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Kermap, un outil pour étudier la place des arbres en ville- 6 minutes de lecture

Kermap, une start up issue du CNRS permet d’étudier la densité et la localisation des arbres dans les villes françaises. Elle pourrait ainsi aider les collectivités à rendre leurs villes plus vertes grâce à une meilleure connaissance de leur patrimoine arboré.


Les épisodes caniculaires de Juin et Juillet 2019 sont les prémisses de ce que le changement climatique nous réserve. “Ces vagues de chaleur et ces étés chauds, mais aussi les périodes de sécheresse ou les risques de feux de forêts, il va falloir nous y préparer” précise le climatologue Jean Jouzel. Et comme l’essentiel de la population mondiale habitera en zone urbaine dans les années à venir, nous devons préparer nos villes aux conséquences du réchauffement. C’est à cette occasion que la startup française Kermap, lance le site www.nosvillesvertes.fr.

Ce dernier est le tout premier site Internet d’évaluation et de comparaison de la proportion de végétation arborée des différentes communes de France. Il s’adresse d’une part au grand public, pour localiser les lieux de végétation arborée dans une commune. Ces endroits régulent l’effet d’îlot de chaleur, rafraîchissent l’air et garantissent des espaces ombragés. Ils sont donc recherchés par les citadins.

La végétation arborée influe directement sur le climat et ses effets sont encore plus prégnants pendant les périodes de canicule” indique Antoine Lefebvre, président de Kermap. D’autre part, cet outil s’adresse aussi aux collectivités territoriales. Il est en effet urgent de proposer des solutions pour rendre nos villes plus vertes. Grâce à de la data et des outils spécialement conçus, Kermap permet en effet d’accompagner les politiques d’aménagement urbain en ce sens.

arbres place aix-en-provence
Avec 101m2 de patrimoine arboré par habitant, Aix-en-Provence est l’une des villes les mieux loties pour lutter contre les ilots de chaleur urbain.


Des produits pour l’analyse du milieu urbain

Ce travail à l’échelle nationale résulte d’une collaboration entre la start-up Kermap et l’Institut Géographique National. L’objectif de ce projet est notamment d’établir un outil d’utilité publique afin que chacun ait une meilleure connaissance de son territoire et soit davantage sensibilisé au rôle de l’arbre en ville.

Les fondateurs de Kermap sont partis d’un constat simple : les collectivités territoriales manquent de données exhaustives sur la végétation urbaine. Celles-ci disposent principalement de données sur l’espace public (alors qu’une grande partie du patrimoine arboré est présent dans l’espace privé). Ou alors ils ont accès à des données simplifiées qui ne permettent pas de représenter toute la complexité de la trame verte urbaine. Kermap a donc cartographié la végétation arborée visible sur les photographies acquises par les avions de l’Institut Géographique Nationale (IGN) afin d’acquérir une vision plus précise de la réalité.

Constituée d’une dizaine de personnes et spécialisée dans la production, l’analyse et le partage d’informations géographiques, Kermap exploite principalement des images satellites et des photographies aériennes pour des applications liées à l’aménagement du territoire, l’environnement et l’agriculture. Elle a notamment développé une ligne de produits pour l’analyse du milieu urbain : suivi de développement foncier, identification des îlots de chaleur urbains, estimation de la biomasse ou encore stockage de carbone.

arbres rue Nîmes
Avec 108m2 de patrimoine arboré par habitant – contre 9m2 à Paris – la ville de Nîmes fait partie des villes les plus vertes de France.


Le sud de la France en tête, Paris pas si mal

Le fonctionnement de cet outil développé par Kermap est simple : chacun peut chercher la ville de son choix et avoir accès aux résultats en fonction de 4 critères :

  • la densité de patrimoine arboré urbain, 
  • la densité de patrimoine arboré sur la commune, 
  • le nombre de terrain de football que représente le patrimoine arboré, 
  • la densité par habitant.

On y apprend par exemple que Montpellier, Toulouse, Nice et Nantes font partie des villes de plus de 200 000 habitants où les espaces arborés sont les plus denses en France. Ces villes proposent en effet environ 40m2 de surface arborée par habitant. Pour les villes intermédiaires – entre 100 000 et 200 000 habitants – ce sont Nîmes et Aix-en-Provence qui sont les mieux loties. 108m2 de surface arborée par habitant. À titre d’exemple, c’est seulement 9m2 à paris.

Cependant, les surfaces arborées représentent 20% de la surface parisienne, ce qui est légèrement au dessus de la moyenne nationale (19%). Un chiffre qui devrait augmenter dans le futur. En effet, la végétalisation et notamment la présence d’arbres en ville est aujourd’hui une priorité des villes qui souhaitent s’adapter au changement climatique. C’est l’un des enseignements des différentes capitales vertes européennes, à l’image de Vitoria-Gasteiz, en Espagne, où tout les habitants vivent à moins de 300 mètres d’un espace vert public.

arbres Paris
Paris, une ville qui mise énormément sur la végétalisation depuis quelques années


L’importance des arbres en villes pour réguler la chaleur

Dans le monde, d’ici 2050, on estime que 70% à 75% de la population mondiale résidera en milieu urbain. Pourtant les conséquences de ce développement urbain au détriment des espaces verts sont nombreuses. La pollution de l’air y est de plus en plus forte. La biodiversité s’y effondre. Et les températures sont de plus en plus élevées. Il est donc nécessaire de trouver des solutions pour devenir plus résiliantes.

C’est la parti pris de plusieurs start up françaises comme Kermap, Merci Raymond ou encore la start up Urban Canopée et ses structures végétales qui luttent contre les effets d’ilot de chaleur. D’autant que les avantages de l’arbre en ville sont réels. L’emplacement des arbres dans les zones urbaines peut par exemple refroidir l’air de 2 à 8 ºC.

Les grands arbres sont, par ailleurs, de très bons filtres pour les polluants atmosphériques et les particules fines. Les arbres matures régulent aussi le ruissellement et améliorent la qualité de l’eau. Enfin, un arbre peut absorber jusqu’à 150 kg de CO2 par an. Ce captage de carbone permet d’atténuer les effets du réchauffement climatique. Autre avantage indirect : certains arbres bien placés face à des bâtiments, grâce à l’ombre et au fait qu’ils rafraichissent l’air, pourraient réduire les besoins en climatisation d’environ 30%. Soit moins d’énergie consommée.


Guillaume Joly. @guitjoly

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