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La Rochelle : territoire zéro carbone d’ici 2040 ?- 7 minutes de lecture

La ville de La Rochelle souhaite diviser par deux son empreinte carbone d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2040. Retour sur ce projet de transition écologique local et sur les actions menées par ce territoire pour y parvenir.


“L’engagement que nous avons pris d’atteindre un bilan zéro carbone d’ici à 2040 ne doit rien au hasard. Notre agglomération a très tôt compris les grands enjeux environnementaux et pris des mesures pour lutter contre le changement climatique.” Précise jean-François Fountaine, maire de La Rochelle, et d’ajouter “en agissant sur les mobilités durables, l’écologie industrielle et territoriale, les énergies renouvelables, la préservation des océans, l’efficacité des bâtiments… mais aussi et surtout en mobilisant les citoyens, nous ferons la preuve qu’une autre trajectoire est possible.”

Le dispositif “La Rochelle Territoire Zéro Carbone” entend ainsi faire de la préfecture du département de la Charente-Maritime un exemple de transition écologique réussie et un exemple de smart city en France. Candidate à l’appel à projets “Territoires d’innovations” du programme d’investissement d’avenir porté par l’Etat (10 à 20 projets territoriaux se partageront sur 10 ans une enveloppe de 450 millions d’euros), l’objectif de La Rochelle est ambitieux, mais pas irréaliste. Porté par des acteurs publics et privés, il s’appuie notamment sur l’engagement citoyen et les atouts d’un territoire à la fois fertile et fragile.

port La Rochelle


Un projet collaboratif pour inventer la ville de demain

Le positionnement de La Rochelle sur le littoral Atlantique, entre Nantes et Bordeaux, en a toujours fait une zone attractive. Centre de pêche et de commerce depuis le 12è siècle, cité médiévale au passé historique, située entre l’île de Ré et l’île d’Oléron, en dessous du marais Poitevin, La Rochelle est également une zone touristique très fréquentée. Une zone dynamique et attractive qui est aussi vulnérable aux aléas du climat : érosion des côtes, montée des eaux, perte de la biodiversité.

C’est pour cette raison que la ville, dès les années 1970, tente se se positionner comme un territoire d’expérimentation en matière de mobilités douces. Aujourd’hui, l’agglomération veut aller plus loin afin de devenir un modèle français sur cette problématique. “Au-delà de l’objectif zéro carbone, La Rochelle veut inspirer, montrer la voie, prouver que c’est possible et donc proposer des outils réplicables par d’autres territoires” précise Didier Roux, président du comité scientifique de ce projet.

Il s’agit ainsi d’un projet collaboratif porté par le territoire de La Rochelle, la ville, son agglomération, l’université, le port et le pôle de compétitivité Atlantech. Mais le dispositif touche également les territoires voisins, comme la ville de Rochefort, le parc naturel du marais poitevin et celui de l’estuaire de la Gironde. Ainsi, 3 départements (Gironde, Charente-Maritime et Vendée) sont concernés par ce projet.

marais La Rochelle
Les marais dans l’arrière-pays Rochelois sont une réserve de biodiversité et des puits naturels de carbone


4 axes majeurs pour un territoire zéro carbone

Afin de réussir son pari de réduction des émissions de CO2, le territoire de La Rochelle axe son travail sur différents piliers, allant de la biodiversité aux énergies renouvelables en passant par le bâtiment et la mobilité.


Préserver le littoral et la biodiversité marine

L’agglomération rochelaise compte 70 kilomètres de côtes et 9 communes en bord de mer. Soit 35 000 hectares sur l’océan. À cela s’ajoute 10 000 hectares de marais. Ces écosystèmes abritent non seulement une importante biodiversité, mais ils sont également des puits de carbone qui stockent le CO2. La protection de ces aires est donc l’un des volets prioriataires du projet.

En outre, une équipe de scientifiques de l’université de La Rochelle, en partenariat avec le CNRS, recensent actuellement les zones humides de ce territoire qui ont les plus grandes capacités d’absorption et d’épuration du CO2. L’étude de ces ecosystèmes devrait, à terme, permettre également de créer des “pièges à carbone” en les intégrant à des infrastructures comme le mobilier urbain ou les routes. Enfin, des récifs artificiels vont également être construits afin de limiter l’érosion de la côte rochelaise.


Réhabiliter les passoires énergétiques

Le bâtiment “VLS 500”, construit en 1974, est l’un des projets pilotes concernant la rénovation de ce qu’on appelle les “passoires énergétiques”. Traitement des façades, installation d’une centrale photovoltaïque et de panneaux solaires pour la production d’eau chaude, injection du surplus dans le réseau de chaleur de la ville… À terme, trois fois moins de déperdition d’énergies dans le bâtiment. Une filière sur laquelle compte s’appuyer le territoire dans le futur. Ainsi, ce sont aujourd’hui près de 40 chercheurs et 750 étudiants qui sont regroupés à La Rochelle autour du bâtiment du futur.

vélo libre-service La Rochelle
Les vélos en libre-service existent à La Rochelle depuis 1976


Énergies renouvelables : le solaire en tête

En 2018, La Rochelle était alimentée à hauteur de 18% de son mix énergétique en énergies renouvelables, contre environ 11% pour la moyenne nationale. l’agglomération compte atteindre les 20% en 2020. Pour cela, l’agglomération mise énormément sur le potentiel solaire de son territoire. Elle a par exemple mis en place un cadastre solaire grâce à la start up In Sun We Trust, qui permet à chaque habitant de découvrir gratuitement le potentiel solaire de sa toiture.

Le territoire envisage également de miser sur l’auto-consommation et le stockage de l’électricité sous forme d’hydrogène afin de favoriser l’éclosion d’éco-quartier où le surplus de production d’électricité serait réutilisé par les bâtiments où les voitures.


Mobilité durable : vélo et propulsion à l’hydrogène

La mobilité représente environ un tiers des émissions de CO2 du territoire de La Rochelle. L’objectif est de réduire de 70% ce chiffre d’ici 2040 en misant principalement sur le transport de passagers (-77%) et le transport de marchandises (-68%). Pour cela, l’agglomération mise sur l’intermodalité des transports, et notamment sur un pôle multimodal qui prendra place au niveau de la gare. Des services de taxis, bus, cars inter-urbains, vélos et autopartage s’y rencontreront afin de favoriser les alternatives à la voiture individuelle.

La Rochelle va s’appuyer également sur ses 230 kilomètres de voies cyclables et plus de 50 stations libre-service pour continuer de développer ce mode de transport, qui représente 7% de la part modale sur le territoire, contre 2% à 3% sur le territoire national. Une spécialité locale puisque le premier système de vélo en libre-service y date de 1976. Enfin, le territoire de La Rochelle souhaite miser sur le développement de l’hydrogène pour décarboner les véhicules mais aussi les bateaux. Elle possède également un service de navettes autonomes électriques.

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La première coopérative locale de carbone

Le territoire de La Rochelle mise également sur le développement de l’économie circulaire, notamment via des regroupements d’entreprises. C’est par exemple le cas du réseau biotop qui recense 120 entreprises dont la particularité est de valoriser la gestion des déchets. Idem pour une quarantaine d’entreprises du port de La Rochelle qui mutualisent les déchets, le partage de palettes ou encore l’achat de véhicules électriques.

L’agglomération vise également à une meilleure sensibilisation de ses habitants aux problématiques et enjeux liés au climat, via la pédagogie, à l’image de l’exposition “océans-climat” qui relate le lien entre la vie marine et le réchauffement de la planète.

Cet engagement se matérialisera aussi par un système technique et financier destiné à développer les projets permettant de réduire les émissions de GES ou d’améliorer la séquestration de carbone. Il s’agit d’un outil coopératif qui permet l’émission et la vente de crédits carbone à l’échelle territoriale. Il réunit autour d’une même plateforme des porteurs de projets de réduction des émissions de GES et des acheteurs de crédits carbone pour agir efficacement.

Le saviez-vous ? La Rochelle, terre d’innovation dans les transports.

1976 : La Rochelle lance le premier service de vélos en libre-service, 20 ans avant la ville de Copenhague et 30 ans avant l’arrivée des Vélib’ à Paris.

1985 : La Rochelle lance le programme Autoplus, un service de location de véhicules pour des trajets courts, disponible sur abonnement.

1995 : La Rochelle inaugure un service de location de scooters et voitures électriques. Dès 1999, l’agglomération compte plus de 50 véhicules électriques disponibles 24/24 et 7/7.

1997 : Instauration de la première journée sans voitures en France. Un mouvement devenu mondial depuis.


Guillaume Joly. @guitjoly

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