Corail Artefact est un projet extraordinaire qui réunit trois acteurs incongrus : une fabrique de dentelle du Puy-en-Velay, un artiste et une scientifique du muséum national d’histoire naturelle. Ensemble, ces 3 compagnons cherchent une solution pour sauver les barrières de corail menacées par la pollution. 

Comment et pourquoi ? Tout provient au départ d’une découverte hasardeuse : le point d’esprit – un motif de dentelle travaillé depuis plus de 400 ans – ressemble à la perfection au dessin d’un squelette corallien. 

expérience de laboratoire où des larves de corail se développent sur de la dentelle
Des larves de corail se développent sur un échantillon de dentelle : photo Corail Artefact

Utiliser la dentelle pour sauver le corail

C’est l’artiste Jérémy Gobé qui fait cette découverte en 2017. Cela fait plusieurs années qu’il travaille à prolonger, dessiner et sculpter des squelettes de coraux dénichés à Emmaüs. Mais ses travaux l’amènent surtout à s’intéresser aux vieilles industries qui laissent les ouvriers sans ouvrage et des matières sans ouvriers.

Un jour qu’il visite la SCOP Fontanille, une fabrique de dentelle du Puy-en-Velay, son regard s’attarde sur un motif particulier. Un motif qui ressemble à la perfection à ces squelettes de coraux qu’il connaît si bien. Ce motif, c’est le point d’esprit. Il existe depuis plus de quatre siècles et il pourrait bien être le point de départ d’une découverte majeure pour la sauvegarde de la biodiversité marine. 

En effet, la dentelle est une matière végétale et biodégradable. On pourrait donc imaginer que le corail s’y fixe et, lorsqu’il est suffisamment solide, que le squelette de dentelle disparaisse petit à petit pour laisser place à un récif 100% naturel. De fait, cela permettrait de régénérer des récifs coralliens endommagés voire d’en créer de nouveaux. 

Pour valider cette hypothèse, l’artiste crée le projet Corail Artefact en partenariat avec la fabrique de dentelle, mais aussi avec Isabelle Domart-Coulon, scientifique française dont les travaux sur le corail sont une référence internationale. 

motif de dentelle découpé avec des ciseaux
le point d’esprit  ressemble au dessin d’un squelette corallien – photo : Corail Artefact


Art, science et industrie au service de la biodiversité

La beauté de ce projet est notamment de confronter 3 mondes que tout oppose sur un même sujet. L’artiste dessine des motifs inspirés des squelettes de coraux. La SCOP Fontanille développe sur la base de ces motifs une dentelle unique au monde. Cette dentelle sert aux scientifiques à tester la régénération des récifs de corail. 

Aujourd’hui, les premières expériences portent leurs fruits. L’équipe scientifique a testé dans un premier temps la compatibilité du corail avec la dentelle. En laboratoire, des échantillons de dentelle ont été mis en contact avec des larves de corail. Celles-ci y adhèrent et entament leur développement. C’est bon signe. 

L’année prochaine, l’équipe va tester en conditions réelles ce développement afin de s’assurer que le développement des larves permet bien de créer des colonies de corail à terme. Et si cela fonctionne, l’artiste Jérémy Gobé prévoit déjà de modifier le support afin de le rendre plus écologique. 

En effet, le coton n’est pas produit en France. Pour réduire l’empreinte carbone de ces nouveaux récifs coralliens, il faudrait donc les concevoir en chanvre ou en lin. Reste à voir, cependant, si le développement des structures d’impression 3D ne sera pas plus probant d’ici là pour la sauvegarde du corail. 

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La perte du corail serait un désastre pour la biodiversité

Perdre quelques récifs coralliens pourrait ne pas forcément être une catastrophe plus triste que les autres, à l’heure où toute la biodiversité semble s’éteindre. On s’offusque de la perte des oiseaux ainsi que de celle des insectes mais également de celle des grands mammifères. Alors pourquoi s’intéresser à la sauvegarde du corail ? 

Une raison simple en vérité : le corail abrite 25% de la biodiversité marine de la planète. S’ils meurent, c’est un quart des organismes marins qui disparaissent. Et cela entrainerait une réaction en chaîne compromettant la vie dans les océans, mais aussi la vie sur terre. C’est à dire la nôtre. 

Aujourd’hui, la majorité des récifs sont endommagés. Et ces récifs ne se trouvent pas uniquement dans des régions exotiques. On en retrouve par exemple au large de la Norvège ou dans la Méditerranée. Par ailleurs, ces organismes forment également des barrières naturelles contre les phénomènes climatiques dangereux comme les ouragans. 

On estime aujourd’hui qu’un quart des récifs coralliens mondiaux à déjà subi des dégâts irréversibles et qu’environ deux tiers d’entre eux sont gravement menacés. Ces menaces sont liées à l’activité humaine (tourisme, surpêche, pollution de l’eau) ainsi qu’aux phénomènes climatiques dont l’homme est en partie responsable (réchauffement et acidification des eaux). 

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les récifs coralliens abritent une biodiversité marine sans égal
25% des organismes marins doivent leur survie au récifs coralliens.