Le secteur des transports est le seul en France dont les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté ces vingt dernières années. Il représente environ un tiers de ces émissions sur le territoire national. En outre, il dépend à 94% des carburants fossiles. 

S’il est envisageable dans les centres urbains d’accélérer le développement des mobilités douces, la question est plus délicate dans les territoires ruraux où l’usage de la voiture est un impératif. Pour faire face à cet enjeux, les regards se tournent aujourd’hui vers la voiture électrique. A tel point que le gouvernement espère qu’il soit vendu 4,8 millions de véhicules électriques d’ici 2028.

Cependant, la voiture électrique est-elle vraiment la solution pour rendre nos transports plus propres ? Si elle permet sans aucun doute d’améliorer la qualité de l’air dans nos villes, son efficacité repose sur un certain nombre d’inconnues, comme le développement d’une filière de recyclage pour les batteries ou encore notre capacité à proposer une électricité bas-carbone.

voiture Waymo


Des véhicules électriques pour améliorer la qualité de l’air

Si le développement des voitures électriques est attendu, c’est qu’il a pour avantage de ne pas trop polluer. Aussi, le fait que les voitures électriques remplacent petit à petit les véhicules thermiques dans le parc automobile français devrait permettre d’améliorer la qualité de l’air dans le pays. Au moins dans les villes.

Pour autant, ces véhicules ne sont pas tout à fait exempt de pollution car le phénomène d’abrasion des pneus, des revêtements routiers ou des freins, n’est pas supprimé. Et ces phénomènes produisent des particules fines. Néanmoins, la réduction des émissions reste significative et représente un atout conséquent pour la qualité de l’air.

En effet, le véhicule électrique se distingue du véhicule thermique par l’absence d’émissions de polluants (dioxydes d’azote notamment) à l’échappement. Selon l’étude « En route pour un transport durable » publiée en 2015 : à l’échelle d’un parc de 4,4 millions de véhicules électriques en 2030, les émissions de polluants atmosphériques des véhicules légers pourraient être réduites d’environ 72% pour le dioxyde d’azote et de 92% pour les particules fines (PM10). 

Pollution de l'air à Paris
Le secteur des transports est le seul en France dont les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté depuis 1990. 


L’économie circulaire : maillon essentiel de l’électromobilité

Le secteur des voitures électriques peut-il être viable sans le développement en parallèle d’une filière de recyclage ? A priori non, et cette filière devra s’organiser autour de l’économie circulaire. 

A l’heure actuelle, le secteur automobile traditionnel a déjà réussi à optimiser ses processus de production et a atteindre des taux de recyclage des matières allant jusqu’à 85%. Il est bien évidemment nécessaire que les véhicules électriques suivent la même logique. Avec notamment une attention forte portée sur le recyclage des batteries. 

Sur ce point, il s’avère qu’en Europe – depuis 2006 – la loi impose aux sociétés automobiles de recycler au moins 50 % de la masse des batteries lithium-ion. Ce qui est ciblé de manière privilégiée sont les ressources minérales (cobalt, manganèse, nickel, cuivre, lithium). Ces fameux métaux rares dont l’extraction est elle-même écologiquement douteuse. Cependant, ce chiffre de 50% pourrait être augmenté largement. Cela permettrait aussi de recycler les matières plastiques et aluminium qu’on retrouve sur ces batteries. 


Donner une seconde vie aux batteries lithium-ion

Mais un autre point intéressant concernant les batteries, c’est la possibilité de leur donner une seconde vie. En effet, quand une batterie a perdu une partie importante de sa capacité initiale, elle est souvent remplacée pour une batterie neuve. L’ancienne peut alors être collectée et reconditionnée pour servir de moyen de stockage d’électricité. L’énergie ainsi stockée peut être réinjectée quand la demande électrique est importante, ou servir pour des usages d’autoconsommation.

La seconde vie prolonge ainsi l’usage des batteries de manière significative, au-delà de sa première vie dédiée à la mobilité. Et cela en apportant une valeur-ajoutée à d’autres filières comme celle du bâtiment ou de l’éclairage urbain. 

Ainsi, pour un stock de batteries d’environ 960 000 unités (d’après les estimations contenue dans la PPE 2016 pour le parc automobile français de 2020) on pourrait imaginer en 2030 avoir grâce aux batteries en seconde vie une capacité de stockage de 8 TWh par an. Un impact non-négligeable si la filière est en place. 

À l’évidence, la souveraineté de la France ou, à minima de l’Union Européenne sur la conception des batteries lithium-ion semble également un pré-requis pour réussir la conversion du parc automobile français vers l’électrique. Un sujet qui pourrait redevenir sensible suite à la crise sanitaire du Covid-19 ; qui nous a fait prendre conscience des limites de notre dépendance aux exportations venant d’Asie. À ce sujet, l’Europe planche d’ailleurs sur une sorte “d’Airbus des batteries électriques”. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

À lire sur ce sujet : Total et PSA s’allient pour développer un géant des batteries lithium-ion

des voitures thermiques sur une route au coucher du soleil
Les émissions de dioxyde d’azote pourrait être réduit d’environ 72% et celles des particules fines PM10 de 92%.


Créer des infrastructures adéquates

Autre sujet concernant le développement des véhicules électriques, ce sont les infrastructures et services associés. Nous avons mis des dizaines d’années à constituer sur le territoire national un maillage conséquent, par exemple, de station-service. Qu’en sera t’il des bornes de recharges pour les véhicules électriques ?

Le gouvernement, à travers la Loi Mobilité, souhaite multiplier par 5 le nombre de bornes de recharge sur le territoire d’ici 2022. Pour cela, les autorités souhaitent par exemple rendre l’installation des bornes obligatoires dans les parkings de plus de dix places. Elles devront aussi être gratuites pour les employés sur leur lieu de travail. Et le coût d’installation de ces bornes dans les parkings devrait être rapidement divisé.

Par ailleurs, de nombreuses jeunes entreprises investissent aujourd’hui ce créneau afin de faciliter l’installation, la maintenance, l’interopérabilité (entre pays européens, par exemple), mais aussi l’acte de la recharge pour les utilisateurs. Un pré-requis pour démocratiser son acceptation par les usagers.

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À condition d’un mix énergétique qui fait la part belle aux EnR

Enfin, si le développement des voitures électriques est essentiel et si une filière de recyclage est mise en place pour assurer sa croissance, tout se joue malgré tout sur l’aspect énergétique.

En effet, l’impact d’un véhicule électrique sur le climat se situe principalement lors de la phase de production (à hauteur de 75%). Notamment sur celle de la batterie compte tenu de l’énergie consommée pour extraire et transformer les ressources minérales qui servent à sa conception. 

Mais l’autre déterminant de l’impact environnemental du véhicule électrique concerne les modalités de production de l’électricité utilisée pour rouler. Car si l’électricité qui alimente la batterie a été produite dans des centrales fonctionnant aux énergies fossiles, alors à quoi bon ?

A l’inverse, un mix électrique reposant largement sur les énergies renouvelables permet de réduire l’impact environnemental de la voiture électrique. Cette question doit donc accompagner le développement de la filière. Aussi l’efficacité de la transition énergétique sera un des points clés de la transition de nos transports. En France, sur ce sujet, nous avons cependant la chance de bénéficier déjà d’un mix énergétique largement bas-carbone.

Et finalement, l’enjeu principal des véhicules électriques consiste donc à créer des synergies viables et efficaces entre le secteur des énergies renouvelables, les constructeurs automobiles et des acteurs de l’économie circulaire. Et à terme, de trouver une solution pour mieux gérer l’impact environnemental de l’extraction des matériaux nécessaire à sa conception. 


Pour aller plus loin :

L’étude de la FNH

Le développement des véhicules propres – site du ministère de la transition écologique