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Ville durable

Des parkings mutualisés et souterrains pour décarboner les villes- 6 minutes de lecture

Dans les villes d’aujourd’hui et les smart city de demain, les places de stationnement disparaissent petit à petit au profit d’infrastructures pour les mobilités douces. Dès lors, comment (ré)inventer le stationnement en ville ? Éclairage avec William Rosenfeld, CEO de la start up Zenpark.


C’est une constante dans les villes d’aujourd’hui et les smart city de demain : l’aménagement urbain doit être repensé pour accorder plus de place aux mobilités douces (pistes cyclables, trottoirs) et aux transports en commun. D’ailleurs, de plus en plus de villes réfléchissent à bannir littéralement les voitures de leurs centre-ville. C’est par exemple le cas de Pontevedra en Espagne. C’est aussi le souhait d’Oslo qui vise à devenir la première capitale “sans-voitures”. Et pour cela, la première mesure qui est mise en place, c’est de supprimer les places de stationnement.

Ou plutôt de les réallouer, comme nous le précise William Rosenfeld, CEO et co-fondateur de la startup Zenpark. Un service de stationnement intelligent lancé en 2013 et pionnier en France des problématiques de parking partagé et mutualisé. En effet, en moyenne en Europe, 25% du trafic automobile en ville est lié à la recherche d’une place de stationnement. Donc les villes cherchent à supprimer ces externalités négatives pour améliorer la qualité de l’air. D’où l’importance de repenser le stationnement pour le rendre plus fluide, plus accessible et adapté à des plans d’urbanisme qui n’en veulent plus sur la voirie.

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Développer le partage des parking existants

D’après l’APUR – l’Agence Parisienne d’Urbanisme – 14% du stationnement résidentiel a disparu ces dernières années. Une tendance qui devrait s’accentuer dans les années à venir. Pour cette raison des entreprises comme Yespark se sont lancés sur le marché de la location longue durée de places de parking dans les parkings, souvent en sous-sol. Car l’avenir du stationnement est souterrain. Mais cette logique ne permet pas de traiter le problème dans son intégralité. “Aujourd’hui 80% des parkings publics en ville se situent dans un espace qui correspond à 30% de la surface de la ville. Principalement en hyper centre. Donc ça veut dire que 70% de la surface des villes n’est pas couverte par des solutions de stationnement. Et jusqu’ici, la seule possibilité, c’était de garer sa voiture dans la rue. Demain, ça ne sera plus possible. Donc il faut proposer des alternatives dans ces zones où le stationnement est en tension” explique William Rosenfeld.

Et pour le fondateur de Zenpark, la solution réside d’abord dans le fait de proposer un réseau dense d’offres de stationnement en travaillant avec des acteurs privés. “on s’est concentré d’abord sur la construction du réseau avec des bailleurs sociaux, des hôtels, quelques administrations comme la CCI de Paris par exemple, et puis des spots de bureaux, des supermarchés, etc. En fait, 5 millions de places de parking sont disponibles en France dans les parcs privés, et sont peu ou mal utilisés”. En effet, un parking d’entreprise aura tendance à être vide la nuit et les week-end. À des moments où ils pourraient être utilisés par des particuliers. Un point fondamental du modèle de Zenpark pour qui il faut proposer des offres de location courte et moyenne durée, c’est à dire pour quelques heures ou quelques jours. “Sur les 25% de trafic lié à la recherche d’une place de stationnement, 2% concerne les résidents. Donc 98% des externalités négatives, ce sont des personnes qui ont besoin de stationner sur courte et moyenne durée”.

Pour cela, la start up s’appuie avant tout sur un apport de la technologie. Car la location courte durée est très difficile à mettre en place. “En fait, si un utilisateur réserve une place de parking pour 2 heures, on a de grandes chances que ce soit en vérité 2h15. Et celui qui a réservé l’heure d’après, peut être qu’il va arriver 5 minutes en avance. Et à chaque utilisation, ce comportement se répète. Donc pour apporter une réponse satisfaisante, on a besoin de comprendre les usages.” précise William Rosenfeld. Pour cela, les 1000 parkings proposés en France et en Belgique par l’entreprise sont entièrement connectés. C’est d’abord un apport serviciel (une application pour localiser et réserver les parkings à proximité). Mais derrière, il y a de l’algorithmie et du machine learning. “On apprend la manière dont nos usagers fonctionnent. Via les entrées, les sorties, les temps d’occupation et d’autres données, on va être capable de définir des patterns d’utilisation qu’on analyse en temps réel de façon à ce qu’on puisse laisser des marges suffisantes pour qu’il y ait toujours des places disponibles pour les clients”.

parking souterrain


Le parking mutualisé : le futur du stationnement ?

Aujourd’hui, Zenpark compte 300 000 utilisateurs et 1 000 parking dans toute la France. Mais si cette solution de parking partagé fonctionne bien sur de l’existant, l’entreprise vise une autre manière de concevoir le stationnement sur des parkings neufs qui seront mutualisés. Une solution qui pourrait être l’avenir du stationnement pour les villes de demain.

“La différence entre le parking partagé et le parking mutualisé, elle se fait à 2 niveaux. D’abord, le mutualisé, c’est sur des constructions neuves où l’on possède l’intégralité du parking, soit 550 places en moyenne (entre 90 et 2000 places, NDLR). Ensuite, sur le parking partagé, on a une algorithmie de matching qui est déterministe entre un utilisateur et une place de parking définie. Sur le mutualisé, toutes les places ont été vendues, donc en théorie, on est sur un taux d’occupation de 100%. Mais évidemment ça n’est pas la réalité. Du coup, on a développé une algorithmie statistique pour comprendre les usages et en optimiser le fonctionnement”.

Pour le fondateur de Zenpark, il s’agit ici du futur du stationnement car les villes ne veulent plus voir de parking pour chaque bâtiment et chaque usage. “Aujourd’hui, dans une zone qui sera construite, on ne vise qu’un seul parking qui va répondre à tous les usages : résidentiel, tertiaire, et qui, en plus, devra faire office de parking public. Ils sont situés en sous-sol, et en surface, il n’y a aucune possibilité de stationner hormis le stationnement de service (livraison)”. Or, comment proposer à des particuliers et des entreprises qu’un seul parking va répondre à leurs besoins ? Dans les faits, les premières expériences sont concluantes. “Le premier projet qu’on a fait dans ce sens, c’est le projet Smartseille à Marseille, avec Euromed et Eiffage. Sur un parking de 650 places dans un éco-quartier, on fait office de parking public pour les particuliers, les entreprises, un hôtel, des bailleurs sociaux. L’enjeu était énorme car il faut commercialiser à des propriétaires une place de parking qui ne leur appartient pas mais qui sera partagée, tout en leur garantissant qu’ils pourront se garer”. Un succès cependant pour cette start-up. “Grâce à l’analyse temps réel des usages, finalement, on a crée 30% de places supplémentaires”.

Grâce à cette stratégie, Zenpark se situe désormais à la frontière de l’immobilier et du stationnement. La start up construit des parkings et, de fait, permet de valoriser l’espace en sous-sol. Plus spécifiquement grâce à la technologie, au fait de connecter les parking, elle apporte de la valeur et du service. En somme, un meilleur stationnement, fluide et optimisé pour tous les usages. Le tout en sous-sol pour décongestionner les villes. Avec l’arrivée des véhicules électriques, la start up réfléchit déjà à équiper ses parkings de bornes de recharge et d’étendre sa palette servicielle.


Guillaume Joly. @guitjoly

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