Le projet FAIRCHAIN est un projet initié par l’Union Européenne qui vise à réinventer le fonctionnement des supply-chain alimentaires en développant un système qui fait davantage la part belle aux petits acteurs et qui permet de réduire les externalités négatives du système agroalimentaire actuel. Autrement dit, l’objectif est de développer une chaîne de valeur à mi-chemin entre la chaîne longue qui garantit des prix bas ainsi qu’une optimisation des ressources et la chaîne locale qui assure une répartition souvent plus claire et plus juste des producteurs, mais qui ne permet pas de réaliser les mêmes économies d’échelle.

Ce projet espère inspirer les acteurs traditionnels à s’impliquer dans des chaînes plus justes en intégrant des innovations technologiques, organisationnelles et sociales. Pour rappel, une chaîne de valeurs alimentaires est constituée de toutes les parties prenantes qui participent aux activités coordonnées de production et d’ajout de valeur nécessaires pour produire des denrées alimentaires. Les chaînes imaginées par FAIRCHAIN doivent in fine permettre de proposer des nouveaux modèles économiques afin d’améliorer la compétitivité et la durabilité des systèmes agro-alimentaires de l’Union Européenne. “L’enjeu aujourd’hui est d’aider les petits et moyens producteurs de denrées alimentaires à élargir leur gamme et leur volume de produits locaux de qualité, développer de nouveaux marchés et augmenter les revenus agricoles, le tout de manière équitable et durable” explique Geneviève Gésan-Guiziou, chercheuse INRAE et coordinatrice du projet.

FAIRCHAIN est donc un projet européen qui doit se dérouler sur quatre années. Piloté par l’INRAE, il inclut vingt partenaires scientifiques, industriels et associations. Concrètement, cette expérience se traduit par six études de cas se déroulant dans six pays européens différents. Tous les acteurs du projet ont vocation à faire part de leur expérience pour que celle-ci puisse servir aux autres et préparer l’avenir. 

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Schéma de fonctionnement du projet FAIRCHAIN


Le cas français propose boisson à base de lactosérum

Derrière la variété des sujets expérimentés (récolte de baies en Suède, blockchain pour la traçabilité de la féta en Grèce), on retrouve une idée commune : la volonté d’apporter de la valeur par l’innovation. Concernant le financement, le budget est assuré par la Commission européenne.

Une des six études de cas se déroule en France. Dans l’Hexagone, l’objectif est de valoriser le lactosérum. Également appelé petit lait, ce produit est obtenu lors de la réalisation du fromage. Il est couramment utilisé pour produire du lait infantile. Le principe du projet FAIRCHAIN en France est d’intégrer ce lactosérum à une boisson fermentée afin de la commercialiser. Il s’agit d’un véritable défi puisque, pour être exploitable, ce co-produit doit être collecté très régulièrement, ce qui nécessite une excellente logistique. Cette production doit permettre de mieux répartir la valeur entre ceux qui la produisent et ceux qui la vendent. 

Pour le cas français il y’a en réalité deux innovations en développement : le développement de la boisson et la distribution de cette boisson qui doit être réalisée avec le moins de déchets possible. Le projet est chapeauté par l’INRAE, la matière première est apportée par la coopérative SODIAAL, les études en amont sont réalisées par ACTALIA, la boisson est développée par les laboratoires Standa, l’INRAE et ACTALIA. Le modèle de distribution revient à la start-up Petrel, une entreprise spécialiste de l’économie circulaire, impliquée récemment dans le projet Hub Vrac pour améliorer la gestion des déchets en amont de la filière vrac.

Le lactosérum du projet français


Penser une distribution avec le moins de déchets possible 

Créé en 2018 par Hugues Pelletier, ancien patron de Ooshop (devenu Carrefour livré chez vous), Petrel est une entreprise créatrice de boucles de réemploi. Concrètement, cela veut dire qu’elle s’occupe de gérer la collecte des contenants, leur remise en état et leur réinsertion dans le circuit de manière durable sur le plan logique et économique. L’entreprise a déjà fait ses preuves en s’impliquant notamment dans la construction d’une boucle de réemploi des sacs de livraison Carrefour. Avec son travail, Petrel a réemployé 800 000 sacs et a ainsi évité l’usage de plus de 80 tonnes de plastique.

Impliqué dans le projet FAIRCHAIN depuis son commencement en 2020, Petrel doit définir le modèle de distribution circulaire du produit, celle-ci devant être réalisée dans une approche zéro déchet. Pour le moment, plusieurs scénarios sont analysés (vrac, bouteille consignée…) puisque le projet en est encore à ses débuts. Mais elle a étudié les contraintes de distribution relatives aux produits laitiers et a fait part des options envisageables aux autres acteurs du projet. Cette seconde année de travail devrait permettre à l’entreprise d’affiner son idée pour aller vers des cas concrets en distribution. 

Charles Allart, en charge de la supply chain et des opérations chez Petrel, explique que l’échange d’informations entre les différents acteurs du projet FAIRCHAIN – en France mais aussi dans les autres pays – est au cœur de l’expérience. “C’est un projet d’innovation donc il permet d’identifier de nouveaux modèles mais aussi et surtout on doit communiquer ce qu’on fait pour que cela puisse servir par la suite” détaille-t-il pour Les Horizons. Un partage d’information ancré dans la démarche du projet d’autant plus que “les différents sujets sont entremêlés”.   

Le projet français, au même titre que ceux déployés dans les autres pays, devrait permettre de témoigner de l’existence d’autres modes d’organisation des chaînes alimentaires. Une telle réussite deviendrait un argument de poids pour inciter les acteurs impliqués dans les chaînes traditionnelles à faire évoluer leur activité. Cela permettrait également de répondre à l’envie des consommateurs d’adapter leurs pratiques alimentaires à un modèle soutenable. Pour en savoir plus, c’est par ici.

Mention : FAIRCHAIN reconnaît le financement reçu du programme de recherche et d’innovation H2020 de l’Union européenne dans le cadre la convention de subvention n°101000723.

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