DOSSIER DU MOIS

Chaque mois, Les Horizons approfondit une thématique sous forme de dossier. Il s’agit ce mois ci de réfléchir à un numérique qui serait plus durable.
Retrouvez ici l’intégralité des articles liés au dossier “En route vers la sobriété numérique



Si l’univers du numérique – équipements et services – est responsable aujourd’hui de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (avec une trajectoire à la hausse sur les prochaines années), il existe cependant de nombreux acteurs et solutions qui permettent dès aujourd’hui de réduire ce problème environnemental.

À l’échelle des particuliers sensibles au sujet, un certain nombres d’éco-gestes relativement simples à mettre en place existent. Ne pas laisser ses appareils en veille (surtout les téléviseurs) ou encore ne pas charger ses appareils durant la nuit.. Le numérique représente 13,5 % de la facture électrique des français et ces quelques gestes servent déjà à la réduire. Derrière, on pense aussi à d’autres gestes comme le fait de ne pas regarder systématiquement ses vidéos en HD ou encore nettoyer régulièrement sa boite mail ainsi que le propose par exemple l’outil Cleanfox.

Enfin, que ce soit pour les particuliers ou les professionnels, le réflexe de la réparabilité et de la seconde main doivent impérativement se développer pour permettre de réduire la pollution numérique.


Réparation, reconditionné, réemploi

D’après le site GreenIT, 85% des ordinateurs arrivant au Pérou pour être recyclés sont finalement réparés puis réutilisés dans le pays. Ce qui démontre bien que, dans une société du tout-jetable, on jette surtout des choses qui pourraient être en parfait état avec un tout petit peu plus d’efforts ou un tout petit peu moins de fainéantise.

Les concepts de réparabilité et de reconditionné sont ainsi deux grandes tendances à suivre en matière d’économie circulaire et s’appliquent parfaitement aux pratiques à suivre en matière de réduction de la pollution numérique. Ils permettent d’allonger la durée de vie des équipements. Une étape essentielle puisque c’est la fabrication de ces derniers qui est responsable de la majeure partie de la pollution numérique. La lutte contre l’obsolescence programmée fait aussi partie des solutions (à l’image de ce que propose l’association HOP) tout comme l’économie de la fonctionnalité – c’est à dire la location plutôt que l’achat – tel que le propose Commown.

Des acteurs émergent ainsi pour faciliter le déploiement de ces pratiques à la fois pour les professionnels et les particuliers. C’est ainsi le cas de la pépite française Backmarket, leader sur le marché du reconditionné. C’est aussi ce que proposent d’autres entreprises, à l’image de HelloZack, spécialisé sur les produits Apple ou encore comme Recommerce ou ATF Gaïa. Enfin, notons qu’il existe également des fabricants qui mettent la réparabilité et l’éthique au centre de leur modèle économique. C’est le cas de la marque Fairphone.

Enfin, une réflexion pourrait être portée voire encadrée sur certaines pratiques commerciales. D’abord, en ce qui concerne l’allongement de la durée de garantie légale des équipements numériques. Ensuite, la mise en place de systèmes de consignes (non pas pour le plastique) mais pour faciliter le recyclage de certains équipements pourrait fonctionner. Dernière roue du carrosse de l’économie circulaire, le recyclage s’avère parfois indispensable. Pourtant, le taux de collecte des DEEE en France est de seulement 45%. On peut faire mieux.

Le numérique représente 13,5 % de la facture électrique des français


L’éconconception des services numériques

L’écoconception des services numériques (un site web, une application mobile) devrait bientôt devenir une norme dans le vaste monde du numérique afin de réduire – dès le départ – leurs impacts environnementaux.

L’idée de cette pratique consiste à réduire la quantité de ressources nécessaires pour réaliser l’objet du service. Un guide de 115 bonnes pratiques existe d’ailleurs pour permettre de se lancer dans cette démarche. Qu’il s’agisse du code, du choix de l’hébergement, du nombre et de la capacité des serveurs, mais aussi de l’UX/UI du service, l’écoconception vise à enlever le superflu et se rapproche en cela des démarches Low-Tech.

Il faut aussi comprendre que cette démarche a pour but initial de réduire drastiquement la puissance informatique nécessaire à faire fonctionner le site ou l’application, ce qui permet de rallonger la durée de vie des terminaux utilisateurs et des serveurs (dont la conception est la première source de pollution numérique). Petit plus pour certaines entreprises : l’écoconception de vos sites doit permettre de les rendre plus rapide, un indispensable pour toute stratégie SEO.

Des acteurs comme Greenvision et Greenspector sont d’ailleurs spécialisés dans ces démarches pour accompagner les entreprises à repenser leurs infrastructures (gagner en efficacité énergétique) et leurs services numériques. Car au-delà du pur aspect environnemental, la sobriété numérique peut aussi devenir un vecteur de valeur ajoutée pour les entreprises.

85% des ordinateurs arrivant au Pérou pour être recyclés sont finalement réparés puis réutilisés dans le pays


Des opportunités pour les entreprises

La sobriété numérique ne doit pas non plus être vu comme une alternative écolo-décroissante incompatible avec la notion de business. Elle pourrait, au contraire, être un vecteur d’économies ou de valeur ajoutée pour un certain nombre d’entreprises.

D’abord en ce qui concerne la question des Ressource Humaines. Les signaux faibles qui montrent l’intérêt des jeunes générations pour les entreprises respectueuses de l’environnement et de la biodiversité ne cessent de se développer. Intégrer les pratiques de la sobriété numérique (écoconcevoir ses services numériques, utiliser des appareils reconditionnés) pourrait ainsi participer à l’attractivité d’une entreprise ou d’une marque… Et l’on sait toute la difficulté d’attirer et fidéliser les talents.

Par ailleurs, les principes de la sobriété pourraient aussi favoriser d’autres enjeux business comme la réduction des coûts de déploiement ou de maintenance des équipements, voire offrir de meilleurs perspectives en terme de scalabilité des services numériques.

Enfin, la notion du coût des équipements, que ce soit pour les grandes ou les petites structures, n’est pas à écarter. À très petite échelle, chez Les Horizons, nous avons par exemple testé d’acheter des écrans reconditionnés pour nos équipes. Guess what ? Ils fonctionnent aussi bien que des neufs. Pour cela, intégrer les impacts environnementaux du numérique comme critère de décision dans les politiques d’achat des entreprises et collectivités s’avère essentiel.

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