En 2016, Erwin Faure mesure l’ampleur des dégâts écologiques imputables aux mégots de cigarettes et découvre que les solutions viables sont inexistantes en France. Avec ses associés, Sandrine Poilpré et Édouard Vergé, il se lance donc dans l’entrepreneuriat social en créant ÉcoMégot.

Car la lutte contre le tabagisme ne concerne pas uniquement le domaine de la santé. L’environnement est aussi fortement impacté par cette industrie. En particulier via les mégots de cigarettes qui finissent leur vie dans la nature plutôt qu’à la poubelle. Il suffit d’un seul mégot pour polluer 500 litres d’eau, d’après le Centre d’Information sur l’Eau. Et pour avoir un ordre de grandeur du problème : on estime qu’environ 100 000 mégots sont par exemple jetés à Marseille toutes les heures (selon les chiffres de l’association Recyclop). Chaque année, 2 milliards de mégots sont ainsi ramassés rien qu’à Paris. Et au total, en France, 30 milliards de mégots de cigarettes sont jetés.

Le mégot de cigarette est aussi le second déchet le plus présent sur les plages et littoraux. L’enjeu est donc de taille. La solution passe par plusieurs canaux, qu’ÉcoMégot a identifiés pour proposer une réponse complète face à ce fléau. La sensibilisation des citoyens, entreprises et collectivités est un premier pas à ce sujet pour prendre conscience des conséquences environnementales de l’acte de fumer : de la pollution des eaux à l’acidification des sols, en passant par les dégâts que cela cause sur la biodiversité et la santé.

mégot de cigarette sur une plage


Sensibiliser, collecter, recycler

La sensibilisation et la communication pour lutter contre la pollution des mégots est donc au coeur de l’activité d’ÉcoMégot. “Pour nous, la partie sensibilisation est très importante parce que le but est de changer les comportements. Mais les demandes restent personnalisables et s’adaptent aux besoins des entreprises et des collectivités. S’ils ont déjà des cendriers ou un système de collecte, on ne va pas leur demander d’en changer. Nous ne sommes pas là pour leur faire jeter les cendriers actuels, qui deviendraient des déchets” explique Sandrine Poilpré, co-fondatrice de la structure.

Car en plus de la sensibilisation, la startup commercialise à ses clients des points de collecte et des cendriers adaptés et personnalisables. Ce qui lui permet de collecter les mégots et de les orienter vers des filières de recyclage. La plupart du temps, ils servent à concevoir des panneaux de sensibilisation. L’entreprise fait aussi du consulting et des filiales associés ont déjà été créées pour répondre à d’autres besoins et trouver des solutions à d’autres déchets, trop peu collectés et/ou recyclés comme les chewing-gum ou les masques chirurgicaux. À terme, l’entreprise, déjà présente sur tout le territoire français, souhaite s’exporter hors de France.

Une ascension inspirante pour une entreprise qui, à l’instar de nombreuses structures de l’économie sociale et solidaire, a connu des débuts difficiles. “En tant qu’association qui travaille dans le domaine de l’environnement, le premier frein, c’est que beaucoup pensaient que nous étions une solution gratuite. La partie vente a été longue et compliquée, mais maintenant c’est rentré dans les moeurs, tout le monde comprend que ce sont des produits et des prestations comme les autres“.

cendrier


Un parcours inspirant pour l’entrepreneuriat durable

Avoir un business modèle viable qui ne repose pas uniquement sur les subventions publiques est un enjeu majeur pour les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Mais l’exemple d’ÉcoMégot prouve que ces sujets intéressent. Et intéressent aussi les investisseurs. L’entreprise a ainsi pu effectuer une levée de fonds en 2019 auprès de particuliers et de la caisse des dépôts, qui lui a permis de réunir 200 000€.

Deux ans plus tard, leur chiffre d’affaires s’élève aux environs d’1,5M€ et l’entreprise possède désormais des antennes à Bordeaux et Lyon. Elle compte en ouvrir une autre en Île de France sous peu et embauchera 7 salariés d’ici la fin de l’année, passant ainsi ses effectifs de 18 à 25 salariés.

Depuis la création de l’éco-organisme Alcome qui va aider financièrement les entreprises du secteur, la concurrence s’est accrue sur ce secteur. D’autant qu’ÉcoMégot n’est pas la seule à recycler les mégots. Cependant, il y a de la place pour plusieurs acteurs car le marché est important et il y a encore de nombreuses solutions à trouver, des mégots à collecter et des actions de sensibilisation à mener. D’autant plus que beaucoup de collectivités territoriales et entreprises n’ont pas encore sauté le pas pour collecter correctement les mégots de leurs fumeurs.

Les solutions à ce sujet sont variées. Certaines entreprises utilisent les mégots collectés pour fabriquer du mobilier urbain, comme Cy-Clope ou même des matériaux isolants pour doudounes comme TchaoMégot par exemple. Et la filière REP mise en place par la loi AGEC va continuer de dynamiser le secteur. Cependant, les clients devront rester vigilants à la pertinence des nouveaux projets qui vont être proposés. Le but ne doit pas être de déculpabiliser les fumeurs, puisque leurs mégots seraient collectés voire recyclés. Il reste crucial de les sensibiliser à jeter leur mégot dans des points de collecte ou dans des cendriers de poche et de veiller à leur recyclage à chaque fois. Mais aussi peut-être de sensibiliser pour lutter directement contre le tabagisme.

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