moyenne de 75 litres d’eau douce potable, soit près de 30 000 litres par an et par personne. Il en est de même pour nos toilettes. 10 litres d’eau douce potable à chaque utilisation.

La ressource en eau renouvelable et disponible était de 7 500 m3 par personne et par an en en France en 1995. Elle était pourtant de 17 000 m3 par personne en 1950. Elle devrait chuter à 5 100 m3 en 2025. Et ainsi de suite…

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