Les premières bricothèques ont émergé en France dans les années 1990, avec pour missions principales de permettre aux personnes aux revenus les plus modestes d’avoir accès à du matériel de bricolage et de renforcer les liens sociaux dans les quartiers. Depuis, ces lieux de mise en commun et de prêts d’outils et d’appareils de bricolage se sont répandus et représentent – à l’heure de la transition écologique – une alternative intéressante en matière de consommation responsable.

Ce concept de bricothèque prend tout son sens lorsque l’on sait que, selon l’ADEME, une perceuse n’est utilisée que 12 minutes, en moyenne, sur toute sa durée de vie. Un chiffre ridiculement dérisoire qui souligne l’absurdité de certains de nos comportements de consommation. D’autant plus que pour le consommateur, le poids économique de l’achat d’un outil rapporté à son temps d’utilisation effectif est loin d’être avantageux. Une perceuse premier prix s’élève à environ 60€ minimum et peut aller jusqu’à 200€. Cela fait cher la minute.

Sur le plan environnemental, ces 12 minutes d’utilisation sont également très chères. D’autant que ce décalage entre l’usage d’un appareil de bricolage ou d’un appareil électroménager avec son utilité réelle est devenu monnaie courante. C’est ce que l’on nomme le « syndrome de l’extracteur de jus » : on achète un appareil, on l’utilise pendant quelque temps, puis on se lasse et on finit par ne plus l’utiliser.

Outils de bricolage


Déjà une quarantaine de bricothèques en France

Face à ce constat, les bricothèques représentent une solution ingénieuse de location d’outils de bricolage et de jardinage à la fois économique et respectueuse de l’environnement. Le principe est simple : les particuliers qui désirent emprunter un ou plusieurs outils adhèrent à une bricothèque par le biais d’un abonnement, généralement annuel. Ils peuvent ensuite emprunter des outils selon leurs besoins pour des travaux de bricolage ou de jardinage. L’emprunt nécessite le plus souvent une caution, puis après utilisation l’outil doit être retourné à la bricothèque. Il devient ainsi facile et économique d’emprunter une perceuse, une débroussailleuse, un escabeau, ou encore une décolleuse à papier peint… 

En France, une quarantaine de ces bricothèques existent à l’heure actuelle. Elles sont d’ailleurs répertoriées sur des sites comme Bricolib ou le blog « À propos de Bricothèques et d’Outilthèques ». Elles sont la plupart du temps gérées par des associations, au sein desquelles les novices en bricolage peuvent discuter et échanger des conseils avec les bénévoles concernant les outils et techniques à privilégier. Des établissements qui vont de pair, également, avec le développement des tiers-lieux dédiés à la fabrication : repair café ou fablab.

Les bénéfices sont multiples : les achats compulsifs, coûteux pour l’utilisateur et pour l’environnement sont limités, et les particuliers sont incités à apprendre à bricoler eux-mêmes, à réparer et réutiliser leurs outils pour qu’ils durent le plus longtemps possible. La mutualisation des objectifs et des savoirs ainsi favorisée évite le renouvellement à neuf d’outils qui finissent bien souvent par s’entasser au fond des placards et garages. 

Lire notre dossier thématique : les tiers-lieux, laboratoires des territoires de demain


Entre mutualisation et consommation collaborative 

Ce principe de mutualisation n’est pas nouveau et se fonde sur la mise en commun de ressources pouvant se rapporter à divers domaines : des outils mais aussi des espaces, des machines… Le champ des possibles des ressources mutualisables est large, et concerne aussi bien les transports en commun que la synergie industrielle, en passant par la consommation collaborative.

Cette dernière fait référence un modèle économique où l’usage prédomine sur la propriété : l’usage d’un bien ou d’un service peut être optimisé par le partage, l’échange, ou encore la location de celui-ci. Les bricothèques font partie de ce modèle, dans la mesure où elles permettent la mise en relation de particuliers qui désirent louer, prêter, donner, partager ou échanger des biens. 

De manière générale, on peut considérer la mutualisation comme une solution susceptible d’aider à repenser les usages et les modes de consommation de demain, d’autant plus que de nombreuses initiatives fleurissent. Des startups proposent par exemple de louer des produits électroménagers du quotidien, c’est le cas de Kazoo. L’entreprise propose aux particuliers la location de divers produits d’électroménager afin d’éviter les achats inutiles et favoriser le réemploi des objets. D’autres plateformes mettent aussi en place des échanges d’outils ou d’appareils ménagers, c’est le cas d’Allovoisins. La startup Kyango, elle, s’est spécialisée dans location d’articles de sport entre particuliers.

Le domaine du réemploi et de la location est ainsi large et touche à un grand nombre de nos usages de biens, comme l’illustre Fairtec, un collectif qui permet notamment de louer des équipements numériques afin d’en prolonger la durée de vie. C’est aussi ce qu’on retrouve dans le domaine automobile avec les offres d’autopartage démocratisées par les startups Getaround (ex Drivy) ou encore OuiCar. Les solutions pour changer nos pratiques en douceur et limiter l’impact de notre consommation sont ainsi multiples et variées, d’autant plus qu’elles présentent le plus souvent des avantages non négligeables pour le porte-monnaie. 

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