Les émissions de gaz à effet de serre du numérique représentent 4% de nos émissions mondiales cumulées. C’est plus que les émissions du secteur aérien. Et ce chiffre pourrait encore s’élever à l’avenir face à la multiplication des objets numériques que nous utilisons. En particulier pour le développement d’outils de divertissement mais aussi, et surtout, des objets connectés qui se répandent.

Cette pollution numérique a été souvent médiatisée sous l’angle du stockage des emails ou encore du streaming vidéo. Deux aspects qui nous empêchent de regarder le véritable enjeu de la sobriété numérique : à savoir que l’empreinte carbone du secteur est tout d’abord engendrée par la production de nos équipements : écrans, ordinateurs, smartphones, tablettes, etc.

En outre, la pollution liée au numérique est également liée à la consommation électrique des datacenters. Leur nombre s’élève à plus de 4 000 dans le monde et la France en comptait 156 en 2016. Et plus nous sommes connectés, plus nous utilisons de devices, plus nous consommons d’objets ou de services numériques, et plus le nombre de ces data centres augmente. En France, ils représentaient 8% de la consommation nationale d’électricité en 2016. En partie à cause de la climatisation nécessaire pour éviter leur surchauffe, qui représente 50% de la consommation d’électricité totale des datacenters.

Mais au lieu de dépenser des sommes folles en climatisation, la récupération de cette chaleur fatale des centres de données est au coeur de multiples innovations depuis quelques années. C’est par exemple ce que propose l’entreprise Neutral-IT, un hébergeur éco-responsable qui utilise la chaleur de ses serveurs afin de chauffer des bâtiments.

piscine de la Butte aux cailles
À Paris, les bassins de la piscine de la Butte aux cailles sont chauffés grâce à la chaleur produite par des centres de données


D’un système de chaudière à une solution d’hébergement

La genèse de l’entreprise est en partie liée à une panne de climatisation. Christophe Perron, co-fondateur de Neutral-IT, était responsable de salles serveurs. Un jour, la climatisation d’une de ces salles est tombée en panne. La chaleur de la pièce s’est donc élevée à 40°C, provoquant une prise de conscience chez le futur entrepreneur : “Je me suis dit que c’était dingue d’utiliser toute cette énergie pour absorber de la chaleur, alors que la chaleur on en a besoin tous les jours, ne serait-ce que pour chauffer l’eau de la douche“.

En 2013, il décide donc de créer un système de chaudière numérique à travers une première société, Stimergy. Le principe est simple : récupérer la chaleur émise par les serveurs pour la transmettre à l’eau sanitaire des bâtiments ou même des piscines. Aujourd’hui, la marque a pris le nom de Neutral-IT et propose, en plus de chaudières, un nouveau service d’hébergement web éco-responsable à partir de ses centres de données.

L’entreprise installe alors ses “mini-datacenters” dans les chaufferies. En pratique, les datacenters, qui ont été légèrement modifiés, sont immergés dans de l’huile. S’effectue ensuite un processus d’échange où l’huile qui sert à refroidir les éléments du serveur récupère la chaleur qui s’en émane. Ces calories qu’elle absorbe sont ensuite redirigées vers le ballon d’eau chaude qui alimente le bâtiment. En tout, de 10 à 50 logements sont à même d’en bénéficier, au même prix que le gaz. Grâce à ce concept, l’entreprise parvient à revaloriser 96% de l’énergie consommée par ses serveurs.

chaudière neutral-IT
Une chaudière numérique de Neutral-IT installée à Lyon


Un bilan carbo-négatif pour Neutral-IT

Ce dispositif permet de revaloriser l’énergie consommée par les serveurs et d’économiser la consommation de gaz naturel ou d’électricité pour le chauffage. L’entreprise a même réalisé une analyse de cycle de vie (ACV) de ses services pour avoir une idée de son impact environnemental. “Cette ACV montre que nous sommes performants en termes d’émissions de GES puisque nous évitons plus d’émissions de CO2 que ce que nous émettons” explique Christophe Perron. De plus, l’entreprise réduit la nécessité d’extraire des ressources du sol (terres rares…) grâce au choix de ses serveurs informatiques. Elle permet aussi d’économiser 35% d’eau par rapport à un autre service d’hébergement web.

Des TPE et PME peuvent donc s’insérer dans une démarche éco-responsable en choisissant de faire héberger leur site web ou leur application numérique chez Neutral-IT pour un coût assez semblable à ce que proposent les autres acteurs du marché. Il est possible d’installer ces datacentres dans ses propres locaux afin de faire d’une pierre deux coups. Enfin, cette chaudière écologique est également un atout pour les collectivités qui équipent leurs logements collectifs de ce dispositif.

Située à Paris et comptant trois salariés, Neutral-IT a déployé son service pour une trentaine d’entreprises à date et compte ainsi une dizaine de datacentres en Ile-de-France (qui s’apprête à en accueillir trois nouveaux), à Lyon, à Lille et à Nantes. Leur objectif est de continuer à les exploiter en commercialisant davantage leurs services informatiques et d’héberger le plus de services numériques possibles afin de contribuer à rendre le numérique plus écoresponsable.  

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