Lancée officiellement fin 2018, Nafaso est une association qui souhaite encourager et valoriser financièrement les bonnes pratiques des entreprises soucieuses du Bien Commun. Pour cela, elle propose aux entreprises d’adhérer à un modèle économique alternatif qu’elle a créé : l’Externalisme. “Le modèle développé par Nafaso, c’est la déclinaison économique du bien commun. Tout impact positif sur l’homme et l’environnement mérite valorisation” précise Stéphanie Josnin, co-fondatrice et secrétaire générale de l’association.

Le 09 août dernier, la première partie du 6ème rapport d’activité du Giec était dévoilée au grand public. “Dans ce rapport, on indique que c’est sans équivoque : l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, l’océan et les terres” a notamment précisé, lors d’une conférence de presse, Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du Giec depuis 2015. Mais alors que le Giec alerte depuis plus de 30 ans sur ce sujet, les activités économiques humaines continuent de bouleverser le climat.

Ainsi, selon le travail effectué par plusieurs ONG (BankTrack, Rain Forest Action Network, Reclaim Finance), les plus grandes banques mondiales auraient dirigé 1 900 milliards de dollars vers des projets d’énergies fossiles dans les 3 ans qui ont suivi l’Accord de Paris signé en 2015. Une preuve que nos modèles économiques actuels ne sont pas compatibles avec la réussite de la transition écologique ?

Pour les fondateurs de Nafaso, c’est en tout cas l’une des clés. “Il faut que la rentabilité des entreprises dépendent de leur impact” précise Patrice d’Arras, Président de l’association, et d’ajouter que leur vision ne se veut pas punitive pour autant. “On ne propose pas de sanctionner les externalités négatives des entreprises, mais plutôt de valoriser les externalités positives qu’elles génèrent, et de faire bénéficier aux entreprises qui ont de bonnes pratiques l’argent nécessaire pour qu’elles puissent se développer et être plus compétitives”.

C’est donc tout un modèle économique que Nafaso cherche à construire, en partenariat avec des acteurs engagés. L’association bénéficie par exemple d’une marque de soutien de l’économiste Gaël Giraud. Leur modèle tourne autour d’un référentiel composé de clés d’entrées (territoire, environnement, gouvernance, etc.), chacune intégrant différents critères génériques et spécifiques. L’idée étant d’effectuer ensuite des analyses d’impact, sur un ou plusieurs critères, afin de valoriser économiquement les impacts positifs créés par une entreprise.


Un modèle économique plus juste pour valoriser l’impact

Mais comme il y a valorisation, le modèle prévoit donc de fonctionner grâce à des contributeurs. D’abord, en faisant appel à des entreprises volontaires et soucieuses de faire avancer le bien commun. Ce que propose l’association, c’est qu’une entreprise contributrice reverse 0,1% de son chiffre d’affaires, qui sont ensuite reversés à d’autres structures pour valoriser leurs externalités positives. “Prenons l’exemple d’une entreprise qui propose des paiements en plusieurs fois à des commerçants. Elle sait que ses commerçants sont majoritairement des boutiques dans l’univers textile. En adhérant à notre modèle, cette entreprise qui souhaite soutenir les bonnes pratiques dans l’univers du textile va verser 0,1% de son chiffre d’affaires sur un critère, qui va être par exemple le recyclage dans le textile, et en échange, elle recevra un macaron de la part de Nafaso afin de prouver qu’elle soutient les bonnes pratiques dans ce secteur. De notre côté, cet argent, nous allons le verser à des entreprises qui améliorent le recyclage dans le textile”.

Mais comment inciter les entreprises à jouer le jeu afin de lancer le modèle ? Le rôle des consommateurs n’y est pas étranger puisque ces derniers sont de plus en plus nombreux à être sensibles aux comportements de leurs marques favorites. Au-delà des sondages, il n’y a qu’à regarder, par exemple, le comportement des élèves des grandes écoles d’ingénieurs réunies au sein du collectif “Pour un réveil écologique” afin de signifier leur refus de travailler pour des entreprises qui ne seraient pas alignées avec les accords de Paris.

Il y a aussi un changement de paradigme qui peut se faire par l’intérêt financier et la visibilité pour l’entreprise contributrice, notamment d’un point de vue RSE. Et puis, ajoute Patrice d’Arras , “Nous demandons une contribution qui n’est pas très élevée pour les entreprises. 0,1% du chiffre d’affaires, pour une entreprise qui fait 1M€ de CA, ça fait 1 000 € par an. La clé, maintenant, c’est de convaincre les entreprises qu’elles ont plus à gagner qu’à perdre en soutenant notre modèle”.  Pour le moment, Nafaso compte deux entreprises contributrices, l’agence de communication parisienne Chez Maurice et Egregore, une entreprise spécialisée dans le leadership.

L’impact des entreprises au coeur des enjeux climatiques

Valoriser l’impact positif des entreprises est un sujet qui intéresse de plus en plus ces dernières années. À tel point que l’impact est d’ailleurs devenu rapidement le nouveau terme à la mode. Le gouvernement lui-même à ainsi baptisé Impact sa plateforme destinée à publier les données ESG des entreprises tandis que le mouvement d’entrepreneur-es engagés dans l’économie sociale et solidaire Le Mouves s’est rebaptisé l’année dernière Impact France sous l’impulsion de ses deux co-présidents, Eva Sadoun et Jean Moreau. Un terme qui ne doit rien au hasard tant cette notion est au coeur de la transition écologique et solidaire.

Car l’impact positif d’une entité sur l’environnement ou la société, c’est une grille de lecture nouvelle qui s’intéresse surtout à des performances extra-financières pour se concentrer sur ce que l’entité réalise pour résoudre des problèmes d’ordre social ou environnemental. Et surtout, sur ce que la résolution de ces problèmes apporte comme bénéfices à la société ou à l’humain par la suite.

Aujourd’hui, l’impact est encore difficilement valorisé malgré la hausse du nombre d’entreprises à impact et d’entreprises à mission. Il existe des modèles pour financer et valoriser l’impact, tel que les CIS, les contrats à impact social, un mécanisme qui implique une collaboration entre des investisseurs, des structures à impact, un évaluateur et les pouvoirs publics. Avec son modèle économique baptisé “externalisme”, Nafaso apporte une autre solution à ce sujet. Un signe qu’il y a du mouvement pour, enfin, mettre l’économie au service du bien commun.

À lire également