une rue sans voiture à pontevedra
Smart City

Pontevedra, l’exemple d’une ville sans voitures- 6 minutes de lecture

Pontevedra est une ville espagnole mondialement connue pour avoir réussi l’audacieux pari d’exclure les voitures de son espace public. C’est notamment en travaillant sur le parking des voitures que ce pari a été réussi. Mais aussi en misant sur une proximité et une pédagogie avec ses habitants. Retour sur cet exemple réussi de ville sans voitures.


Il y a 84 000 habitants à Pontevedra, dans le nord-ouest de l’Espagne. Là-bas, depuis 1999, les émissions de CO2 ont baissé de 61%. Sur la même période, les émissions de CO2 en France ont diminué d’environ 15%. Alors, comment cette ville espagnole a pu atteindre une amélioration aussi considérable de la qualité de son air ? La réponse réside dans une politique audacieuse et innovante : celle d’y restreindre au maximum l’usage des véhicules motorisés. Une mesure assez radicale pour faire baisser les émissions de CO2 d’une ville qui, forcément, ne peut pas plaire à tout le monde. Et certains se disent déjà que la voiture n’est qu’un bouc-émissaire, et que le transport aérien pollue plus que les voitures.

Cependant, tandis que les émissions de CO2 liées aux transports ont augmenté de 11,7% en France sur les 20 dernières années, à Pontevedra, on respire de mieux en mieux. Et ce n’est pas tout. Car d’après les chiffres de la mairie, cette politique “anti-voitures” a aussi permis de re-dynamiser le centre-ville. 12 000 personnes seraient venues s’y installer depuis que les voitures en sont parties. Alors, à l’heure où beaucoup de villes françaises tentent de se réinventer en Smart City, que faut-il retenir de l’exemple de Pontevedra ?

le centre-ville de pontevedra
À Pontevedra, les trottoirs n’existent plus et la chaussée appartient aux piétons.


D’abord, Pontevedra n’est pas réellement une ville sans voitures

Au commencement, il faut retenir que “ville sans voitures” est un raccourci. Techniquement, la circulation n’est pas interdite à Pontevedra. Cependant, les règles de circulation y varient selon l’endroit, la taille et l’importance de la rue. Par exemple, dans le centre-ville historique et dans les rues commerçantes importantes, il est en effet interdit d’y circuler en véhicule motorisé. On parle de voitures, mais aussi de camions et deux roues.

Cependant, cette interdiction n’est pas tout à fait radicale : les véhicules d’urgences, les services publics, les véhicules de livraison, les taxis et les voitures qui se rendent à un garage peuvent rouler dans Pontevedra en toute liberté. Et pour une ville de 84 000 habitants, cela fait quand même du monde.

Enfin, en dehors de ces zones de forte restriction, les autres rues sont tout à fait ouvertes aux voitures. Alors, certes, on ne peut pas s’y garer. Il n’y a presque aucune place de stationnement à Pontevedra. Et celles qu’on trouve (en dehors des parkings souterrains) sont limitées à des arrêts de 15 minutes. C’est justement la première mesure à retenir de la réussite du modèle de Pontevedra. Car lorsqu’il n’y a pas de places pour se garer, les gens ne prennent pas leur voiture. L’autre point à retenir, c’est que le temps passé à chercher une place de parking, en ville, c’est l’un des plus importants facteurs de pollution.

panorama de la ville de pontevedra


Il faut travailler sur le stationnement, une source majeure de pollution

Qui n’a jamais pris conduit de voiture en centre-ville n’a jamais tourné pendant d’interminables minutes à la recherche d’une place pour se garer. Si cela vous arrive, c’est à priori le cas de milliers d’automobilistes autour de vous. Et quand on additionne le tout, on observe que la recherche d’une place de parking est l’une des sources principales de pollution de l’air à l’intérieur des villes. Un problème tellement flagrant que certaines start-up travaillent d’ailleurs sur des systèmes intelligents permettant de réinventer le stationnement, à l’instar de ce que propose Zenpark, ou encore ParkingMap.

Pour la mairie de Pontevedra, le fait de supprimer petit à petit la possibilité de stationner en ville et de proposer à la place des parkings souterrains accessibles facilement en ceinture péri-urbaine est l’une des clés du système. En quelques années, le nombre de citadins qui prenaient la voiture pour un trajet à l’intérieur de la ville a baissé de 67%. C’est énorme, et c’est ce qui permet la baisse conséquente de la pollution dans cette ville espagnole. Cette transition ne s’est cependant pas faite en un jour, ni en une mesure. Il a fallu y aller graduellement pendant presque 20 ans.

Pour ce faire, la mairie à procédé à plusieurs étapes :

  • La première mesure, en 1999, a été d’acter la piétonnisation du centre-ville historique.
  • La ville a ensuite re-qualifiée les règles de priorité dans son espace public. Ainsi, la priorité sur la voie publique est devenue la suivante :
    • 1. Les piétons
    • 2. Les mobilités actives (vélos, trottinettes)
    • 3. Les transports en commun
    • 4. Les véhicules motorisés
  • Elle a donc supprimée petit à petit le stationnement et mis en place un système d’amendes dissuasives – donc très chères – pour limiter le stationnement sauvage.
  • La circulation des véhicules motorisés y est plafonnée à 30km/h. Un point important qu’on retrouve dans plus en plus de villes françaises.
  • Enfin, la majorité des trottoirs ont été supprimés et la ville à mis en place ce qu’elle appelle des “Metrominutos”, une sorte de plan qui renseigne sur les distances et temps nécessaires pour se déplacer à pied dans la ville.

metrominuto pontevedra
Le Métrominuto de Pontevedra


Quels résultats pour la politique “piétonne” de Pontevedra ?

Comme on l’a dit, la pollution de l’air a diminué de 61% à Pontevedra. Rien que ce chiffre pourrait légitimer le fait d’imposer les mêmes restrictions dans toutes les villes d’Europe. Mais ce qui est important, c’est la durée et la pédagogie de l’équipe municipale. Ce changement, il s’est fait sur 20 ans, et il s’est fait en bonne intelligence avec les citadins de la ville. Et l’équipe municipale a été réélue 4 fois de suite. Il faut garder cette notion à l’esprit quand on parle de transition écologique. Car cela prend du temps. Le temps, c’est la notion la plus importante.

En parallèle, à Pontevedra, ce sont aujourd’hui 70% des déplacements qui se font à pied. Des déplacements qui se font d’ailleurs dans des conditions de sécurité optimales. Il n’y a presque plus eu de décès liés aux accidents de la route (uniquement 3 décès entre 2007 et 2016). Le centre-ville de Pontevedra est également plus dynamique et plus agréable. 12 000 personnes sont venues s’installer dans le centre-ville ces dernières années. La qualité de vie est en hausse. C’est important de le souligner.

Ainsi cette ville “laboratoire” prouve que l’usage de la voiture en centre-ville n’est pas une nécessité et que cela ne gâche en rien la vie des habitants. Elle fait d’ailleurs des émules. Toujours en Espagne, la ville de Séville vient par exemple d’installer à son tour des “metrominutos” afin de sensibiliser sa population au fait qu’un trajet à pied est souvent moins long qu’on ne le croît. En Norvège, c’est la ville d’Oslo qui s’inspire également de ce modèle en faisant le pari de devenir la 1ère capitale au monde à exclure les véhicules motorisés. En France, la commune de Vitré, près de Rennes, vient de passer l’intégralité de sa ville en zone limitée à 30 km/h et réfléchit à d’autres mesures pour réduire la place de la voiture.


Guillaume Joly. @guitjoly

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