« Aujourd’hui, l’agriculture a besoin de répondre à l’augmentation de la demande mondiale. Il faut donc opérer une reconquête des terres agricoles alors qu’elles sont menacées, d’une part, par les changements climatiques qui affectent les rendements et, d’autre part, par le développement des énergies renouvelables. Mais la question qu’il faut se poser, c’est : est-ce que l’agriculture et les panneaux solaires peuvent faire bon ménage ? C’est la question qu’on s’est posé et c’est comme ça qu’est né Sun’Agri »

CEO de Sun’R, un acteur spécialiste du solaire photovoltaïque, Antoine Nogier lance le programme Sun’Agri en 2009 afin de relever le défi de l’agrivoltaïsme, où comment tirer profit des panneaux solaires photovoltaïques afin d’aider les agriculteurs à s’adapter aux conséquences du changement climatique. Un programme en 4 phases dont les premiers essais s’avèrent prometteurs.

En 2009, on lance une phase de recherche fondamentale. Ce qu’on a d’abord essayé de comprendre, ce sont les phénomènes d’ombrages intermittents sur les cultures et leurs avantages potentiels. On a assez vite démontré que, sans pilotage intelligent, c’est difficile d’être efficace car il faut donner aux plantes un éclairage qui varie au cours de la journée, mais aussi au cours des saisons, de façon à pouvoir laisser la photosynthèse s’installer pleinement tout en les protégeant lorsqu’elles souffrent ou dépensent de l’énergie.

En 2013, le programme entre dans une nouvelle phase pour concevoir l’intelligence qui va permettre à ces ombrières photovoltaïques d’aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique. Des tests sont ensuite effectués sur deux types de cultures : la laitue et la vigne. Depuis 3 ans, le programme est entré dans sa troisième phase, celle qui consiste à réaliser des tests en conditions réelles. La commercialisation devrait intervenir l’année prochaine.

La recherche agronomique mondiale a toujours considéré le climat comme une donnée qu’on ne peut pas contrôler. Mais si je modifie les paramètres micro-climatiques, est-ce que je suis capable d’améliorer ma performance ?


L’agrivoltaïsme, sorte d’agroforesterie moderne ?

Sun’Agri se positionne aujourd’hui comme le pionnier de l’agrivoltaïsme, si ce n’est l’inventeur de cette pratique qui commence à être reconnue pour son efficacité. Le CEREMA vient d’ailleurs de l’intégrer dans son référentiel d’outils pour l’adaptation au changement climatique. Un système qui rappelle pourtant l’agroforesterie, une pratique ancienne qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène à la faveur du développement de l’agroécologie.

« Dans les Pyrénées-Orientales, dans les temps anciens, il y avait souvent des abricotiers qui étaient plantés au milieu des vignes pour donner un peu d’ombre aux cultures. Mais tout ça a disparu au milieu du 20ème siècle, quand on est entré dans une agriculture plus intensive, où l’on a arraché les haies et enlevé les cultures mixes, les arbres… et ce savoir-faire a disparu » précise le fondateur de Sun’Agri. « Mais l’agrivoltaïsme, en somme, c’est une sorte de système agroforestier piloté intelligemment »

Les tests réalisés au sein de 3 exploitations depuis 2017 – plus de 5 hectares de cultures sous ombrières photovoltaïques dans le sud de la France – tendent aujourd’hui à prouver l’efficacité du système sur différentes cultures, notamment des vignes et des vergers. « On a des résultats spectaculaires sur les pommiers pour limiter les arrêts de croissance dues aux excès de chaleurs durant les canicules. Les ombrières permettent aussi de réduire de près de 60% le stress hydrique, et on a des diminutions de la consommation d’eau qui peuvent aller jusqu’à 30%, sur des systèmes d’irrigation au goutte à goute, c’est à dire des systèmes déjà optimisés » ajoute l’entrepreneur.

Mais dans cette équation, qu’en est il réellement de la production d’électricité et de son intérêt dans le dispositif ?

Le danger de l’agrivoltaïsme, c’est de privilégier la production d’électricité à la protection des plantes.


Donner la priorité à la protection des plantes

Concrètement, Sun’Agri est un fournisseur de technologie, qui ne vend pas de matériel, mais un système de pilotage intelligent des ombrières. Système conçu en partenariat avec la startup française ITK, spécialiste en matière d’aide à la décision appliquée au secteur agricole. En parallèle, Sun’Agri propose également un accompagnement pour monter les projets en coopération avec les agriculteurs et les exploitants photovoltaïques qui assurent la maintenance des ombrières.

Mais l’entreprise d’Antoine Nogier se positionne également comme un tiers de confiance dans ce système, afin de garantir que la priorité à la question agricole est toujours respectée. « Le danger de l’agrivoltaïsme, c’est de privilégier la production d’électricité à la protection des plantes. Or, l’efficacité du système n’existe que si la priorité est donnée à la plante et à sa croissance et qu’il n’y a pas de compromis avec la production d’électricité ».

Mais pourquoi alors, des ombrières photovoltaïques ? « On peut aussi bien parler de persiennes agricoles, sans production d’électricité. On travaille aussi sur ce type de projets. Le fait que les panneaux soient solaires c’est parce que cela à un intérêt économique » ajoute l’entrepreneur. Car même si la production d’électricité est minime, elle permet soit de réaliser des économies sur la consommation de l’exploitation agricole, soit de dégager des revenus complémentaires par la revente de l’électricité produite. Un bonus, donc, mais pas une finalité.

Pour le moment, Sun’Agri est lauréat de 37 projets issus des appels d’offres pour les projets agrivoltaiques et devrait commencer à industrialiser son procédé dans le courant de l’année. L’entreprise fait également des émules avec le développement récent de la startup Ombrea, qui développe également des ombrières intelligentes destinées à protéger les cultures.

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