Dévoilé début septembre, le premier baromètre des “villes marchables” en France permet de mettre en lumière un mode de déplacement trop souvent mis de côté dans le débat public. Car, si la pratique du vélo connait un développement important depuis la pandémie, on sous-estime encore beaucoup trop la praticité et les bienfaits de la marche à pied. Un sujet dont les collectivités doivent s’emparer dans leur réflexion sur la ville de demain.

Ce baromètre est le fruit de la collaboration du collectif Place aux piétons – regroupant les associations Rue de l’avenir, 60 millions de piétons et la Fédération français de la randonnée – et de l’ADEME. L’enquête s’est déroulée en ligne, elle regroupait une quarantaine de questions appelant les Français à transmettre leur ressenti sur la marchabilité de leur commune et leurs avis sur la manière d’améliorer le sort des piétons dans les espaces urbanisés. Le collectif a recueilli 43 257 questionnaires complets, ce qui a permis d’évaluer la marchabilité de 200 villes. 

Des piétons

Des trottoirs plus larges : l’attente numéro 1 des français.es

Ce qui ressort de cette étude comme étant la principale attente des piétons, c’est le souhait de voir des trottoirs plus larges, bien entretenus et sécurisés. Une doléance qui arrive en tête dans tous les espaces testés (grande ville, ville moyenne, petite ville, secteur rural).

Derrière, 4 autres tendances reviennent régulièrement parmi les sondés. Ils sont ainsi 30% à vouloir privatiser les trottoirs aux piétons seulement. Environ 28% veulent voir le stationnement sur les passages piétons et les trottoirs davantage verbalisés. Aussi, 27% d’entre eux attendent une réduction de la vitesse des véhicules motorisés dans les lieux fréquentés par les piétons. Enfin, 25% des répondants souhaitent voir apparaître dans leur ville des cheminements piétons complets.

Cependant, en fonction de la taille de la ville, les attentes des marcheurs ne se classent pas dans le même ordre. Par exemple, dans les petites villes, la constitution de cheminements piétons complets est perçue comme la deuxième priorité alors qu’elle n’arrive qu’au sixième rang chez les piétons des villes moyennes. Autre exemple, les piétons des zones rurales font de la modération de la vitesse des véhicules motorisés leur seconde préoccupation alors que cette idée n’apparaît qu’en cinquième place chez les marcheurs des grandes villes.  Dans les grandes villes, c’est le fait d’exclure les mobilités douces (trottinettes, et autres EDPM) des trottoirs qui revient en seconde position.

Des disparités apparaissent aussi en fonction de l’âge des répondants. Les villes qui possèdent des populations plus âgées seraient par exemple avisées de mettre en place des trottoirs plus larges et sécurisés, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Chez les plus jeunes, c’est souvent la réduction de la vitesse des automobiles et le fait de végétaliser la ville qui revient davantage.

Des piétons et un panneau limitation de vitesse


Acigné ville modèle, Aubervilliers et Marseille et à la traîne

L’étude réalisée permet également de relever un premier constat : les petites villes (de 5 000 à 20 000 habitants) sont bien plus appréciées par leurs piétons que les grandes villes (plus de 200 000 habitants). Plus la ville est peuplée, plus les notes d’appréciation (allant de G à A+) chutent. Une autre variable conjuguée à la taille de la ville permet d’expliquer les écarts entre les agglomérations, celle-ci concerne les moyens économiques de la municipalité et son niveau de vie moyen. Ainsi, les villes aisées présentent de meilleures dispositions pour la marche que les villes ou les conditions de vie sont plus dures. 

De telle manière qu’on retrouve par exemple en tête du classement des petites ou moyennes villes telles que Acigné (Ile-et-Vilaine), Gradignan (Dordogne) ou Sceaux (Hauts-de-Seine) alors que des villes comme Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Marseille (Bouches-du-Rhône) ou Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) affichent les scores les plus mauvais. 

Un bilan général est toutefois réalisable puisque des tendances lourdes se dégagent de la masse d’information recueillie. À l’échelle nationale la situation peut être perçue comme préoccupante puisque la note moyenne plafonne à 9,2/20, ce qui fait dire au collectif qu’il y a encore beaucoup à faire pour améliorer la marchabilité dans nos villes et nos villages. Au niveau du ressenti et des critiques, plus de deux-tiers des sondés pensent que leur commune est peu à l’écoute des besoins des marcheurs. De même, 63% des répondants jugent que leur commune fait peu d’effort pour la marche.

ville d'angers


La marche à pied, élément central de la ville durable

Le collectif rappelle que le baromètre n’a pas vocation à faire émerger un avis représentatif des Français sur la marchabilité des villes. On relève parmi les répondants une très faible proportion de jeunes (4% des répondants ont moins de 25 ans) ainsi qu’une surreprésentation des personnes membres d’une association de pratiquants de la marche. De plus, Place aux piétons rapporte que les résidents des zones fortement concentrées en population se sont plus exprimés que les habitants des espaces ruraux. Un des enjeux des prochains baromètres sera assurément de faire de ces populations peu représentées une partie plus importante de l’échantillon. Cela dit, le baromètre permet de souligner l’hétérogénéité des piétons dans l’Hexagone ainsi que la diversité de leurs attentes. 

Le collectif espère que son travail pourra servir de levier pour pousser les pouvoirs publics à vouer une plus grande considération aux piétons. Pas plus d’un quart des sondés considèrent que leur ville a fait des efforts lors des deux dernières années pour améliorer leur condition.

En plus d’être une activité vertueuse pour la santé des individus (réduction des risques de maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux notamment) la marche est le mode de transport le moins polluant. Place aux piétons milite pour qu’il soit fortement promu dans les endroits où sa pratique est possible. Les villes ont tout à gagner à faire de la question des piétons une dimension plus importante de leurs plans d’urbanisme. 

Une étude sur l’abaissement de la vitesse des véhicules motorisés à 30 km/h dans la ville de Grenoble montre que la mesure est à l’origine de débouchés encourageants. La décision a effectivement permis de réduire le nombre d’accidents impliquant piétons et cyclistes. Le trafic automobile global a lui aussi connu une diminution. Sans oublier la forte baisse des pollutions sonores. Pour toutes ces raisons, il n’est pas surprenant de voir de nombreuses villes (Paris, Lille, Nantes, Rennes, Montpellier) suivre la voie de Grenoble. Il serait encore plus encourageant de voir les villes s’impliquer sur les solutions évoqués dans le baromètre.

Pour en savoir encore plus sur le baromètre des villes marchables, c’est ici

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