L’urgence sociale et écologique appelle aujourd’hui de nombreuses entreprises à questionner la pertinence de leur modèle pour répondre au principal défi de notre siècle : la transition écologique. Et au coeur de cette transformation, on retrouve un écosystème foisonnant d’entreprises dites « à impact », c’est-à-dire d’entreprises qui dédient leur activité a une mission d’utilité sociale ou écologique, qui portent une autre vision de l’économie. Un écosystème qui est d’ailleurs représenté à travers le mouvement Impact France, sorte de Medef des entrepreneur.es à impact. On y retrouve également des entreprises à mission ou des entreprises ayant rejoint le mouvement B Corp, et qui partagent ces valeurs.

Dans un pays qui se veut « startup nation » et dont les dirigeants politiques valorisent dès qu’ils le peuvent les levées de fonds de nos « licornes », les startups françaises sont donc évidemment en première ligne. Mais de quelle manière la startup nation française est-elle compatible avec les enjeux écologiques ? De premiers éléments de réponses nous sont apportés par une étude que vient de réaliser l’incubateur de l’EDHEC Business School auprès de 205 startups françaises interrogées sur leurs pratiques ESG.

Les critères ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) sont des critères extra-financiers qui permettent d’évaluer concrètement les démarches RSE des entreprises. Initialement créés pour faciliter la transition des grandes entreprises, ces critères font aujourd’hui partie intégrante des éléments que regardent attentivement les investisseurs. Raison pour laquelle les startups ont tout intérêt à s’y intéresser. D’ailleurs, l’étude réalisée par l’EDHEC démontre que près d’une startup sur trois ayant levé des fonds a été questionnée par des investisseurs sur ses pratiques ESG.

Cependant, pour ces jeunes entreprises qui n’ont pas toujours trouvé leur modèle économique ou leur marché cible, l’intégration de ce sujet dans leurs stratégies s’avère tout à la fois complexe et porteur de valeur ajoutée.

Un manque de structures pour accompagner les jeunes entreprises

« À la naissance d’un projet, alors que tout est à construire et dans un contexte de ressources limitées, comment adresser les questions de responsabilité sociale et environnementale sans diluer son action ? » C’est à cette question que s’est donc penchée l’EDHEC Entrepreneurs, avec l’appui de Station F à travers une étude qui démontre justement que de nombreux entrepreneurs sont en limite d’adhérence sur ce sujet.

D’après leurs résultats, seule 1 startup sur 4 estime qu’elle est compétente dans le domaine de l’ESG, et plus de 50% des startups interrogées pensent qu’elles ont besoin d’un accompagnement pour identifier les chantiers prioritaires et pertinents à mener pour se mettre en adéquation avec ces critères. Sans surprises, la gestion de ces critères pour de jeunes entreprises est donc un sujet complexe à mettre en oeuvre. Elles évoquent majoritairement le manque de temps et le manque de ressources comme les deux principaux freins à la prise en compte de ces critères sociaux et environnementaux dans leurs activités.

En outre, 48% des répondants estiment également qu’ils « ne sauraient pas où commencer » s’ils en avaient les moyens. « Pour démontrer leur rôle positif sur le monde qui les entoure, nous observons que de plus en plus de startups placent l’ESG et l’impact au cœur de leurs missions, et d’autres créent des postes de « Chief Impact Officer » au sein de leur direction. Néanmoins, les programmes et initiatives d’aide aux jeunes startups centrés sur la responsabilité et l’impact sont encore trop rares » abonde Roxanne Varza, directrice de Station F.

Les critères ESG apportent une valeur ajoutée aux startups

Il est en revanche intéressant de constater que plus de 90 % des startups interrogées déclarent être convaincues de l’importance des initiatives ESG dans le cadre de leur activité. « C’est au contact direct de nos entrepreneurs que nous nous sommes rendus compte d’une réalité : les pratiques ESG en startups sont perçues comme une opportunité, sans pour autant être une priorité. Pourtant, la prise en compte des enjeux de responsabilité est un formidable levier d’engagement, de motivation et de croissance nécessaire pour les entrepreneurs » commente Justine Soudier, directrice d’EDHEC Entrepreneurs

Celles qui sont parvenues à prendre le sujet à bras le corps estiment que cela leur apporte une valeur ajoutée certaine sur le recrutement et la fidélisation des talents ; mais aussi un avantage vis-à-vis de leurs parties prenantes. Signe que le sujet s’ancre dans les mentalités, près de la moitié des startups interrogées déclarent ainsi avoir déjà reçu des demandes relatives à leurs pratiques ESG de la part de leurs clients, de leurs partenaires business, d’incubateurs et de la part de leurs employés.

À l’inverse, puisque le sujet ne concerne pas que les jeunes entreprises, mais aussi leur écosystème, 5 startups sur 6 déclarent également prendre en compte l’implication ESG des investisseurs, incubateurs ou accélérateurs dans leur choix final. Il s’agit même d’un critère jugé décisif pour un tiers d’entre elles. Une étude qui démontre donc l’intérêt pour les startups et leurs partenaires à prendre en compte ces critères ESG dans leurs stratégies afin d’accélérer la nécessaire transformation de notre économie pour la rendre compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris.

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