D’après l’ONU, 3 milliards de tonnes d’aliments sont gaspillées dans le monde chaque année. Ce qui fait de la réduction du gaspillage alimentaire l’un de ses objectifs de développement durable.

Le secteur alimentaire représente environ 30 % de la consommation énergétique mondiale et près de 22 % des gaz à effet de serre. Gaspiller ce qui coûte autant à produire est une absurdité environnementale. C’est aussi une absurdité d’un point de vue humain alors que 2 milliards de personnes sont sous-alimentées ou souffrent de la faim.

En France, on décompte 4 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Dans le même temps, plus de 2 millions de tonnes de nourriture sont jetés chaque année par les acteurs de la distribution.

Afin de lutter contre ce problème de société majeur, il y a des réponses politiques qui se mettent en place. L’Union Européenne se fixe l’objectif de réduire le gaspillage alimentaire de 50% d’ici 2030.

En France, la première loi nationale contre le gaspillage alimentaire, dite loi Garot, est apparue en 2016 pour réduire et gérer ce problème, notamment au stade de la distribution. S’il existe des programmes contre la perte d’aliments consommables entre particuliers, cette loi vise notamment à prévenir le gaspillage alimentaire à la source puis de valoriser les invendus par le don ou la transformation.

Elle permet ainsi une exonération d’impôt de 60 % aux distributeurs et industriels qui pratiquent le don alimentaire en substitution de la production de déchets. Et grâce aux possibilités offertes aujourd’hui par la technologie, cette pratique a favorisé l’émergence de start-up comme Phénix et Comerso.

les chiffres du gaspillage alimentaire en France
source : Ministère de l’agriculture et de l’alimentation

Réduire le gaspillage alimentaire réalisé par les industriels et grandes surfaces

Fondée en 2013 à Agen, Comerso fait figure de pionnier dans la collecte et la valorisation des invendus. L’entreprise travaille avec la distribution, mais aussi en direct avec des producteurs, grossistes, maraîchers et industriels. Elle collecte les invendus et en assure la livraison à des associations partenaires sous forme de don.

Phénix, la jeune pépite qui vient tout juste de lever 15 millions d’euros pour continuer son développement est née quelques années après en 2015. L’entreprise assure de la même façon un lien permanent entre les acteurs de la grande distribution et des associations comme les restos du coeur.

Ces start-up fonctionnent grâce à un ensemble d’outils permettant la collecte des denrées invendues auprès des entreprises, le transport des produits en toute sécurité et la distribution des dons aux associations. Ces outils numériques permettent surtout de simplifier les process administratifs et de réduire le temps de gestion. Ils apportent également un suivi et des données de reporting performantes.

Les fondateurs de Comerso, start-up qui réduit le gaspillage alimentaire
Les fondateurs de Comerso, start-up qui valorise les invendus. Photo : Comerso

Le modèle économique de ces plateformes repose sur les commissions réalisées sur la défiscalisation des entreprises. Un modèle qui leur permet aujourd’hui de s’étendre en France comme à l’étranger tout en ayant un impact positif sur la réduction du gaspillage alimentaire par les professionnels.

Au total, Comerso et Phenix permettent aujourd’hui de livrer près de 5 millions de repas par mois aux associations. Et les deux entreprises ne s’arrêtent pas là, puisqu’elles étendent également leur savoir-faire aux données non-alimentaires comme les fournitures scolaires, le mobilier ou les chaussures.

Car tous les déchets ont de la valeur.

Réduire le gaspillage alimentaire des commerçants de proximité

Too Good To Go c’est la lutte contre le gaspillage alimentaire à portée de smartphone. Fondée par Lucie Basch en 2016, cette application met en relation les commerçants de proximité avec les particuliers. L’objectif ici est de réduire le gaspillage alimentaire en permettant d’écouler les invendus de fin de journée.

Le fonctionnement de l’application est simple : elle géolocalise l’utilisateur pour lui indiquer des commerces qui ont des produits invendus à proximité. Chaque commande permet la préparation d’un panier au prix réduit, souvent entre 2 et 8 euros.

De cette manière, les commerces récupèrent de l’argent sur des produits qu’ils auraient jetés. Les utilisateurs se régalent à petit prix. Et la start-up récupère une commission sur chaque transaction. Un deal gagnant-gagnant qui permet de sauver chaque jour près de 7 tonnes de nourriture.

Lucie Bash, fondatrice de l'appli Anti-gaspillage alimentaire To Good To Go
Lucie Bash, fondatrice de l’appli Anti-gaspi To Good To Go. Photo : Too Good To Go

Depuis septembre 2018, la start-up travaille également avec des acteurs de la grande distribution. Elle mène aussi une campagne de sensibilisation autour des dates de péremption. En effet, ces dates qui ne sont pas toujours très claires sont responsables de 20% du gaspillage dans les foyers.

La jeune entreprise s’investit aussi auprès des associations. Chaque utilisateur peut ainsi reverser une somme – 2€ – afin que de repas soient distribués aux personnes dans le besoin.

Sur ce créneau des applications anti-gaspi, on retrouve également d’autres acteurs comme par exemple Optimiam. Signe que le croisement de la technologie et de l’environnement est aujourd’hui capable d’un dynamisme à la fois économique et social.

Est-ce que leurs modèles resteront viables à l’avenir ? C’est une question très incertaine mais en tout cas, dans l’intervalle, cela permet de réduire le gaspillage alimentaire. Il faut s’en féliciter.


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